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Hydrogène natif en Lorraine : l’hypothèse d’un gisement hors norme se dessine entre promesse et prudence

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Hydrogène natif en Lorraine : l’hypothèse d’un gisement hors norme se dessine entre promesse et prudence

Posté le par La rédaction dans Matériaux

Dans le bassin houiller lorrain, une campagne de forage relance l’hypothèse d’un hydrogène présent naturellement en profondeur, susceptible d’être récupéré sans fabrication industrielle. Si les volumes avancés se confirmaient, la Lorraine pourrait être associée à une découverte énergétique hors norme. Mais, si la promesse est considérable, tout repose désormais sur la validation scientifique et la faisabilité d’une éventuelle exploitation.

À Pontpierre, à une quarantaine de kilomètres à l’est de Metz, une plate-forme de forage d’environ 41 mètres de haut a été installée pour le programme Regalor II, piloté par La Française de l’Énergie avec l’appui du laboratoire GeoRessources du CNRS et de l’Université de Lorraine. Fin janvier 2026, des tiges avaient atteint 2 600 mètres, l’objectif étant de poursuivre vers 4 000 mètres au cours de février, afin d’explorer plus profondément un hydrogène dit blanc ou natif, dissous dans les eaux souterraines.

L’enjeu dépasse la simple curiosité scientifique, certains acteurs évoquant un gisement potentiellement unique au monde. Un responsable de La Française de l’Énergie présente notamment ces travaux comme la suite d’une découverte pouvant correspondre à la plus grosse réserve d’hydrogène naturel au monde. De même, une estimation issue du programme Regalor évoque un ordre de grandeur d’environ 34 millions de tonnes pour le gisement lorrain, ce dernier étant présenté comme s’étendant aussi au-delà des frontières françaises.

Cette perspective est précisément ce qui rend le dossier extraordinaire, mais aussi ce qui impose de rappeler où se situe la frontière entre potentiel et certitude. L’IFPEN, dans un cadre plus institutionnel, souligne que l’hydrogène natif suscite un intérêt stratégique, tout en s’inscrivant dans une logique d’exploration et d’évaluation, avec des questions ouvertes sur les conditions d’exploitation.

Des mesures intrigantes, une hypothèse de système actif

Le fil scientifique de l’histoire se joue à Folschviller, autre point clé du bassin minier. Le Journal du CNRS relatait en 2023 qu’une sonde avait permis, fin 2022, d’établir un profil de concentrations et d’observer une hausse marquée de l’hydrogène avec la profondeur, passant d’environ 0,1 % à 200 mètres à des valeurs dépassant 15 % vers 1 100 mètres, un niveau présenté comme inédit dans ce type de mesures. Les chercheurs cités par le CNRS expliquaient cette présence par des réactions physico-chimiques dans le sous-sol, notamment des réactions impliquant l’eau et des minéraux. Ils évoquaient l’idée d’une production continue. Si cette hypothèse était confirmée, elle changerait la nature même du débat, puisqu’il ne s’agirait pas seulement d’un stock, mais possiblement d’un système alimenté.

C’est aussi ce qui nourrit l’enthousiasme. Le Journal du CNRS employait explicitement un conditionnel fort, en expliquant que si la découverte était validée, elle pourrait aider la transition vers des sources d’énergie plus propres. Cette formulation reflète l’état des connaissances à ce stade, avec d’un côté des signaux jugés remarquables, de l’autre la nécessité de passer des indices à une compréhension robuste du mécanisme et des volumes mobilisables.

La marche vers l’exploitabilité, entre verrous techniques et débat local

Regalor II vise justement à descendre beaucoup plus bas que la campagne précédente, arrêtée autour de 1 300 mètres. L’objectif est de se rapprocher de ce que Jacques Pironon, directeur de recherche au CNRS, coordinateur scientifique du programme Regalor au laboratoire GeoRessources, appelle la source, ou la « cuisine de l’hydrogène ». Cela permettrait notamment de mieux comprendre comment l’hydrogène se forme. Une hypothèse discutée en Lorraine estime à ce sujet que les veines de charbon et leur évolution pourraient jouer un rôle dans la génération de gaz, même si le mécanisme exact reste à documenter.

L’exploitation, si elle devait un jour être envisagée, se heurte aussi à une réalité souvent moins visible dans les récits très optimistes, celle du milieu. Le rapport scientifique diffusé par le ministère de la Transition écologique rappelle que l’hydrogène natif peut être lié à des systèmes complexes et que l’exploration et la caractérisation doivent intégrer les incertitudes, ainsi que les enjeux environnementaux. Dans le cas lorrain, l’hydrogène recherché est dissous dans des eaux souterraines, ce qui pose, par nature, des questions de méthodes, de volumes d’eau concernés et de gestion du milieu.

Le débat local existe déjà. Des associations appellent à la vigilance sur la ressource en eau, en rappelant qu’un précédent projet de l’industriel autour du gaz de couche avait été stoppé par le Conseil d’État, au nom d’un risque jugé trop élevé pour les eaux souterraines. L’extraordinaire promesse d’un hydrogène naturel abondant ne peut donc avancer qu’avec des preuves, des protocoles et un cadre d’acceptabilité.

Enfin, il faut distinguer les récits. Davidson consulting, une entreprise de conseil en management et d’expertise technologique reprend, à son niveau, une version spectaculaire, évoquant 46 millions de tonnes et une valorisation chiffrée, avec un ton volontairement enthousiaste. Ce type de publication témoigne de l’écho de la découverte, mais les éléments structurants pour juger du potentiel restent ceux documentés par les équipes de recherche et les organismes publics, qui insistent sur la validation, la compréhension géologique et les conditions de passage à l’échelle.

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