Suspension d’importations de denrées d’Amérique du Sud, « lettre ouverte » aux agriculteurs et retour au « bon sens »: le gouvernement a tenté ce weekend de déminer le terrain à la veille de deux jours de rendez-vous à Matignon avec les syndicats d’un monde agricole en colère, sans parvenir à convaincre.
Le premier syndicat agricole, la FNSEA, a ainsi appelé dimanche soir « à une mobilisation nationale », sans attendre l’issue de son entrevue à Matignon mardi après-midi, où ses représentants exigeront « des réponses immédiates ».
Les sujets de préoccupation sont nombreux: crise sanitaire de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) qui frappe les éleveurs bovins ; faible cours du blé et prix élevé des engrais qui plombent les céréaliers ; menace d’une concurrence accrue venue des pays latino-américains du Mercosur.
Alors que l’exécutif tente d’éviter un troisième hiver de colère agricole, le Premier ministre Sébastien Lecornu assure dimanche, dans une « lettre ouverte » publiée dans plusieurs journaux régionaux, vouloir « dire les choses clairement » et « tirer les conséquences » du sentiment « d’injustice » ressenti par les agriculteurs.
Rappelant certaines mesures prises – des « règles ont commencé à être simplifiées » -, M. Lecornu promet d’entrer dans une « phase plus ferme, plus offensive », notamment vis-à-vis de l’Union européenne, avec une « boussole »: « mettre fin aux deux poids deux mesures ».
Il appelle l’UE à « amplifier rapidement » ses contrôles aux frontières pour tous les produits qui « ne respecteraient pas les normes sanitaires et phytosanitaires » de l’Union. « Dans cette attente, nous assumons d’agir dès maintenant », souligne le Premier ministre.
Sébastien Lecornu et la ministre de l’Agriculture Annie Genevard ont indiqué dimanche qu’ils prendraient mardi un arrêté pour suspendre l’importation de fruits et légumes d’Amérique du Sud contenant des résidus de cinq fongicides et herbicides interdits en Europe.
Avocats, mangues, goyaves, agrumes, raisins et pommes « d’Amérique du Sud ou d’ailleurs », mais aussi melons, cerises, fraises ou pommes de terre ne pourront plus entrer en France ni être commercialisés, ont-ils listé sur X.
Actuellement, si « l’UE interdit certaines substances pour nos producteurs », elle fixe pour les importations, « des limites maximales acceptables de résidus », que la France juge « trop élevées », explique le ministère de l’Agriculture à l’AFP.
« Il n’est plus acceptable que l’on tolère la présence de substances interdites en France dans les produits importés qui entrent sur notre marché : c’est une concurrence déloyale, une injustice économique et un problème pour la santé de nos consommateurs », a souligné le Premier ministre, promettant des contrôles « massivement renforcés, aux frontières et sur le territoire ».
Cette mesure devra toutefois recevoir le feu vert de la Commission européenne, qu’Annie Genevard espère obtenir mercredi à Bruxelles.
Le Premier ministre promet en outre que « le budget de la PAC », la politique agricole commune, qui doit bientôt être renégocié, « ne baissera pas (…): il n’y aura donc pas un centime de moins pour le revenu agricole ».
– Loi d’exception agricole –
« Quant aux accords commerciaux, ils seront combattus à chaque fois qu’ils seront déséquilibrés », ajoute-t-il, alors que le traité UE-Mercosur pourrait être signé le 12 janvier.
Sur un autre thème sensible pour les agriculteurs, l’accès et la gestion de l’eau, le Premier ministre assure avoir « donné instruction aux préfets de recenser tous les projets locaux, à taille humaine, aujourd’hui bloqués ou ralentis » et indique tripler la dotation d’un fonds de soutien aux équipements hydrauliques agricoles.
« Je ne vous demande pas de croire à des mots : je vous demande de regarder les actes », exhorte encore M. Lecornu dans son courrier.
Un voeu pris à la lettre par la FNSEA, qui juge dans un communiqué qu’aucune de ces annonces « ne permettent d’apporter les réponses concrètes aux problématiques de revenus des agriculteurs » et dénonce une « absence de vision (…) mortifère ».
Le syndicat réclame « une loi d’exception agricole » permettant de s’exempter de certains « verrous réglementaires », notamment pour « relancer la production » agricole et « mettre fin aux contrôles absurdes ».
Le deuxième syndicat, la Coordination rurale (CR), a lui dit attendre l’issue du rendez-vous avec M. Lecornu, prévu lundi à 18H.
Mais « Si ça se passe mal, il faudra monter à Paris, en tracteurs, en voitures… », a déclaré à l’AFP José Pérez, président de la CR47, fer de lance des manifestations les plus spectaculaires dans le Sud-Ouest.
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