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Chosification des végétaux : de l’arbre écran aux plantes lumineuses
Arbres en milieux urbains - Problématique et pistes d’amélioration de l’éclairage nocturne
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Chosification des végétaux : de l’arbre écran aux plantes lumineuses
Arbres en milieux urbains - Problématique et pistes d’amélioration de l’éclairage nocturne

Auteur(s) : Romain SORDELLO, Virginie NICOLAS

Date de publication : 10 août 2024 | Read in English

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Présentation

1 - Problématique

2 - Végétaux et lumière : état des lieux des connaissances scientifiques

3 - Prise en compte des arbres dans nos études d’éclairage public

4 - Chosification des végétaux : de l’arbre écran aux plantes lumineuses

  • 4.1 - Utilisation des arbres comme écran : un sacrifice pour le bien de la planète ?
  • 4.2 - Végétaux sur candélabres : cohabitation ou scène de ménage ?
  • 4.3 - Plantes bioluminescentes : bonne ou mauvaise idée ?

5 - Conclusion

6 - Glossaire

Sommaire

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RÉSUMÉ

Depuis quelques années, de plus en plus de place est accordée au végétal en ville, en particulier aux arbres. Cette dynamique est positive mais fait néanmoins émerger de nouvelles problématiques, par exemple concernant l’éclairage public en multipliant les risques d’exposition des végétaux à la lumière artificielle nocturne. Or, les végétaux sont sensibles à la lumière ; notamment ils synchronisent leurs rythmes biologiques via l’alternance jour/nuit depuis des millions d’années. Cet article pose ainsi la question : comment concevoir et mettre en œuvre une stratégie d’éclairage la nuit sans nuire aux arbres ? Après un bref rappel de la règlementation, il dresse un état des lieux des connaissances scientifiques puis présente des solutions techniques envisageables en s’appuyant sur de nombreux exemples.

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Auteur(s)

INTRODUCTION

Depuis quelques années, des stratégies nationales et locales se mettent en place pour réintégrer la nature en ville et cela passe avant tout par donner plus de place au végétal. De nombreuses collectivités s’engagent ainsi dans la plantation massive d’arbres et d’arbustes et notamment en pleine ville. Toutes les grandes métropoles ou presque se sont dotées d’un plan « arbres » avec des objectifs vertigineux de plantations. À titre d’exemple : la ville de Toulouse s’est engagée à planter 100 000 arbres d’ici 2030 dans le cadre de son plan climat-air-énergie territorial (PCAET), dont 50 000 seront déjà plantés au printemps 2024 ; Paris prévoit dans son plan « arbres » de planter 170 000 arbres entre 2020 et 2026 dont 25 000 ont déjà été plantés à l’hiver 2022 ; à Marseille, la ville se donne jusqu’en 2029 pour planter 308 000 arbres dont 8 000 de taille adulte. De telles démarches s’initient aussi dans des villes de taille moyenne, par exemple à Châteauroux, Saint-Étienne ou Metz. Il peut s’agir d’alignements d’arbres, de création d’espaces verts, de renaturation de friches ou même de « microforêts urbaines ».

Dans ces démarches vertueuses et louables, l’arbre en tant qu’individu est cependant souvent considéré de façon anthropocentrée, soit comme un élément paysager (esthétique) soit comme un « fournisseur de services » (réduction des ilots de chaleur, création de zones ombragées, amélioration de la qualité de l’air). Plus rarement, les arbres sont considérés pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire avant tout des êtres vivants qui possèdent eux-mêmes leur cycle circadien*, leur métabolisme, leurs exigences écologiques et leur perception sensorielle.

En conséquence, les conditions d’habitabilité des végétaux plantés ne sont finalement que partiellement prises en compte. La plupart du temps on s’intéressera au sol, à l’exposition, à l’apport en eau et au climat, mais un facteur environnemental clé semble systématiquement ignoré : celui de la qualité nocturne de l’environnement où les arbres sont plantés. On éclaire même volontairement, encore aujourd’hui, des arbres la nuit, pour « faire beau ». Il est en effet très fréquent – et cette pratique est parfaitement autorisée – de constater des arbres éclairés intentionnellement comme du mobilier urbain ou du patrimoine bâti. Plus largement, les arbres sont exposés à des lumières artificielles omniprésentes la nuit qui, par « inadvertance », débordent de leur cible. Leur houppier englobe alors un lampadaire, reçoit le ricochet de l’éclairage d’un bâtiment ou la lumière directe d’une vitrine. La pollution lumineuse est devenue un phénomène global tel qu’à peu près tous les végétaux d’une ville, et même en dehors, y sont exposés d’une manière ou d’une autre, soit directement soit de manière diffuse. Les animaux réagissent à cette lumière, qui crée notamment chez certains des mécanismes d’évitement. Mais les arbres, immobiles, n’ont aucun moyen de fuir…

Pourtant le respect d’un cycle circadien, basé sur l’alternance jour/nuit qui berce notre planète depuis des milliards d’années, influence directement la vie d’un arbre. Le fait que les végétaux soient fixes et ne manifestent pas (pour la plupart) de changements entre le jour et la nuit donne l’impression qu’ils ne sont pas concernés par ce cycle. Mais ce n’est pas le cas, un arbre « dort » aussi et son activité est structurée dans le temps comme chez les animaux. La croissance, la floraison, la fructification et la mise en réserve de leurs sucres sont intimement liées à l’alternance jour/nuit et ses variations au cours des saisons.

Par conséquent, il apparaît crucial de mieux tenir compte de la qualité de la nuit pour le végétal, y compris dans une vision utilitariste de l’arbre, car un arbre en mauvaise santé n’assurera pas ou moins bien les services attendus… Le végétal est aussi à la base des écosystèmes, il fournit de la nourriture aux herbivores et des habitats pour la faune. S’il est exposé à la lumière artificielle, sa place dans l’écosystème va radicalement changer. Il pourra devenir tout à coup un habitat hostile pour la faune, ouvrir ses fleurs en décalage avec les pollinisateurs, etc. Vouloir (re)créer de la nature en ville en ignorant l’exposition des arbres à la pollution lumineuse montre donc un paradoxe dans notre manière d’appréhender les écosystèmes.

Cet article pose ainsi la question : comment concevoir et mettre en œuvre une stratégie d’éclairage la nuit sans nuire aux arbres ? Il fera le point sur les impacts de l’éclairage et les solutions possibles. Il sera question essentiellement des végétaux chlorophylliens et ligneux, donc des arbustes et des arbres. Nous distinguerons les éclairages volontaires (mises en valeur) qui soulèvent donc des choix politiques à requestionner et les éclairages involontaires parfois difficiles à éviter, mais que l’on peut améliorer.

Nota

* un glossaire des termes et expressions est présenté en fin d’article.

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https://doi.org/10.51257/a-v1-ge1079

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4. Chosification des végétaux : de l’arbre écran aux plantes lumineuses

Comme nous l’avons posé en introduction, les végétaux sont trop souvent considérés comme des biens mobiliers ou des pourvoyeurs de services pour nous les humains (ombrage, fraîcheur). Certaines propositions dans le domaine de l’éclairage vont encore plus loin dans la « chosification » des végétaux et mériteraient un débat aussi bien éthique qu’économie ou écologique.

4.1 Utilisation des arbres comme écran : un sacrifice pour le bien de la planète ?

Il arrive que la plantation d’arbres et d’arbustes soit proposée par des paysagistes et des écologues comme mesure de réduction de la pollution lumineuse. Par exemple, la plantation d’une haie au bord d’une route ou en lisière d’un bourg sera préconisée pour former une barrière végétale qui limitera l’exposition des milieux naturels adjacents (prairies, mares) aux lumières artificielles.

Au regard des impacts de la lumière sur les végétaux, à la fois supposés ou avérés, présentés dans cet article, il paraît évident que cette solution n’est pas favorable aux arbres eux-mêmes car elle va perturber aussi bien leur physiologie que leur cycle de vie. Néanmoins, qu’en est-il de l’efficacité de cette mesure sur le reste de l’écosystème ? Straka et al. (2019) apportent des éléments de réponses. Ces chercheurs ont constaté qu'un couvert arboré dense atténuait l'effet négatif des lampadaires sur les chauves-souris des genres Nyctalus, Eptesicus et Vespertilio qui se nourrissent dans les espaces ouverts . Cela montre qu’effectivement le couvert végétal fait écran et préserve un environnement nocturne sombre à l’arrière pour certaines espèces. En revanche, l’éclairage artificiel a amplifié l'effet négatif ou « positif » déjà existant des lampadaires sur d’autres espèces...

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BIBLIOGRAPHIE

  • (1) - BENNIE (J.), DAVIES (T.W.), CRUSE (D.), GASTON (K.J.) -   Ecological effects of artificial light at night on wild plants.  -  Swenson N, editor, J. Ecol., 104, p. 611-620, DOI : 10.1111/1365-2745.12551 (2016).

  • (2) - VALEUR (B.), BARDEZ (E.) -   La lumière et la vie.  -  Belin, https://www.belin-editeur.com/la-lumiere-et-la-vie (2015).

  • (3) - RAVEN (J.A.), COCKELL (C.S.) -   Influence on photosynthesis of starlight, moonlight, planetlight, and light pollution (Reflections on Photosynthetically Active Radiation in the Universe).  -  Astrobiology, 6, p. 668-675, DOI : 10.1089/ast.2006.6.668 (2006).

  • (4) - CAMPBELL (N.A.) -   Biologie.  -  3e éd., Bruxelles Saint-Laurent (Québec), De Boeck université, Ed. du renouveau pédagogique (1995).

  • (5) - MERAVI (N.), KUMAR PRAJAPATI (S.) -   Effect street light pollution on the photosynthetic efficiency of different plants.  -  Biological Rhythm Research, 51, p. 67-75, DOI : 10.1080/09291016.2018.1518206 (2020).

  • ...

NORMES

  • Éclairage public – Partie 2 : exigences de performance. - NF EN 13201-2 - 2016

  • Éclairage public – Partie 4 : méthodes de mesure des performances photométriques. - NF EN 13201-4 - 2016

1 Réglementation

Décret n° 2022-1294 du 5 octobre 2022 portant modification de certaines dispositions du code de l'environnement relatives aux règles d'extinction des publicités lumineuses et aux enseignes lumineuses (consulté le 24 novembre 2023). JORF n° 0232 du 6 octobre 2022. NOR : TREL2131630D.

https://www.legifrance.gouv.fr/eli/decret/2022/10/5/TREL2131630D/jo/texte

Arrêté du 27 décembre 2018 relatif à la prévention, à la réduction et à la limitation des nuisances lumineuses (consulté le 24 novembre 2023). JORF n° 0300 du 28 décembre 2018. NOR : TREP1831126A.

https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000037864346

Décret n° 2012-118 du 30 janvier 2012 relatif à la publicité extérieure, aux enseignes et aux préenseignes (consulté le 24 novembre 2023). JORF n° 0026 du 31 janvier 2012. NOR : DEVL1134012D.

https://www.legifrance.gouv.fr/eli/decret/2012/1/30/DEVL1134012D/jo/texte

Décret n° 2011-831 du 12 juillet 2011 relatif à la prévention et à la limitation des nuisances lumineuses (consulté le 24 novembre 2023). JORF n° 0161 du 13 juillet 2011. NOR : DEVP1113796D.

https://www.legifrance.gouv.fr/eli/decret/2011/7/12/DEVP1113796D/jo/texte

Loi n° 2010-788 du 12 juillet 2010 portant engagement national pour l'environnement. Dernière mise à jour des données de ce texte : 27 octobre 2021. Version en vigueur au 24 novembre 2023. NOR : DEVX0822225L.

https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000022470434

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