Portée par l'essor du solaire, l'électricité européenne a vu ses prix se modérer en 2025, tout en restant volatils. Alors que la dépendance aux énergies fossiles demeure contenue, des tensions apparaissent face à l'intermittence des renouvelables et à une consommation en berne. Cet équilibre délicat met en lumière l'urgence d'investir dans la flexibilité du système électrique.
Jamais le soleil n’a autant pesé dans la balance électrique européenne, mais derrière ce record historique se cache une transition encore fragile. Selon les données publiées par Eurelectric, l’association de l’industrie électrique européenne, l’année 2025 a marqué un tournant pour l’énergie solaire dans l’Union européenne. Avec plus de 340 TWh produits, le solaire a couvert 12,5 % du mix électrique de l’UE, un niveau jamais atteint jusqu’ici. En un an, la production a progressé de plus de 60 TWh, soit l’équivalent de la consommation annuelle totale d’électricité du Portugal, confirmant le rôle central de cette filière dans la transition énergétique.
Cette envolée a permis de compenser les contre-performances d’autres énergies renouvelables. Entre 2024 et 2025, la production hydroélectrique a reculé de 13 %, tandis que l’éolien a baissé de 4 %, pénalisés par des conditions climatiques moins favorables. Résultat : la part des énergies renouvelables dans le mix électrique européen stagne à environ 48 %, malgré la dynamique du solaire. Le nucléaire, pour sa part, est resté stable autour de 24 %, continuant d’assurer une production de base fiable. Les énergies fossiles ont, elles, été largement contenues, puisque leur production n’a progressé que de moins de 2 % et représente désormais 28 % du mix électrique.
Sur le front de la décarbonation, le secteur électrique européen confirme les progrès réalisés sur le long terme. En 2025, ses émissions de CO₂ représentent environ 45 % de leur niveau de 1990, témoignant de trois décennies d’efforts continus. Malgré tout, la dynamique s’essouffle puisque les émissions totales sont restées quasi stables à 475 Mt, contre 472 Mt en 2024, alors que les baisses observées en 2022 et 2023 avaient été bien plus marquées. Un signal préoccupant alors que l’Union européenne s’est fixé un objectif de 50 % d’énergies renouvelables.
Entre tensions hivernales et détente estivale des prix
Les marchés de l’électricité ont, eux aussi, évolué dans un contexte contrasté. En 2025, les prix de gros pour le lendemain se sont établis en moyenne à 88 €/MWh, un niveau inférieur à ceux observés de 2023, mais légèrement supérieurs à ceux de 2024. Le premier semestre a été marqué par des prix élevés, conséquence d’une production éolienne et hydraulique insuffisante, avant un reflux au second semestre grâce à une forte production solaire et à la baisse des prix du gaz.
Malgré cette détente relative, la volatilité reste une caractéristique structurelle du marché. Des prix négatifs ont été observés pendant 3,3 % des heures, tandis que des pics supérieurs à 150 €/MWh ont concerné 9,3 % des heures. Ces niveaux, bien inférieurs à ceux de la crise de 2022 mais supérieurs à ceux de 2024, illustrent le besoin croissant de flexibilité du système électrique.
Un autre signal fort ressort des données d’Eurelectric, celui de la décorrélation progressive entre les prix de l’électricité et ceux des combustibles fossiles. En 2019, le prix de l’électricité dépassait le coût de production à partir de gaz durant 74 % des heures. En 2025, ce ratio est tombé à 32 %, démontrant la capacité des énergies renouvelables à atténuer l’influence du gaz sur les marchés. Pour amplifier cet effet, l’association souligne toutefois la nécessité d’accélérer les investissements dans le stockage et la flexibilité des réseaux.
Reste un point noir persistant : la demande d’électricité. En 2025, la consommation globale est restée stable par rapport à 2024, mais demeure inférieure de 7 % aux niveaux de 2021. Cette faiblesse reflète une reprise industrielle inégale selon les pays européens et pourrait freiner les investissements indispensables à la transition énergétique. L’Europe avance résolument vers une électricité plus verte, mais sans une relance de la demande et un renforcement massif de la flexibilité du système, la transition risque de manquer de souffle au moment même où elle devrait changer d’échelle.









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