Logo ETI Quitter la lecture facile
Visuel AFP

AFP

Syndicat vs. Elon Musk: l’usine allemande de Tesla sous tension

Posté le par AFP

Devant l’immense complexe Tesla proche de Berlin, dans la masse d’employés vêtus de noir, la casquette rouge vif de Samuel (le prénom a été modifié) détonne, frappée du logo du syndicat IG Metall qui dénonce les conditions de travail dans l’usine.

Candidat à l’élection du comité d’entreprise, cet ouvrier nigérian de 36 ans espère, avec une centaine de collègues, décrocher la majorité dans cet organe qui co-décide des questions sociales dans les firmes allemandes.

Le scrutin se tient de lundi à mercredi dans un climat de tensions exacerbées entre le syndicat et le constructeur automobile américain.

Accusations de « propagande antisyndicale » et de harcèlement des employés, plainte pour diffamation et menaces du patron Elon Musk: l’escalade des derniers mois est inhabituelle dans le paysage industriel allemand.

A l’usine de Grünheide, le choc est culturel: d’un côté, l’homme le plus riche du monde aux idées libertariennes, de l’autre, un syndicat centenaire qui se bat pour la « cogestion » à l’allemande.

– « Discrimination » et « harcèlement » –

Accrochée aux grilles de l’usine de 10.000 employés, près d’une fresque louant la solidarité, une banderole d’IG Metall réclame « que les choses changent ».

En 2022, avec cette « giga-usine » nichée dans une forêt du Brandebourg (est), Tesla devenait le premier constructeur étranger à s’installer au pays de l’auto depuis des décennies.

Le syndicat minoritaire dénonce, lui, une dégradation des conditions de travail et des licenciements cachés, en l’absence de convention collective protégeant les employés.

Tesla « est une exception » sur ce point et sa direction « n’a jusqu’à présent accordé aucune importance à une coopération constructive », estime Ernesto Klengel de la fondation Hans-Boeckler, proche des syndicats.

IG Metall a certes remporté les élections de 2024 avec 39% des voix, mais quatre listes non-syndicales, accusées de complaisance avec la direction, se sont unies, obtenant la majorité.

Les responsables de l’usine « n’écoutent pas les employés », tandis qu' »IG Metall déploie ses efforts pour parler au nom des travailleurs », assure Samuel, qui travaille dans la logistique depuis trois ans et préfère garder son anonymat de peur de représailles.

Leurs revendications: allègement de la « pression » au travail, hausse des recrutements, primes pour Noël et les heures tardives, et d’avantage de liberté pour poser des congés.

Samuel dénonce également la « discrimination » dont serait victime, selon lui, les employés africains, affirmant la sentir « subtilement dans la répartition de promotions et de certains avantages ».

« Beaucoup de collègues se plaignent de harcèlement », confie Vikram (prénom modifié), évoquant des « problèmes » notamment s’agissant « des pauses ».

Cet employé chargé de l’assemblage des sièges dit se retenir avant d’aller aux toilettes, où des hauts-parleurs diffusent de la musique… et, selon lui, parfois des consignes de travail.

Diplômé d’ingénierie et depuis 3 ans à Grünheide, il s’estime aussi sur-qualifié et bloqué à son poste: « J’ai parlé aux RH et postulé beaucoup de fois, mais rien n’a jamais marché ».

– Pas d’investissement –

Contactée, la direction de Tesla n’a pas répondu aux questions de l’AFP.

Dans la presse, André Thierig, directeur du site, affirme que le groupe paie mieux ses employés que ses concurrents et juge les conventions collectives responsables des maux de l’industrie allemande, aujourd’hui en crise.

Ali, 31 ans, acquiesce, heureux de sa rémunération. « Ils nous ont tout donné: des actions, de bonnes infrastructures… », assure à l’AFP cet ouvrier de l’atelier carrosserie.

Début février, le conflit social s’est encore envenimé quand M. Thierig a accusé un membre d’IG Metall d’avoir enregistré illégalement une réunion du comité d’entreprise. Le syndicat a porté plainte pour diffamation et assure préparer « une action en justice pour entrave à l’activité syndicale ».

Elon Musk a lui averti qu’il n’y aura plus d’investissement dans l’usine si IG Metall devient majoritaire.

« Acceptez les règles du jeu de la codétermination et de la démocratie dans l’entreprise en Allemagne », rétorque Jan Otto, un responsable syndical dans l’Est du pays qui réclame plus de soutien de la part du gouvernement du Brandebourg.

Interrogé par l’AFP, le ministère régional de l’Economie a refusé de commenter le conflit, se bornant à encourager les entreprises « y compris Tesla, à conclure des conventions collectives ».

kas/alf/rl

« Tous droits de reproduction et de représentation réservés. © 2026 Agence France-Presse. »

Posté le par AFP


Réagissez à cet article

Commentaire sans connexion

Pour déposer un commentaire en mode invité (sans créer de compte ou sans vous connecter), c’est ici.

Captcha

Connectez-vous

Vous avez déjà un compte ? Connectez-vous et retrouvez plus tard tous vos commentaires dans votre espace personnel.

INSCRIVEZ-VOUS
AUX NEWSLETTERS GRATUITES !