Contactez-nous
Logo ETI Quitter la lecture facile
IBIS : la batterie réinventée

IBIS : la batterie réinventée (2/2)

Posté le par Benoît CRÉPIN dans Chimie et biotech

Lancé fin 2018, le projet IBIS (Intelligent Battery Integrated System) vise au développement d’une nouvelle approche en matière de conversion d’énergie à destination des batteries électriques. Basée sur l’intégration, directement au niveau des modules Li-ion, de composants jouant à la fois un rôle d’onduleur et de chargeur, cette technologie aux multiples avantages ouvre des perspectives inédites tant dans le domaine de l’automobile, que des systèmes stationnaires de stockage d’électricité.

Né d’un besoin partagé entre deux industriels – le constructeur automobile Stellantis, et Saft, filiale de TotalEnergies spécialisée dans les solutions de batteries pour l’industrie –, le projet IBIS associe, outre ces deux acteurs, les sociétés SHERPA Engineering et E2-CAD, ainsi qu’un laboratoire privé, l’Institut Lafayette. Le consortium intègre également trois laboratoires académiques sous co-tutelle du CNRS : le GeePs[1] et le SATIE[2], spécialisés dans la conception, l’expérimentation et la validation des systèmes de conversion d’énergie électrique, ainsi que le LEPMI[3], expert en caractérisation et en élaboration de cellules de batteries.

Déjà validée à l’échelle de démonstrateurs pour des applications stationnaires, la technologie a également, plus récemment, démontré sa pertinence dans le domaine automobile au travers d’un véhicule prototype, testé sur banc, sur piste puis sur route ouverte.

Lancée mi-2025 avec le soutien du programme France 2030, la seconde phase du projet vise notamment à franchir une étape décisive vers l’industrialisation de la technologie. L’équipe s’est ainsi fixé l’objectif de converger vers une solution pleinement industrialisable à l’horizon 2030, comme nous le révèlent Francis Roy, responsable du projet IBIS chez Stellantis et Claude Marchand, professeur émérite à l’Université Paris-Saclay et ex-directeur du GeePs, dans cette seconde partie de l’entretien qu’ils nous ont accordé.

Francis Roy (à gauche) responsable du projet IBIS chez Stellantis, et Claude Marchand (à droite), professeur émérite de l’Université Paris-Saclay
Aujourd’hui responsable du projet IBIS chez Stellantis, Francis Roy (à gauche) est l’auteur d’une thèse qu’il a soutenue à l’âge de 48 ans, alors qu’il occupait au sein du groupe une fonction de chef de projet dans le domaine des chaînes de tractions électriques. Professeur émérite de l’Université Paris-Saclay, Claude Marchand (à droite) a été directeur du laboratoire GeePs pendant dix ans, et a joué un rôle majeur dans la création d’un laboratoire commun « OpenLab » au sein duquel s’est inscrit le projet IBIS. ©CentraleSupélec

Où en est, aujourd’hui, le projet IBIS ?

Claude Marchand : La première phase du projet, IBIS 1, s’est achevée fin 2024. Elle a permis de valider les principes technologiques au travers de deux démonstrateurs représentatifs des principaux cas d’usage : une installation stationnaire, présentée en 2023, puis un démonstrateur automobile, dévoilé en septembre 2025. Ces réalisations ont permis de confirmer la faisabilité de l’architecture et d’en évaluer les performances dans des environnements applicatifs et représentatifs distincts.

La seconde phase, IBIS 2, lancée mi-2025, s’inscrit dans la continuité de ces travaux et s’articule autour de deux axes complémentaires. Le premier vise à accroître le niveau de maturité technologique (TRL) afin de converger vers une solution industrialisable et compatible avec les exigences d’une future mise sur le marché.

Un démonstrateur automobile fait l’objet d’une campagne d’essais approfondie
Un démonstrateur automobile a été présenté en septembre 2025, et a depuis fait l’objet d’une campagne d’essais approfondie. ©Christophe PEUS 0003

Francis Roy : Sur le plan industriel, des travaux sont d’ores et déjà engagés afin de préparer l’industrialisation de la technologie. Un partenariat a notamment été établi avec un EMS[4] français pour le développement des procédés de fabrication. En parallèle, des collaborations sont en cours avec des fabricants de semi-conducteurs spécialisés dans les applications automobiles, afin de sécuriser les briques technologiques critiques.

Les volumes de production visés étant particulièrement élevés, la montée en cadence nécessitera le déploiement de capacités industrielles dédiées. Dans cette perspective, un enjeu fort consiste à favoriser l’implantation de ces unités de production en France et en Europe, afin de contribuer au maintien et au développement d’un tissu industriel local.

Cette dynamique est d’autant plus stratégique dans le domaine du stockage stationnaire, dont le marché connaît une croissance rapide. À ce titre, la technologie IBIS pourrait également contribuer à la structuration de nouvelles filières industrielles et à la création d’emplois associés.

En parallèle des activités d’industrialisation, les laboratoires partenaires du consortium poursuivent leurs travaux de recherche afin de faire évoluer la technologie et d’en explorer les perspectives à plus long terme, tant pour les applications embarquées que stationnaires.

Enfin, sur le plan académique, le programme IBIS 2 prévoit le lancement de neuf thèses, témoignant de l’effort de recherche soutenu autour de ce concept et de la volonté d’en approfondir les verrous scientifiques et technologiques.

Quel est le niveau de maturité de la technologie ? À quel horizon pourrait-elle aboutir à des applications commerciales ?

FR : La technologie a atteint le niveau de maturité TRL[5] 5 en juillet 2024, avant de franchir, début 2026, un seuil proche du TRL 6. Cette progression témoigne de l’avancée significative du projet vers des conditions de validation représentatives d’un environnement réel.

Le démonstrateur véhicule a déjà fait l’objet d’une campagne d’essais approfondie, incluant des validations sur banc dynamométrique, des tests sur piste, ainsi que des épreuves en conditions sévères. Parmi celles-ci figurent notamment des sollicitations dynamiques telles que les montées de trottoir ou les phases de forte accélération (kick-down), qui ont permis de démontrer la robustesse et la réactivité du système IBIS.

Depuis juin 2025, des essais sur route ouverte sont également menés en conditions réelles de circulation, permettant d’évaluer le comportement du système dans un usage quotidien et d’affiner les stratégies de pilotage associées.

Dans cette dynamique, l’équipe projet poursuit ses efforts afin de converger vers une solution industrialisable, avec un objectif de proposer une technologie commercialisable à l’horizon 2030.

Ne craignez-vous pas d’être rattrapés par la concurrence – féroce – incarnée par les autres acteurs du domaine, notamment certains leaders asiatiques ?

FR : Stellantis se positionne aujourd’hui parmi les acteurs les plus avancés au niveau mondial sur ce type d’architecture. Néanmoins, le contexte reste, effectivement, fortement concurrentiel, avec de nombreux industriels et centres de recherche explorant des approches convergentes autour des convertisseurs multiniveaux intégrés aux batteries.

Dans une perspective de mise sur le marché, les premières générations de produits s’appuieront sur des composants de puissance à base de silicium, qui offrent à ce jour le meilleur compromis entre maturité technologique, robustesse et coût. En parallèle, une veille technologique active est menée sur les semi-conducteurs de nouvelle génération, en particulier les dispositifs à base de nitrure de gallium (GaN), dont le potentiel en termes de densité de puissance et de performances de commutation est bien identifié. Toutefois, leur niveau de maturité doit progresser pour atteindre un niveau de qualification automobile au regard des exigences de fiabilité et de durabilité exigées par le domaine.

Nous travaillons ainsi à la fois à la préparation de la commercialisation de la technologie telle qu’elle se présente actuellement, tout en préparant « le coup d’après » ! Nous avons été les leaders des motorisations thermiques. IBIS va être, je pense, un moyen pour nous d’accéder à nouveau à cette reconnaissance dans le domaine, cette fois, du véhicule électrique.


[1] Electronics manufacturing services, entreprise de services de fabrication électronique.

[2] Technology readiness level, échelle de maturité technologique.

[3] Laboratoire d’Électrochimie et Physico-chimie des Matériaux et des Interfaces (LEPMI, CNRS/Grenoble INP/Université Grenoble Alpes/Université Savoie Mont-Blanc)

[4] Electronics manufacturing services, entreprise de services de fabrication électronique.

[5] Technology readiness level, échelle de maturité technologique.


https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/thematique/biotech-et-chimie/

Réagissez à cet article

Commentaire sans connexion

Pour déposer un commentaire en mode invité (sans créer de compte ou sans vous connecter), c’est ici.

Captcha

Connectez-vous

Vous avez déjà un compte ? Connectez-vous et retrouvez plus tard tous vos commentaires dans votre espace personnel.

Inscrivez vous aux newsletters !

Recevez chaque semaine les newsletters du Magazine d’Actualité.

Actualités et veille technologique

L'espace actualité c'est quoi ?

De la découverte en laboratoire à l'innovation industrielle, scrutez les tendances et prenez part aux grands débats scientifiques qui construisent le monde de demain.

Contacter la rédaction
Conversion de l'énergie électrique
Conversion de l'énergie électrique

Toute notre expertise sur la conversion, le traitement et les utilisations de l'énergie électrique

Obtenir

Livre blanc La soie d'araignée, au cœur des matériaux de demain
20 Juil 2026
La soie d'araignée, au cœur des matériaux de demain

La soie d'araignée, un matériau biosourcé performant et durable qui intéresse de multiples secteurs

Livre blanc PFAS : mesurer, encadrer, traiter - Le défi des polluants invisibles
21 Mai 2026
PFAS : mesurer, encadrer, traiter - Le défi des polluants invisibles

PFAS, polluants invisibles mais omniprésents : entre angles morts scientifiques, pression réglementaire et course à...

Inscrivez-vous gratuitement à la veille personnalisée !

S'inscrire
Veille personnalisée

Inscrivez-vous aux newsletters !

Recevez chaque semaine les newsletters du Magazine d’Actualité