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Les prix du baril de pétrole devraient poursuivre leur progression

Posté le par La rédaction dans Énergie

Les ressources mondiales de produits pétroliers : Partie 3

Malgré la profusion des ressources, les cours du baril de Brent, coté à Londres, en dollars courants, sont passés de 30 dollars en 2003 aux environs de 110 dollars en 2014.

Progression remarquable en une décennie qui pour des raisons à la fois financières de couverture,  physiques de déplétion des extractions et  géopolitiques devrait se poursuivre (Figure 1) sous le contrôle d’un Cartel puissant, dirigé par l’Arabie Saoudite : l’OPEP.

  • Figure 1 : Cours du baril de Brent en dollars courants et projection au-delà de 2020  de la courbe de corrélation quadratique

Ces cours durant les dix dernières années ont été soutenus en raison de divers paramètres qui déterminent les cours du pétrole. 

Un paramètre financier supporté par le NYMEX à New York, l’ICE à Londres et maintenant le Dubai Mercantile Exchange (DME) marchés de dérivés sur lesquels s’échangent de très grandes quantités de papiers indexés sur les cours du pétrole ou de ses produits raffinés. Ces papiers dont les volumes traités excèdent largement (cent fois ou plus) les volumes physiques de produits échangés, présentent une taille financière suffisante et permettent essentiellement aux acteurs financiers de se couvrir contre la baisse des cours du dollar américain, maintenus volontairement bas par la politique monétaire de la Federal Bank.

La croissance rapide et récente du DME illustre cet attrait des dérivés du pétrole.

Une caractéristique physique de l’exploitation pétrolière qui est la déplétion des flux d’extraction de pétrole au cours du temps. Cette baisse des flux d’extraction en l’absence de toute action d’amélioration de l’exploitant est de 4% à 5% par an.

  • Figure 2 : Impact majeur de la déplétion des extractions de pétrole sur les besoins de ressources nouvelles

Partant des 92 millions de barils par jour de produits raffinés et autres biocarburants produits en 2013, en appliquant une déplétion des ressources pétrolières de 4,5% par an il apparait que les puits exploités en 2013 ne conduiraient qu’à des productions de 40 millions de barils par jour de produits raffinés en 2030 (FIG.X, courbe bleue). Compte tenu d’une hypothèse de croissance linéaire des consommations de 0,8 million de barils par jour il ressort (FIG.X, courbe noire) qu’il faudra dès 2017 avoir développé les ressources de pétrole, de condensats de gaz et de biocarburants nécessaires et suffisantes pour produire 20 millions de barils nouveaux de produits raffinés. En 2030 il faudra avoir développé de nouvelles ressources après 2013 pour assurer plus de 60 millions de barils nouveaux par jour.

L’exploitation pétrolière nécessite des prix du baril et des produits raffinés permettant aux acteurs d’investir dans le maintient et la progression raisonnable des flux d’extraction ou dans la mise en place des nouveaux procédés de synthèse.

Toute baisse intempestive des cours ou toute autre cause de baisse de rentabilité des opérations (taxes nouvelles, augmentations des prestations de services, etc.) qui mettrait en péril ces investissements, annoncerait une crise pétrolière rapide par manque de ressources.

De  nombreux débats agitent les milieux économiques américains concernant l’influence des cours du baril de pétrole local (WTI) sur la rentabilité et sur le rythme d’extraction de certains gaz de schistes « humides ». Il semblerait en 2014 que des cours du baril WTI américain supérieurs à 100 dollars soient suffisants pour assurer une rentabilité acceptable aux extractions de gaz de schistes « humides » américains. L’autre point clé économique potentiel de ces activités américaines repose sur une éventuelle décision politique d’autoriser largement les exportations de GNL vers l’Asie ou l’Europe.

  • Un paramètre géopolitique essentiellié à la localisation d’une large partie des réserves mondiales de pétrole et de gaz au Proche et Moyen Orient ainsi qu’en Afrique du Nord. Ces régions souvent dominées par un prosélytisme religieux agressif sont par tradition agitées de conflits internes ou externes. Il suffit de se reporter au soi-disant « Printemps Arabe » et d’égrainer les conflits observés par la suite en Lybie, en Egypte, en Syrie, etc. pour se convaincre que ces tensions souvent violentes vont se poursuivre. L’Arabie Saoudite, les Emirats voisins, l’Iran et l’Irak sont des producteurs majeurs de pétrole et de gaz. Les tensions  religieuses au sein ou entre ces pays sont de nature à préserver une prime géopolitique au prix du baril de pétrole qui peut être estimée à ce jour autour des 10  à 20 dollars. 
  • Une volonté des grands pays pétroliers de s’intégrer dans le raffinage. La construction récente de la grande raffinerie de Jubail (400 mille barils/jour) par le pétrolier Total en Arabie Saoudite et qui devrait être suivie de nouvelles réalisations du même type, illustre la volonté du leader de l’OPEP de s’intégrer en raffinage.  Il est évident que la commercialisation de produits raffinés vers l’Europe ou l’Asie en lieu et place de pétrole brut constitue une option pour ces pays producteurs permettant d’intégrer plus de valeur ajoutée dans leur offre commerciale. L’autre grand exportateur de pétrole brut, la Russie, affirme sa volonté politique de suivre à terme la même démarche. Ceci se traduira par une raréfaction progressive des volumes de pétrole brut accessibles sur le marché et participera à la montée des cours. La victime de ces politiques d’intégration vers l’aval sera, naturellement, le raffinage européen.
  • Un cartel qui veille au grain sur les cours du baril. Sur les 91 ou 92 millions de barils de produits  raffinés consommés dans le monde  en 2013, il a été décrit qu’il fallait utiliser pour cela dans les 76 millions de baril de brut et de condensats (TAB.I). A ce jour l’OPEP estime qu’il lui faut fournir un peu moins de  30 millions de barils de pétrole brut et autres condensats ce qui représente près de 40% du pétrole mondial. Ces volumes devraient légèrement baisser en 2014 en raison de fournitures accrues des pays non OPEP. Les projections du pétrolier TOTAL établies en Septembre 2013 et portant sur les capacités de production de l’OPEP en 2030, estiment qu’à cette date la part de l’OPEP dans le marché mondial s’établira à 45% des volumes. Ces projections montrent que l’influence du Cartel sur le marché du pétrole ne va pas décroitre durant les décennies à venir, bien au contraire.

Ceci permet d’affirmer que le rôle de l’Arabie Saoudite comme régulateur des cours du marché va se poursuivre. Pour l’instant les cours du panier OPEP sont la plupart du temps au-dessus des 100 dollars le baril et proches, à un ou deux dollars près, de ceux du BRENT. Ce seuil des 100 dollars le baril est à ce jour un minimum accepté de la part des fournisseurs et des consommateurs de pétrole, mais la demande asiatique de pétrole du Moyen-Orient augmente encore. Le développement des transports routiers chinois, encore très en retard par rapport aux transports des pays industrialisés comme les USA, va accroitre la demande asiatique de pétrole. 

Conclusion sur les perspectives des cours du baril de Brent

Sur l’ICE à Londres il s’est échangé en 2012 dans les 180 millions de contrats de 1000 barils sur le Brent européen et le WTI américain. En 2013 ce record devrait être battu avec un score provisoire de 150 millions de contrats échangés à fin Octobre. Les joueurs, grâce à ce marché de taille suffisante,  se prémunissent contre une baisse éventuelle du dollar américain et mettent à profit, avec opportunisme,  toute nouvelle guerrière en provenance du Proche ou Moyen-Orient, ou bien d’Afrique du Nord.

L’ensemble de ces facteurs porte à penser que les cours médians du pétrole en dollars courants vont poursuivre leur progression quadratique durant la décennie à venir (FIG. IX). Il faut imaginer un plancher des cours du baril de BRENT  à 120 puis à 150 dollars dans les années à venir. La désensibilisation progressive des Etats-Unis aux prix du pétrole importé grâce à leurs productions locales de condensats de gaz, rendra ces augmentations encore plus aisées pour l’Arabie Saoudite qui ne se préoccupera que bien peu des réactions de son protecteur américain auquel elle ne peut rien refuser, s’il rechigne à payer. Au contraire, une augmentation générale des cours ne pourra que favoriser la compétitivité des entreprises américaines, comme c’est le cas aujourd’hui en raison de la différence entre cours du Brent et cours du WTI

Par Raymond Bonnaterre

 

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