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Énergies : la programmation arrive enfin… par décret

Posté le par Stéphane SIGNORET dans Énergie

Attendue depuis plus de trois ans, la programmation pluriannuelle de l’énergie a été publiée par décret. Échappant ainsi à un nouveau débat parlementaire, elle entérine la vision gouvernementale donnant la priorité au nucléaire. Les énergies renouvelables électriques, pourtant reconnues comme seules solutions de court terme, en font les frais.

Le vendredi 13 février 2026 portera-t-il chance à la nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie ? En tout cas, sa présentation ce jour-là par le ministre en charge de l’énergie et sa publication par décret mettent fin à trois ans d’attente. Si elle clarifie les grandes lignes de l’État pour les prochaines années en termes de production, la PPE reste beaucoup moins opérationnelle sur les économies d’énergie.

Cette troisième version de la PPE était attendue depuis un travail de concertation lancée en 2022 : elle aurait dû être précédée d’une loi sur la politique énergétique nationale dont la publication légale était prévue avant le 1er juillet 2023. Las, de débats en communiqués, en passant par des propositions de moratoire sur l’éolien et le photovoltaïque et par des doutes sur les capacités d’EDF à financer un nouveau parc nucléaire, la loi n’a pas réussi à voir le jour.

Cette longue histoire n’est d’ailleurs peut-être pas finie car, comme le précise l’avocat Arnaud Gossement, il faudra vérifier la solidité juridique du nouveau décret. Il omet par exemple toujours d’indiquer formellement un objectif d’énergies renouvelables dans la consommation finale d’énergie, comme la France est censée le faire en respect du règlement européen sur la gouvernance de l’action climatique.

Plusieurs filières de décarbonation confirmées

La PPE3 avait été précédée d’échanges avec plusieurs filières énergétiques qui sont essentielles à la décarbonation. Celle des gaz renouvelables, par l’intermédiaire du syndicat professionnel France Gaz, estime que l’objectif de 44 TWh de biométhane injecté en 2030 est en ligne avec le potentiel de la filière. Mais elle regrette qu’une borne haute de 85 TWh n’ait pas été retenue pour 2035 (une fourchette 47-82 TWh est indiquée), et qu’un objectif de 10 % de biopropane n’ait été intégré dans la PPE.

Du côté de la chaleur renouvelable et de récupération, l’objectif est de 297 TWh en 2030 et 328-421 TWh en 2035. Une tendance haussière alors qu’en 2023, la France n’avait pas atteint l’objectif de la PPE2 (172 au lieu de 196 TWh). Le froid renouvelable par réseaux doit doubler voire tripler sa production actuelle de 1 TWh. Pour cela, le Fonds Chaleur géré par l’Ademe reste le principal levier : il doit atteindre un régime de croisière de 12 TWh/an soutenus en 2030. Le Syndicat des énergies renouvelables (SER) attend que la PPE précise le poids de chaque filière (bois-énergie, géothermie, etc.) dans l’objectif.

Pour les biocarburants, la PPE3 envisage de passer de 33 TWh en 2023 à 55 TWh en 2030 dans le transport. Objectif qui est étendu à 70-90 TWh en 2035 en incluant d’autres usages non énergétiques, la production électrique en outre-mer, et plus d’utilisation dans les transports maritimes, le secteur aérien et l’agriculture. La PPE3 prend acte que la France ne pourrait produire que 50 TWh, tout en important des matières premières. D’autres carburants de synthèse seront nécessaires.

Le sujet surdimensionné de l’électricité

Roland Lescure, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, a présenté la PPE3 presqu’exclusivement sur le thème de l’électricité. Le ministre a résumé son ambition ainsi : « produire plus, électrifier plus, pour consommer plus ». Il assume donc le déploiement de six nouveaux réacteurs nucléaires EPR2 (et toujours huit autres en option), mais comme ils « ne poussent pas en une nuit », l’investissement dans les énergies renouvelables est inéluctable.

Inéluctable… mais pas vraiment soutenu par le Gouvernement. La PPE3 bride le développement du solaire photovoltaïque à une capacité de 48 GW en 2030 (et 55-80 GW en 2035), soit un ralentissement par rapport aux deux dernières années. Le SER comme Enerplan s’en contentent tout en attendant que les appels d’offres (à hauteur de 2,9 GWc par an) se concrétisent. Beaucoup d’organisations de la société civile (WWF, Greenpeace, Amorce, FNCCR, Enercoop ou encore le Réseau action climat qui venait juste de publier un rapport sur la souveraineté énergétique) ont dénoncé un recul.

L’éolien terrestre est pour ainsi dire sacrifié avec une minuscule hausse de 25 GW aujourd’hui à 31 GW en 2030, alors que la précédente PPE prévoyait jusqu’à 34 GW en 2028… La fourchette de 35-40 GW pour 2035 ne fait pas mieux. Le SER regrette cette ambition réduite et prévient que le renouvellement des parcs existants –  souhaité prioritairement par le Gouvernement – ne suffira pas à atteindre les objectifs.

Seul l’éolien offshore semble tirer son épingle du jeu, avec la confirmation du Pacte éolien en mer et le lancement de deux nouveaux appels d’offres. L’augmentation des capacités hydroélectriques est aussi au programme, dont 1,7 GW de stations de transfert d’énergie par pompage.

Tous ces moyens doivent conduire à une production électrique entre 650 et 693 TWh en 2035, soit une hausse de 42 % à 51 % en moins de 10 ans. Cela laisse perplexe, autant que la consommation ciblée sur 618 TWh en 2035, ce qui représente une croissance d’environ 4 % par an dès maintenant. Du jamais-vu dans notre pays ! Pour l’instant, le Gouvernement est bien en peine d’expliquer comment il est possible d’arriver à ce rythme surdimensionné de demande électrique.

L’enjeu non résolu des économies d’énergie

Paradoxalement, face au projet d’une hausse de la consommation d’électricité, la PPE3 confirme d’ambitieuses économies d’énergies. En effet, pour être en conformité avec la directive européenne relative à l’efficacité énergétique, la France devra réduire sa consommation finale d’énergie de 38 TWh/an en moyenne jusqu’en 2030. Soit un rythme presque double des réductions de consommations observées entre 2012 et 2023. Ce rythme devrait même être amplifié pour arriver à l’objectif de 2050 (- 50 % de consommation par rapport à 2012).

Des pistes d’actions sont données dans la PPE3. Mais, selon Yves Marignac, porte-parole de l’Association négaWatt, dans une tribune publiée dans le Nouvel Obs, « si la PPE affirme donner la priorité à la sobriété et à l’efficacité énergétique, elle reconnaît que les mesures existantes ne suffiront pas, sans en proposer de nouvelles ».

La publication de la PPE3 a été saluée par toutes les filières énergétiques, même si certaines pâtissent des choix gouvernementaux, car cela débloque le lancement de projets et redonne un horizon à 2030. Des aspects importants restent néanmoins à préciser comme le plan national d’électrification des usages, dont quatre groupes de travail vont bientôt être lancés (transport, bâtiment, industrie, numérique), qui ne devrait être dévoilé qu’à partir de mai.

Sans compter que le Gouvernement a prévu une « clause de revoyure » pour la PPE3 en 2027, si besoin d’ajuster certains objectifs. Si le plan devait être si rapidement revu, le vers de Boileau serait toujours autant d’actualité : « Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage, vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage ».

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Posté le par Stéphane SIGNORET


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