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Quel avenir pour la filière efficacité énergétique française ?

Posté le par La rédaction dans Environnement

Pollutec est aussi l'occasion de faire un peu de prospective. Quels sont les enjeux futurs pour les entreprises françaises du secteur de la performance énergétique ? Et quelle place pour ces entreprises face à la concurrence ?

La volonté de considérer l’efficacité énergétique comme un élément de réflexion inévitable en amont d’une construction de bâtiment, à la suite du Grenelle, est aujourd’hui effective : il est vrai qu’une atteinte des objectifs du Grenelle nécessite une politique globale reposant sur l’activation combinée des leviers d’offre et de demande, mais aussi sur les incitations. Sur la demande, rationaliser les dispositifs d’incitations publiques pour passer d’une culture de moyens à une culture du résultat, généraliser les technologies et services de gestion active (notamment au travers de contrats globaux de type « bouquet de travaux » ou « contrat de performance énergétique ») sont des mesures à considérer. Sur l’offre, structurer et qualifier la filière du bâtiment dans son ensemble pour la mettre en situation de répondre aux nouvelles exigences est nécessaire. Identifier et professionnaliser les nouveaux métiers et pratiques l’est tout autant.

Le marché bute néanmoins sur la fragmentation de la filière, la non optimisation des dispositifs d’aide et un important besoin en formation. Plusieurs préconisations existent pour minimiser la portée négative de cette fragmentation :

  • mettre en place de contrats de performance énergétiques (impact potentiel significatif : gains annuels de 3 à 13 TWh) ;
  • introduire des financements conditionnés aux résultats : bouquets de travaux, objectif et contrôle de performance ;
  • développement du tissu de formation local par la création de lieux communs d’apprentissage ; mise en place de plates-formes de démonstration techniques à destination des lieux de formation ;
  • faciliter l’assurabilité des nouveaux produits et matériaux pour une meilleure pénétration des matériaux innovants, notamment issus des agro-ressources locales ;
  • adapter l’offre française concernant les équipements de chauffage performants ;
  • promouvoir la santé-environnement, notamment la qualité de l’air intérieur.

De nombreuses ruptures sont nécessaires, tant quantitatives, en particulier pour augmenter le nombre de logements anciens rénovés, que qualitatives pour améliorer la qualité énergétique des rénovations et ce dans un délai court.

la « territorialisation » des objectifs du Grenelle

L’enjeu consiste à ce que le Grenelle puisse se territorialiser. Les objectifs ont en effet été fixés à l’échelle nationale, mais chaque échelon local ou collectivité locale française doit les décliner au regard de ses spécificités et atouts. C’est la phase actuellement vécue par l’ensemble d’entre elles, cette phase étant complexe et longue. Ce processus prendra plusieurs années avant qu’elles ne s’approprient pleinement ces objectifs et de manière spécifique à leurs particularités. Elles ont aujourd’hui tendance à multiplier des actions avec une faible mutualisation, tant à l’échelle régionale que nationale.

La réussite du bâtiment passe nécessairement par l’adaptation très rapide et sans précédents de son mode de production local. L’objectif est très élevé dans la rénovation, car s’il subsiste une incertitude sur le rythme des rénovations, les 20 millions de logements construits avant 1980 devront être rénovés d’ici 2050, ce qui laisse supposer un rythme de rénovations de 500.000 logements par an pour une économie annuelle théorique de 7,5 TWh/an. Il sera notamment particulièrement important de créer des standards de rénovation et de créer des réseaux régionaux de compétences. A partir de là, plusieurs points clés ont été identifiés :

  • Les bouquets de travaux performants et les CPE : pour qu’une proportion conséquente des rénovations soient réalisées sur les logements les plus consommateurs d’énergie et que ces rénovations atteignent des niveaux de qualité thermique satisfaisants, il est important de promouvoir la réalisation de bouquets de travaux performants, d’industrialiser les solutions techniques qui y concourent et de professionnaliser la filière des installateurs qui les mettent en oeuvre.
  • Dans le grand tertiaire et le collectif résidentiel, la mise en place de contrats de performances énergétiques avec des objectifs quantitatifs de réduction de la consommation d’énergie permettra de réaliser des gains d’énergie supplémentaires résultant d’une meilleure gestion des systèmes de chauffage. Ces contrats offrent une garantie de résultats et limitent le possible « effet rebond » (appropriation de la performance accrue par une élévation du niveau minimal de confort exigé au détriment des économies d’énergie identifiées). Il semble important de les promouvoir.
  • La réalisation de ces rénovations et la mise en place de contrats de performance énergétique devrait générer 150 000 emplois et contribuer aux objectifs du Grenelle en économisant plus de 200 TWh par an, soit plus de 20 Mt de CO2 (4 % des émissions totales, 9 % de la cible totale du Grenelle).
  • La formation : Les référentiels nationaux doivent évoluer rapidement. Pour cela, il est nécessaire de rapprocher la formation des professionnels des lieux de réalisation et de démonstration en capitalisant sur les formations FEEBAT et CREPA. Cela passera par : i) le financement de plateformes de démonstration au sein des centres de formation sur des techniques clés, notamment les caméras thermiques, la filtrométrie, les équipements d’ENR (en priorité : chaudières bois, solaire thermique et pompes à chaleur), les solutions d’isolation par l’extérieur, des visites de chantiers démonstratifs mettant l’accent sur le traitement des ponts thermiques, l’étanchéité à l’air, la rationalisation due choix des équipements et de leur dimensionnement, les techniques de pose des nouveaux matériaux (freines-vapeur, isolants).

Ce n’est pas tout. La formation des bureaux d’études et des architectes doit également évoluer, chaque tissu régional devant adapter ses compétences en parallèle de l’augmentation de la demande de bâtiments performants : développer l’utilisation de logiciels de calcul de confort visuel, du confort acoustique, de la solarisation, développer l’utilisation des logiciels de calcul à l’étanchéité à l’air, des systèmes de ventilation double flux avec récupération de chaleur, maximiser l’utilisation des logiciels de simulation thermique dynamique, notamment tenant compte de l’apport solaire, encourager le rapprochement entre l’ingénierie fluide et l’ingénierie structure afin de proposer une offre globale de conception performante. Pour les bâtiments tertiaires ou résidentiels collectifs, la maquette numérique de conception, réalisation et exploitation devra être généralisée. Elle aura une triple fonction : simulation et de formation aux nouveaux procédés et nouvelles techniques, collaboration en temps réel entre les professionnels lors du chantier, support de gestion technique durable du batiment sur l’ensemble de son cycle de vie. Une politique volontariste pourrait de plus favoriser l’émergence d’une offre compétitive par l’industrie française des logiciels graphiques. Il sera également nécessaire de développer les formations d’accompagnement et de créer un nouveau « métier » de technicien de la rénovation énergétique à destination des collaborateurs d’architectes et de bureaux d’études (besoin évalué à 600 par an).

Il est donc crucial qu’émerge à terme une offre intégrée, par la création de lieux communs d’apprentissage, la difficulté « structurelle » étant le faible niveau de mutualisation des bureaux d’études. La Maîtrise d’Ouvrage doit également y être associée. L’accessibilité et la qualité de l’air feront partie des éléments de qualité essentiels des bâtiments à construire ou rénover. Par conséquent la politique de formation initiale et continue ne devra pas oublier les aspects sociaux et santé-environnement en ne se focalisant pas uniquement sur le thermique. Les objectifs du Grenelle visent essentiellement l’aspect thermique. Néanmoins, il est important de ne pas oublier l’aspect santé-environnement, notamment la qualité de l’air intérieur. La deuxième mouture du Plan National Santé-Environnement (PNSE 2), rendue publique en janvier 2009, reprend ces objectifs en étant structuré autour des inégalités environnementales. L’engagement volontaire des industriels des produits de construction porte notamment sur l’étiquetage des performances énergétiques et d’incidence santé des produits. Le couplage de l’étiquetage des performances des produits avec une optimisation de leur emploi, intégrée dès la phase de conception, via les outils de type maquette numérique sera un levier fort de qualité et de compétitivité de l’offre en construction neuve et en rénovation.

Par Pierre Thouverez

Sources : MEEDDM / CGDD, Ademe

Posté le par La rédaction


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