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Réussir l’industrialisation française des énergies renouvelables

Posté le par Mattieu Combe dans Entreprises et marchés

Alors que vient de s'ouvrir le débat national sur la transition énergétique, une conférence parlementaire a réuni les acteurs du secteur des énergies renouvelables pour faire le point sur les ambitions industrielles des filières, leur développement et leur coût de financement. Mais également pour débattre des orientations technologiques, innovations et des synergies possibles au niveau européen.

 

Grâce à l’appel d’offre concernant l’installation de 6 000 MW d’éoliennes offshore en 2020, la filière offshore a atteint le besoin critique nécessaire à une industrialisation de la filière française. Dans le cadre du premier appel d’offre concernant l’installation de 1 928 MW, Alstom et EDF se sont engagés à construire quatre usines et à créer environ 7 500 emplois pour fabriquer et assembler les éoliennes en France. Les turbines seront assemblées à partir de composants français, ce qui créera également une dynamique pour toutes les PME du secteur.

Deux usines verront le jour à Saint-Nazaire et deux à Cherbourg. Un second appel d’offre devrait être lancé sur 1 300 MW dans les prochaines semaines. Un troisième appel d’offre est prévu pour le second semestre 2013 pour atteindre cet objectif global de 6 000 MW en 2020.

L’éolien terrestre, fragilisé par la règlementation

La filière de l’éolien terrestre est à présent mûre et sera bientôt compétitive contre le nucléaire et les énergies fossiles. En revanche, il n’existe pas pour le moment de filière française industrielle de montage. « On vend les turbines cinq par cinq, dix par dix au mieux, ce qui ne conduit pas à arriver à créer une filière industrielle », se désole Jérôme Pécresse, président d’Alstom Energies Renouvelables.

Les éoliennes installées aujourd’hui sont importées d’Allemagne, d’Espagne et d’ailleurs. Le débat sur la transition énergétique doit être un levier pour lever certaines barrières règlementaires au développement de l’éolien et des autres énergies.

Un photovoltaïque encore à la traîne en France

Pour Thierry Lepercq, président de Solairedirect, le solaire est l’énergie qui devrait s’imposer rapidement. 30 GW d’énergie solaire s’est installé dans le monde en 2011. « En 2020, on peut installer 1 000 GW par an, soit l’équivalent d’environ 200 EPR par an à l’échelle mondiale », estime-t-il. Il n’y aurait aucune contrainte de ressources à cela, car le silicium est disponible en abondance et son prix n’arrête pas de baisser à cause d’une surproduction mondiale. De 500 $ le kilo en 2008, le silicium polycristallin a atteint 50 $/kg début 2012 et  22 $/kg fin 2012. Ainsi, le prix d’un module photovoltaïque a baissé d’environ 85 % entre 2008 et 2012. 

Là encore, en France, il faut massifier la production et le marché pour atteindre la masse critique indispensable au développement industriel. Les appels d’offre sont aujourd’hui à 100-300 MW, il faudrait en faire à 3000-30 000 MW pour lancer cette industrie.

Des signaux intéressants sont reçus par le marché. Récemment, le gouvernement a annoncé une surprime au tarif d’achat en fonction de l’origine des panneaux. De son côté, la Commission européenne a accepté une plainte déposée par les industriels européens contre les subventions que la Chine accorde aux fabricants de ses panneaux solaires.

D’autres énergies à ne pas négliger !

Les énergies en mer constituent une filière très prometteuse au niveau mondial. Outre l’éolien offshore posé et flottant, la filière comprend l’hydrolien, l’houlomoteur, l’énergie thermique et l’énergie osmotique. Des sauts technologiques sont nécessaires et des filières industrielles sont nécessaires pour réduire les coûts mais celles-ci ne devraient pas être sensiblement développées avant 2030. Des fermes pilotes doivent d’abord voir le jour pour avoir des retours d’expériences concluants. Et cela arrive : un appel à projets est annoncé par le gouvernement pour début 2013. « L’opportunité de développer une filière français industrielle et exportatrice est réelle », estime Marcel Deneux, sénateur de la Somme.

Concernant la filière de méthanisation pour le développement du biogaz, la France est en retard par rapport à d’autres pays. Il n’existe pour le moment qu’une trentaine de méthaniseurs dans le pays contre plus de 5 000 en Allemagne. La méthanisation permet un cycle vertueux en utilisant les déchets organiques, qu’ils soient ménagers, d’élevage ou agricole pour remplacer les énergies fossiles dans une part des transports.

De son côté, la biomasse représente déjà près de la moitié de la consommation finale d’énergie renouvelable et contribuera grandement à la réalisation des objectifs européens. Elle couvre la chaleur et la production d’électricité depuis les grandes installations industrielles jusqu’au résidentiel. Des progrès technologiques sont encore possibles, tout en contrôlant les émissions de particules. Particulièrement, les réseaux de chaleurs doivent être se développer.

Avoir une vision globale et ambitieuse

Toutes les énergies n’atteindront peut-être pas le stade industriel mais tout doit être exploré. Pour y parvenir, les filières doivent être soutenues. « Le soutien peut prendre différentes formes selon la maturité de la filière : aide aux investissements d’avenir pour productions encore en phase de recherche, tarif d’achat ou appel d’offre pour les filières plus proches de la maturité, crédit d’impôt pour les particuliers.  Cette règlementation doit être stable ou en tout cas prévisible pour permettre aux industriels de prévoir leurs investissements », défend Roland Courteau, sénateur de l’Aude et Président du groupe d’Etudes sur les énergies du Sénat.

 « D’un côté, avec des projets ambitieux et avec le développement des interconnexions, nous pourrions profiter des éoliennes de la Mer du Nord, voire des barrages de Norvège et pourquoi pas du Soleil du Sahara […] de l’autre, des énergies renouvelables permettraient aux territoires de retrouver une certaine autonomie énergétique grâce à des sites éoliens et photovoltaïques, grâce aux centrales à biomasse, à la valorisation des déchets, à la méthanisation agricole », conclut Roland Courteau.

 

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

 

 

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