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Décryptage

Marie-Galante, l’autonomie énergétique en 2020 ?

Posté le par Pierre Thouverez dans Énergie

Marie-Galante, petite île du sud de la Guadeloupe devrait être la première île française à atteindre l'autonomie énergétique en 2020. Avec pour objectif de devenir un territoire attractif exemplaire. Mais un projet de centrale thermique menace la réussite du projet.

Marie-Galante est une petite île de 158 km2 et de 11.000 habitants en plein cœur du bassin caribéen. Actuellement, plus des deux tiers de l’électricité qui y est consommée est importée de Guadeloupe par un câble sous-marin, avec un mix électrique carboné à plus de 85 %. Deux projets énergétiques s’y opposent pour préparer l’avenir de l’île. D’un côté, un projet de centrale thermique porté par le producteur d’énergie français Albioma. Il nécessiterait l’importation de 45.000 tonnes de bois chaque année, en provenance des Etats-Unis et du Canada. De l’autre, un projet d’autonomie avec des énergies renouvelables locales, portée par la Compagnie Nationale du Rhône (CNR).

Pour 100% d’énergies renouvelables locales

Maryse Etzol, maire de Grand-Bourg et présidente de la Communauté de communes de Marie-Galante était au 19e colloque du Syndicat des Energies Renouvelables le 8 février. Elle y a vanté les mérites du projet d’autonomie énergétique de cette petite île portée par la CNR. « J’ai mené un combat tout au long de l’année dernière contre l’Etat et la région pour ne pas accepter l’importation de bois venant du Canada et des Etats-Unis à Marie-Galante, rappelle Maryse Etzol. Nous voulons utiliser uniquement la biomasse locale pendant la période de la récolte ».

Le projet qu’elle défend a été le seul projet d’outre-let lauréat en 2016 de l’appel d’offres  « Démonstrateurs industriels pour la ville durable » du précédent ministère de l’Environnement. Il repose sur trois axes : l’autonomie énergétique, l’autonomie alimentaire et le développement du numérique. L’objectif de ce démonstrateur vise notamment à rendre l’île autonome grâce à un mix électrique renouvelable et un modèle de sobriété, tout en développant les véhicules électriques. Ce projet associe 4 mégawatts (MW) de photovoltaïque et d’éolien avec stockage avec une centrale thermique de 4 MW et reposant exclusivement sur la bagasse locale, un résidu obtenu après le broyage de la canne et utilisé comme combustible. Il prévoit aussi le déploiement de véhicules électriques et de bornes de recharge.

La production et la consommation sont pilotées par une centrale virtuelle, grâce à un réseau électrique intelligent. Pour développer cette centrale virtuelle, le CNR a signé un accord de collaboration avec le CEA en juin 2017. Il s’agit de créer une vitrine des technologies françaises pour la transition énergétique dans les zones insulaires. La Commission européenne soutient d’ailleurs le projet et veut dupliquer le modèle aux îles européennes.

Remplacer le bois par les déchets ?

Le projet Albioma visait à construire une centrale thermique de 12 MW adossée à l’usine sucrière de l’île. Le bois importé aurait complété la bagasse issue de la canne à sucre en dehors des périodes de récolte. Le projet de la CNR vise un projet alternatif de 4 MW utilisant exclusivement la bagasse de l’usine sucrière.

Jean-François Carenco, Président de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), était en Guadeloupe début février. Il y a annoncé qu’il n’y aurait finalement pas d’importation de bois à Marie-Galante. Il estime toutefois qu’il ne faut pas opposer les projets des deux sociétés, car ils peuvent désormais être complémentaires. Et il préconise sur FranceInfo une centrale de 7,5 MW, ayant recours aux déchets ménagers pour compléter la bagasse.

Quel avenir pour Marie-Galante ?

En coulisses, se jouent les orientations stratégiques pour l’avenir de l’île. Le projet Albioma vise à consolider la filière sucre. Les acteurs de la filière estiment en effet qu’un projet de centrale thermique de grande taille est indispensable à la rentabilité de l’usine. Du côté de la communauté de communes, le projet alternatif s’inscrit dans une transition écologique, énergétique et numérique plus globale. Il vise à rendre les infrastructures locales résilientes au changement climatique, diversifier l’agriculture et aller vers l’agriculture biologique. Le projet promeut également le tourisme durable, grâce à paysages exceptionnellement préservés. Afin de lutter contre le chômage des jeunes qui atteint 60 %, l’objectif est enfin de créer un centre de ressources et de compétences numériques et former les jeunes marie-galantais aux métiers de demain.

Pour réaliser ce projet de transition énergétique et écologique, une société par actions simplifiée (SAS) a été créée avec au capital, la communauté de communes de Marie-Galante, Vinci construction, la CNR et le cabinet d’avocats Maryse Coppet. « Nous sommes en pourparlers avec les autres opérateurs du territoire pour qu’ils intègrent cette SAS, car nous voulons que cela profite à Marie-Galante », prévient Maryse Etzol.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

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Posté le par Pierre Thouverez


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