Ce n’est pas avec les technologies d’hier que nous répondrons aux enjeux énergétiques de demain. EQUINIX, leader mondial des infrastructures numériques et des datacenters l’a bien compris. En s’associant avec STELLARIA, la start-up française qui développe un nouveau type de réacteur nucléaire à neutrons rapides et à sels fondus, EQUINIX a sécurisé la première réservation de capacité énergétique sur le Stellarium, le réacteur que STELLARIA prévoit de déployer à partir de 2035.
Nicolas Breyton, CEO de STELLARIA, et Régis Castagné, Directeur général d’EQUINIX France, ont accepté de répondre à nos questions.

À droite : Régis Castagné, Directeur général d’EQUINIX France (crédit : ErinAshford)
STELLARIA développe le Stellarium, un réacteur à neutrons rapides de nouvelle génération à sels fondus, le premier réacteur au monde à utiliser des combustibles liquides capables de se régénérer entièrement lors du fonctionnement (Uranium 235, Uranium 238, Plutonium 239).
EQUINIX est une référence en matière d’excellence opérationnelle qui héberge des applications critiques, notamment 70 % des bourses mondiales. EQUINIX possède à ce jour 273 datacenters répartis dans le monde.
On sait que les datacenters consomment de plus en plus d’électricité ? Quel est l’ordre de grandeur des besoins énergétiques ?
Régis Castagné : Le rôle des datacenters est d’assurer la sécurité et la disponibilité des données hébergées, ce qui implique d’être en mesure de fournir l’énergie nécessaire à un fonctionnement 24 h/24 et 7 J/7.
L’électricité est donc une préoccupation majeure dans notre métier. Ça l’était déjà il y a 27 ans, à la création d’EQUINIX, mais bien moins qu’aujourd’hui, car les quantités d’électricité consommées étaient beaucoup plus faibles. À l’époque, quand on parlait de capacités électriques, on s’exprimait en MW alors qu’aujourd’hui tout le monde parle en GW, ce qui est colossal. La consommation électrique représente environ 20 à 25 % du compte de résultat de nos datacenters !
Ce besoin énergétique croissant nous amène à explorer de nouveaux modes de production afin de préparer l’avenir. Les SMR sont de bons candidats. Et celui proposé par STELLARIA est l’un des meilleurs.
Pourquoi les SMR sont-ils de bons candidats ?
Nicolas Breyton : Le terme SMR ne définit pas une technologie en particulier, mais la taille du réacteur, car il y a plusieurs formes de nucléaire. C’est pourquoi je préfère parler « des nucléaires ».
En fait c’est exactement comme pour la combustion : quand on parle de combustion, tout le monde comprend qu’il y a le gaz, le charbon, la biomasse. En revanche, peu de gens ont conscience qu’il existe autant d’écart entre les différentes technologies nucléaires.
La raison est simple : le nucléaire est un domaine jeune, puisque la première centrale[1] date de 70 ans à peine, contre plusieurs centaines de milliers d’années pour la découverte du feu ! L’humanité est donc encore en phase d’acculturation et il nous reste beaucoup à inventer et à découvrir.
De notre point de vue, pour que les SMR décollent, il nous faut développer de nouvelles technologies, répondant aux exigences du 21e siècle, exigences qui ne sont pas les mêmes qu’en 1960 lorsqu’on s’est orienté vers les réacteurs à eau pressurisée.
Car dans les années 60, on construisait d’énormes centrales avec 1 km de zone d’exclusion autour. C’est la philosophie inverse du SMR, dont la petite taille et les exigences en termes de sûreté doivent permettre un déploiement à proximité des datacenters.
Pour répondre à ces nouveaux besoins, il faut donc changer de paradigme : ceci impose de développer de nouvelles technologies, car le nucléaire est difficilement déployable en SMR avec les technologies existantes.
En quoi la technologie proposée par STELLARIA répond-elle aux besoins des datacenters ?
NB : STELLARIA développe le premier réacteur breed and burn, un réacteur capable de renouveler et de brûler le combustible sans avoir à le retraiter. En d’autres termes, nous arrivons à fermer le cycle de l’uranium au sein du réacteur, presque gratuitement puisque la durée de vie du combustible est estimée entre 20 et 60 ans.
Autrement dit, un réacteur Stellarium permet de gérer toute la durée de vie d’un datacenter de 250 MW, sans recharge de combustible. Cela change tout si on le compare à la première génération de réacteurs à neutrons rapides, dont la fréquence de rechargement va de 3 à 4 ans.
Le client qui souhaite implanter un nouveau datacenter peut donc proposer aux banques un business plan solide, avec un coût de l’énergie fixé et un approvisionnement sécurisé, ce qui est un avantage majeur face à la saturation du marché de l’électricité. Avoir un approvisionnement en électrons 24 h/24 et 7 J/7 est aujourd’hui tellement difficile dans certains pays (notamment en Irlande ou aux Pays-Bas) qu’il faut attendre de nombreuses années avant d’installer un datacenter.
RC : Sur le plan énergétique, j’ajouterais que la France fait figure d’exception, puisque nous sommes l’un des rares pays à disposer d’une électricité abondante, relativement peu chère, décarbonée à plus de 95 % et dont le réseau électrique est robuste. Mais qu’en sera-t-il à l’avenir ? Car aujourd’hui, on estime qu’il y a entre 7 et 10 gigawatts de projets de datacenter annoncés en France. Même si tous ces projets n’aboutiront pas, on sait qu’il faudrait jusqu’à dix réacteurs nucléaires « classiques » pour les alimenter, ce qui n’est pas soutenable !
EQUINIX le sait et a fait le choix d’investir aux côtés de STELLARIA, car nous sommes convaincus qu’il est urgent de trouver des alternatives énergétiques crédibles, y compris dans des pays plutôt bien positionnés aujourd’hui.
Quel est l’objectif de ce partenariat entre EQUINIX et STELLARIA ?
RC : Cette collaboration avec STELLARIA permettra à EQUINIX de soutenir la croissance que nous envisageons pour les années à venir. Nous travaillons actuellement sur un blueprint qui devrait être prêt d’ici la fin du premier trimestre 2026. Ensuite, nous poursuivrons nos expérimentations en France.
NB : Un blueprint est un avant-projet de site, dont l’objectif est d’évaluer la réponse à toutes les questions liées au projet, que ce soit d’ordre technique, réglementaire, ou concernant les connexions aux réseaux existants.
Pour STELLARIA, ce blueprint sera l’occasion de mettre en valeur un projet stratégique pour la France, c’est-à-dire un datacenter IA de grande taille, implanté sur notre sol et couplé à une nouvelle génération d’énergie nucléaire renouvelable. Ce sera une belle vitrine, à la fois pour STELLARIA, pour EQUINIX, mais aussi pour la France.
[1] La première centrale nucléaire a vu le jour le 27 juin 1954 à Obninsk, près de Moscou, en URSS









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