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Michel Turin : le point sur l’expertise en puissance hyperfréquences

Posté le par La rédaction dans Informatique et Numérique

Alors que de nouvelles technologies émergent constamment, quel est le rôle et l’apport d’un expert en puissance hyperfréquences ? Michel Turin nous fait partager son expérience.

TI : Vous vous définissez comme expert en puissance hyperfréquences. Comment l’êtes-vous devenu ?
Michel Turin : « J’ai débuté ma carrière en 1967 comme ingénieur d’étude dans le domaine des réémetteurs de télévision, ce qui a déterminé ma voie vers les hyperfréquences. Ma formation de généraliste avec de bonnes bases théoriques, alliée à la confrontation directe, durant toute ma carrière, aux problèmes de conception de circuits haute fréquence m’ont appris à toujours associer l’approche théorique à la compréhension physique des phénomènes. J’ai eu la chance de débuter dans une branche, l’émission de signaux de télévision, où les étages de puissance des équipements devaient garantir l’intégrité des signaux à amplifier. Ce n’est pas le cas d’autres domaines, tels que des applications de puissance industrielle, par exemple. Cet impératif supposait la prise en compte de tous les paramètres de la mise en œuvre de ces amplificateurs de puissance ; en particulier, j’ai toujours été confronté aux problèmes de linéarité et d’intermodulation, qui s’avèrent si critiques aujourd’hui pour les télécommunications, alors que nous sommes passés à l’ère du numérique, domaine du non-linéaire s’il en est !En 1967, on ne concevait encore la puissance haute fréquence que grâce à l’utilisation de tubes électroniques, sans problèmes de rendement, et dont la non-linéarité peut être qualifiée de « molle ». Il n’en va pas de même pour les transistors de puissance et dès que l’offre de composants de puissance état solide a émergé, leur mise en oeuvre s’est avérée très délicate et les impératifs de rendement et de linéarité sont devenus critiques.

Et qu’est-ce que cela recouvre exactement ?
L’expertise en puissance hyperfréquence s’étend de la connaissance des différents procédés d’amplification à celle de la mise en œuvre des composants de puissance. Les procédés concernent les montages fondamentaux et les systèmes d’amplification. La mise en œuvre concerne la stabilité du fonctionnement, le rendement électrique, la linéarité, les risques et la maîtrise de la pollution hertzienne et l’évaluation de la fiabilité. Il s’agit, à ma connaissance, du seul domaine de l’électronique où l’utilisation de la modélisation trouve ses limites, un modèle ne pouvant couvrir tous les aspects de la mise en oeuvre. Il est essentiel dès lors de garder en permanence à l’esprit les limites du domaine de validité du modèle, et de ne pas extrapoler en dehors de ces limites. Cette restriction vaut aussi pour la caractérisation des composants de puissance, étape préalable à toute conception, où les conditions de mesures doivent être en relation avec l’application ciblée.De plus les différentes technologies disponibles, en fonction du matériau semi-conducteur et de la structure du transistor, présentent des comportements différents qu’il est important d’avoir approfondi.

Comment reste-t-on « à jour », dans un contexte où de nouvelles technologies émergent constamment ?
Le maintien d’une expertise impose de confronter son point de vue avec ses pairs, et en particulier, pour le praticien que je prétends être, avec la recherche fondamentale et les laboratoires de recherche universitaires. Le concepteur doit constamment avoir à l’esprit que tout l’environnement immédiat du dispositif d’amplification a une influence sur l’intégrité du signal.A l’ère du numérique, associé au « sans fil », la gestion des ressources du spectre hertzien impose des procédés de modulation de plus en plus complexes, où les caractéristiques de l’amplification de puissance doivent être de mieux en mieux comprises et maîtrisées. Il ne s’agit pas forcément de rendre les amplificateurs parfaits au regard des caractéristiques des signaux à traiter, mais d’en bien comprendre le comportement et d’en garantir la stabilité pour pouvoir corriger de manière fiable et reproductible ses imperfections. »Etre expert en puissance hyperfréquence c’est…« On pourrait dire qu’il s’agit donc, pour l’expert en puissance hyperfréquence, à la fois de conseiller le technicien dans le choix des technologies et des procédés les mieux adaptés pour l’application envisagée et de l’accompagner dans sa démarche depuis le choix des composants jusqu’à la validation de la conception. » Michel Turin : son parcours
  • Ingénieur en électronique, diplômé de l’INSA en 1965
  • De 1967 à 1984 : ingénieur d’étude dans le domaine des réémetteurs de télévision, chef du laboratoire d’étude puis directeur technique de Velec-Sefat, dirige toutes les conceptions de produits haute fréquence et hyperfréquence.
  • 1984 à 1989 : directeur technique d’une PME spécialisée dans l’électroacoustique.
  • 1989 à 2004 : groupe Thomson-CSF (Thalès actuellement), responsable du développement des produits de diversification en hyperfréquence de la branche Télévision Professionnelle (Thomson-LGT), puis de celle des émetteurs de télévision Etat Solide. En 1992, dirige l’équipe de conception de puissance, énergie et hyperfréquences, de Thomson-CSF Communications et en 2000, rejoint Thalès Microwave pour diriger les études et développement des produits de communication en ondes millimétriques.
  • 2004 à 2006 : conseil en puissance hyperfréquence.
  • Depuis, goûte aux joies d’une retraite bien méritée.

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