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RÉSUMÉ
La reconnaissance faciale, qui repose sur des méthodes communes de traitement des visages mais dont les usages diffèrent selon le cadre juridique, constitue une composante majeure de l’intelligence artificielle. Cet article propose une analyse comparative de son déploiement en Chine, aux États-Unis et en France. En Chine, elle alimente paiement mobile et crédit social, favorisant une surveillance étendue malgré la PIPL. Aux États-Unis, les débats réglementaires restent vifs, illustrés par l’abrogation du décret Biden par l’administration Trump. En France, l’Exécutif soutient son extension, malgré les réserves de la Défenseure des droits. La question centrale demeure : un compromis entre sécurité et protection des données personnelles est-il envisageable ?
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Claudine GUERRIER : Professeure émérite à IMT BS
INTRODUCTION
La reconnaissance faciale est une technologie issue de la vision par ordinateur, visant à identifier ou à authentifier une personne à partir des caractéristiques de son visage. Expérimentée dès les années 1960, elle a connu un essor considérable avec l’émergence de l’intelligence artificielle (IA) et de l’apprentissage automatique. L’IA regroupe des systèmes algorithmiques capables, pour un objectif défini, de percevoir leur environnement, d’analyser des données structurées ou non, de raisonner et de décider de l’action la plus appropriée, avec ou sans recours au machine learning (selon la définition donnée par l’OCDE).
La reconnaissance faciale se développe de plus en plus fréquemment aux États-Unis et en Chine, qui figurent parmi les principaux pays moteurs dans ce domaine. Elle se déploie aussi au Moyen-Orient, ainsi que dans certains pays européens, où son usage suscite débats et controverses. En France, son adoption fait actuellement l’objet de discussions à la fois juridiques, éthiques et sociétales.
Il existe deux grandes manières de concevoir la reconnaissance faciale qui impactent l’implémentation et l’utilisation :
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la vérification faciale ;
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l’identification faciale.
La vérification faciale cherche à confirmer une identité, c’est-à-dire à déterminer si deux images différentes correspondent au même sujet. Elle répond à la question : « es-tu bien qui tu dis être ? » Cette approche est utilisée, par exemple, pour l’authentification biométrique.
L’identification faciale tend à déterminer l’identité spécifique du sujet et répond à la question : « qui es-tu ? » On peut établir une double classification en ce qui concerne l’identification faciale : l’identification faciale à proximité, qui identifie un visage parmi un ensemble fini et connu de visages préalablement enregistrés dans la base de données, et, d’autre part, l’identification faciale en environnement ouvert, qui détermine si le visage appartient à l’un des individus déjà enregistrés dans la base de données (visage connu), ou s’il appartient à une personne qui ne figure pas dans la base de données (visage inconnu).
En général, la reconnaissance faciale repose sur quatre étapes principales :
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la détection de l’individu sur l’image ;
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le prétraitement : le visage est « réaligné » ; l’étape consiste à rendre le visage conforme pour être analysé par la suite ;
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la génération des vecteurs de caractéristiques ;
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la classification : les vecteurs de caractéristiques sont comparés, afin de procéder à des tests pour savoir si deux visages correspondent bien à la même personne.
Les principaux modèles qui ont contribué aux évolutions dans le domaine de la reconnaissance faciale sont Eigenfaces, Alexnet, Deepface, FaceNet, Arcface, Face, AdaCos.
L’objectif de cet article est d’analyser les usages, les cadres juridiques, et les enjeux éthiques et sécuritaires de la reconnaissance faciale en Chine, aux États-Unis et en France, afin de mettre en lumière les convergences et les divergences entre ces approches.
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2. Reconnaissance faciale aux États-Unis et en France
2.1 Reconnaissance faciale aux États-Unis
La reconnaissance faciale aux États-Unis s’inscrit dans un long processus de développement technologique et d’expérimentations gouvernementales, qui remonte aux années 1990 avec des programmes tels que FERET, soutenus par le Département de la Défense et le FBI. Initialement conçue pour l’identification de suspects et la recherche de personnes disparues, cette technologie s’est rapidement étendue aux applications commerciales et de surveillance publique, grâce aux avancées de l’IA et de l’apprentissage automatique. Les entreprises technologiques américaines, telles que IBM, Microsoft ou Clearview AI, ont aussi joué un rôle majeur dans le développement et la diffusion de la reconnaissance faciale, en proposant des solutions aux forces de l’ordre et aux acteurs privés (tableau 2).
Aux États-Unis, la plupart des images collectées pour la reconnaissance faciale proviennent de documents officiels tels que les photos d’identité judiciaire ou de permis de conduire. Les algorithmes de reconnaissance faciale présentent des taux d’erreur plus élevés pour les personnes afro-américaines, qui sont par ailleurs surreprésentées dans le système judiciaire. Les biais inhérents à ces technologies ont des répercussions dans plusieurs domaines, notamment l’accès à l’emploi (lors des entretiens d’embauche), au logement (via les caméras de surveillance) et à l’éducation (suivi automatisé des absences). Ces discriminations à l’égard des communautés racisées ont conduit plusieurs villes américaines à interdire l’usage de la reconnaissance faciale et à mettre en place des cadres réglementaires, comme le Algorithmic Accountability Act, qui confie à la Federal Trade Commission la supervision des systèmes de décisions automatisées.
HAUT DE PAGE2.1.1 Méthodes et technologies de reconnaissance faciale
Les méthodes et les technologies de reconnaissance faciale ont évolué de manière significative, passant des premières approches statistiques aux réseaux neuronaux profonds. Les principaux modèles développés illustrent cette progression et leurs caractéristiques techniques.
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Reconnaissance faciale aux États-Unis et en France
BIBLIOGRAPHIE
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(1) - BISCHOFF (P.) - Surveillance camera statistics: which are the most surveilled cities? - Comparitech (2025).
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(4) - CREEMERS (R.) - China’s Social Credit System: An Evolving Practice of Control. - SSRN Electronic Journal (2018).
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(5) - Centre for Strategic and International Studies (CSIS) - Chinese Surveillance Technology: Faces, Fingerprints, and Freedom. - Washington DC (2021).
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DANS NOS BASES DOCUMENTAIRES
ANNEXES
Executive Order 14110 on Safe, Secure, and Trustworthy Development and Use of Artificial Intelligence, 30/10/2023
Initial Rescissions of Harmful Executive Orders and Actions, 20/01/2025
California Privacy Rights Act (CPRA), 03/11/2020
Directive (UE) 2016/680 du Parlement Européen et du Conseil du 27 avril 2016 relative à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel par les autorités compétentes à des fins de prévention et de détection des infractions pénales, d’enquêtes et de poursuites en la matière ou d’exécution de sanctions pénales, et à la libre circulation de ces données, et abrogeant la décision-cadre 2008/977/JAI du Conseil
Règlement (UE) 2016/679 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016 relatif à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données, et abrogeant la directive 95/46/CE (règlement général sur la protection des données)
Règlement (UE) 2024/1689 du Parlement européen et du Conseil du 13 juin 2024 établissant des règles harmonisées concernant l’intelligence artificielle et modifiant les règlements (CE) n° 300/2008, (UE) n° 167/2013, (UE) n° 168/2013, (UE) 2018/858, (UE) 2018/1139 et (UE) 2019/2144 et les directives 2014/90/UE, (UE) 2016/797 et (UE) 2020/1828 (règlement sur l’intelligence artificielle)
Personal Information Protection Law of the People’s Republic of China (Draft) (Second Review Draft), 20/08/2021
LOI n° 2023-380 du 19 mai 2023 relative aux jeux Olympiques et Paralympiques de 2024 et portant diverses autres dispositions
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