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Pourquoi faut-il interdire le BPA dans les plastiques alimentaires ?

Posté le par La rédaction dans Environnement

[Tribune] Réseau Environnement Santé

Créée récemment sous l'égide d'organisations écologiques, le Réseau Environnement Santé examine ici, s'appuyant sur de très nombreuses références, les risques liés à l'utilisation du Bisphénol A, qui entre dans la composition de matières plastiques.

Le BPA est une substance chimique utilisée dans la composition de certaines matières plastiques, principalement le polycarbonate (65% des usages) et le polyépoxy (30% des usages). Il est employé dans la fabrication de ces matériaux depuis de nombreuses années.

Comment est-on exposé au BPA ?
Le BPA est également connu sous sa dénomination chimique, le 2,2-bis (4-hydroxyphényl) propane. L’exposition au BPA a lieu quasi-exclusivement par la voie alimentaire, en raison de la migration du BPA dans les aliments notamment sous l’effet de la chaleur, mais on le détecte aussi dans les poussières domestiques. Les dosages urinaires dans un échantillon de 2.500 personnes montrent que 93% de la population américaine est imprégnée. Il est également important de noter que les enfants sont globalement plus imprégnés que les adultes.On trouve le BPA dans le lait, le sérum, la salive, le liquide amniotique. On ne dispose pas de données en France (ce qui montre le retard français en matière de surveillance par biomonitoring), à l’exception des mesures effectuées par le WWF dans le cadre de la campagne DETOX et qui donnent des informations similaires aux données américaines (1).

Quels sont les risques dêtre exposé au BPA ?
On considère généralement que le Bisphénol A ne se stocke pas dans l’organisme, mais cette idée est peut-être en train d’être remise en cause, car une étude américaine récente a montré que l’excrétion urinaire est la même quelle que soit la durée du jeûne qui a précédé le prélèvement urinaire.On détermine le risque pour la santé à partir des études in vitro (sur des tests cellulaires) et in vivo (chez l’animal) ainsi qu’à partir des études chez l’homme. Les tests cellulaires montrent que le BPA est un perturbateur endocrinien, c’est-à-dire qu’il perturbe le fonctionnement du système hormonal (2). Chez l’animal, à la date du 31/12/2004, 115 études avaient été effectuées in vivo. Au final, 94 étaient positives dont 31 à des doses inférieures à la Dose Journalière Admissible (3).Depuis, les études nouvelles n’ont fait que conforter cette analyse :
  • Des rates exposées via la lactation développent des tumeurs mammaires à l’âge adulte.
  • Le BPA diminue l’efficacité de la chimiothérapie du cancer du sein.
Les principaux effets déduits de ces études sont tout d’abord les cas de cancers (sein, prostate, testicule). On relève également des atteintes de la reproduction (baisse de la spermatogénèse) et du développement, avec entre autres des troubles du comportement (hyperactivité, agressivité), diabète et obésité.Les études menées chez l’homme sont plus rares, mais les résultats demeurent inquiétants : on note un taux plus élevé de fausses-couches chez les femmes les plus imprégnées. Ensuite, une étude récente montre, de façon très significative, que plus l’imprégnation d’une population en BPA est forte, plus le taux de maladies cardio-vasculaires, de diabète et d’atteinte hépatique est élevé. Des effets indésirables du BPA sur les cellules du pancréas, du tissu adipeux, pourraient rendre compte de ces pathologies, mais beaucoup de travaux sont encore nécessaires pour comprendre les mécanismes.  

Au delà de l’aspect sanitaire, quels sont les autres enjeux du BPA ?
Toutes les études, au nombre de 11, menées par des scientifiques et financées par l’industrie ne montrent aucun effet. Mais 90 % des études menées par des équipes indépendantes de l’industrie montrent quant à elles des effets. La déontologie de l’expertise du comité scientifique de l’EFSA est très discutable puisque, à l’inverse de ce qui se fait habituellement, celui-ci considère le nouveau-né moins sensible que l’adulte et l’homme moins sensible que le rat.De nombreuses études ont été publiées mais ne sont pas prises en compte par le comité scientifique de l’EFSA : ainsi, les 28 études menées sur le sujet montrent des atteintes du comportement à des doses inférieures à la norme européenne, mais sont écartées au motif de « faiblesses méthodologiques ». L’AFSSA ne fait pas mieux en suivant sans esprit critique l’avis de l’EFSA.

Comment réagir : que propose le RES ?
Le BPA est un perturbateur endocrinien. Le fœtus et le nouveau-né sont des populations particulièrement à risque. Par conséquent, il faut agir vite sans attendre d’avoir la preuve lorsque ces enfants arriveront à l’âge adulte. C’est le fondement du principe de précaution : agir en cas de risque grave et irréversible. C’est ce qui se fait déjà outre-Atlantique :
  • Le Canada a fait le choix depuis octobre 2008 d’interdire l’utilisation du BPA dans les biberons sur la base du rapport du National Toxicology Program des Etats-Unis estimant qu’il y a un risque préoccupant pour le nouveau-né. Depuis, un projet de loi a été présenté par un député du NPD (Nouveau Parti démocratique) le 6 février devant la Chambre des Communes pour interdire le BPA dans des produits spécifiques.
  • Aux Etats-Unis une proposition de loi a été déposée pour interdire le BisPhénol A dans les plastiques alimentaires. Parallèlement, la société chimique Sunoco a informé les investisseurs qu’elle refusait de vendre le bisphénol A à des sociétés qui l’utiliseraient pour des récipients qui contiendraient la nourriture ou la boisson destinées aux enfants de moins de 3 ans.
Comme dans ces pays, le RES souhaite faire avancer la compréhension et l’interdiction du BPA en mettant en place différentes actions. 

Source
 [1] Exposure of the U.S. population to bisphenol A and 4-tertiary-octylphenol: 2003-2004. Calafat AM, Ye X, Wong LY, Reidy JA, Needham LL. Environ Health Perspect. 2008 Jan;116(1):39-44. Lire l’étude [2] ChapelHill bisphenol A expert panel consensus statement : integration of mechanisms, effects in animals and potential to impact human health at current levels of exposure. Vom Saal FS et al Reprod Toxicol. 2007 Aug-Sep; 24(2) :131-8.Association of urinary bisphenol A concentration with medical disorders and laboratory abnormalities in adults. Lang IA, Galloway TS, Scarlett A, Henley WE, Depledge M, Wallace RB, Melzer D. JAMA. 2008 Sep 17;300(11):1303-10. Lire l’étude  [3] Environ Health Perspect. 2005Aug;113(8):926-33. An extensive new literature concerning low-doseeffects of bisphenol A shows the need for a new risk assessment.Vom Saal, Lire l’étudeTribune écrite par le Réseau Environnement SantéLes Réseau Environnement Santé a été lancé en mars 2009 sous l’égide de l’Alliance pour la Planète et plus particulièrement des ONG suivantes : WWF France, Fondation Sciences Citoyennes, MDRGF, FacVerte, Objectif Bio et Nord Ecologie Conseil. Sa première campagne vise à interdire le bisphénol A.

Posté le par La rédaction


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