La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) pourrait être publiée fin janvier ou début février 2026, mettant un terme à plusieurs mois de reports. Dans une interview sur France Info, Roland Lescure a clarifié les ajustements que cette feuille de route devra intégrer.
Le gouvernement français est sur le point de dévoiler la nouvelle édition de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Ce document stratégique, prévu dès 2023 mais sans cesse reporté, doit définir pour la prochaine décennie les grandes orientations du mix énergétique national en vue de la neutralité carbone à l’horizon 2050. La PPE détermine ainsi une trajectoire par filière et les investissements à engager pour y parvenir.
Selon Roland Lescure, ancien ministre de l’Industrie et de l’Énergie, la PPE pourrait enfin être publiée fin janvier ou début février 2026, après avoir été retardée par des incertitudes politiques et la nécessité d’intégrer des données plus récentes sur la consommation électrique (Tecsol Quotidien).
La question stratégique à l’origine de ces délais tient à l’ajustement des ambitions françaises en matière de décarbonation, de sécurité d’approvisionnement électrique et de compétitivité des coûts. Lors de son intervention sur France Info, Roland Lescure a insisté sur l’importance de cette programmation, qui doit permettre de décider aujourd’hui des investissements pouvant garantir « demain une électricité décarbonée et parmi les moins chères d’Europe ». Il a reconnu que si la France conserve encore un avantage comparatif sur les prix grâce aux décisions prises il y a cinquante ans, notamment celles concernant le parc nucléaire, ces choix historiques doivent désormais être adaptés aux nouveaux enjeux énergétiques.
Réévaluation des programmes d’investissement
Le point le plus marquant des propos de Roland Lescure concerne la nécessité de réexaminer certains programmes d’investissement, tant dans le nucléaire que dans les énergies renouvelables, avant de finaliser la PPE. Cette révision est en partie motivée par une étude récente de Réseau de Transport d’Électricité (RTE) publiée juste avant Noël, qui montre que la consommation d’électricité en France est actuellement inférieure aux prévisions. Cette évolution traduit un retard dans l’électrification des usages, notamment dans les secteurs industriels ou domestiques, ce qui invite à remettre à plat certaines trajectoires d’investissement.
Parmi les secteurs visés, l’éolien en mer est cité comme une filière pour laquelle les prévisions doivent être adaptées à cette nouvelle réalité de la demande électrique (PV Solaire Énergie). Il s’agit d’un élément technique essentiel, car l’éolien en mer représente un volet coûteux mais stratégique des renouvelables. La PPE devra donc trouver un équilibre entre réalismes techniques, besoins de souveraineté énergétique, contraintes budgétaires et objectifs climatiques.
Cette relecture des investissements intervient alors que le débat politique autour du mix énergétique français a tendu à opposer les partisans d’un maintien fort du nucléaire et ceux qui souhaitent accélérer le déploiement des renouvelables. Si la PPE est censée trancher ces équilibres, elle doit aussi tenir compte des contraintes financières actuelles. Roland Lescure a posé clairement le dilemme budgétaire : peut-on engager de grands programmes industriels sans budget voté ? Il a indiqué qu’il recommandera au Premier ministre de ne plus retarder la PPE sous prétexte de budgets non définitivement adoptés, laissant les arbitrages financiers à traiter ultérieurement.
Nouveaux volets et priorités territoriales
Un autre aspect important mentionné par le ministre est l’intégration d’un volet spécifique pour les territoires ultramarins. Ces collectivités, souvent très dépendantes des énergies fossiles, doivent voir leurs potentiels en solaire, éolien et géothermie pleinement mobilisés pour réduire cette dépendance au thermique. Cette dimension territoriale atteste que la PPE ne se contente pas de tracer une ligne générale, mais cherche aussi à prendre en compte les divers contextes locaux, notamment dans des zones où les défis énergétiques et climatiques sont particulièrement aigus.
La PPE aura donc une double mission : fournir un cadre cohérent pour la transition énergétique nationale et proposer des réponses adaptées aux besoins spécifiques de certaines régions. Ce défi passe par une combinaison intelligente entre filières classiques comme le nucléaire et sources renouvelables émergentes, en tenant compte de la dynamique actuelle de la demande, des contraintes techniques, économiques et des impératifs géographiques.
Si la publication de la PPE est imminente, elle marquera surtout une étape importante dans l’architecture énergétique française, en clarifiant les trajectoires d’investissement pour les années à venir. Au-delà de l’annonce elle-même, l’attention sera désormais portée sur les arbitrages concrets qui y seront inscrits, tout particulièrement en matière de financement des grands projets industriels, de soutien aux renouvelables et de renforcement de la souveraineté énergétique du pays. La feuille de route qu’incarne la PPE sera l’un des éléments structurants de la politique énergétique française pour la prochaine décennie.









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