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Décryptage

1000 GW de solaire et d’éolien d’ici 6 ans dans le monde selon l’AIE

Posté le par La rédaction dans Énergie

La puissance cumulée de l’éolien terrestre et du solaire photovoltaïque (PV) va doubler en 2020 comparativement à 2013 selon l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) qui constate une baisse massive des coûts.

Le seuil symbolique du million de mégawatts de solaire photovoltaïque (PV) (403 GW) et d’éolien terrestre (602 GW) sera franchit en 2020 selon le scénario de base du rapport de prospective à moyen-terme du marché des énergies renouvelables (EnR) publié par l’AIE. Le solaire photovoltaïque pourrait même atteindre une puissance de 515 GW dans le scénario « avancé » de cette agence fondée en 1974 par l’OCDE. Contre 140 GW fin 2013.

En 2013 les EnR, hydroélectricité comprise, ont répondu à 22% de la demande électrique mondiale. Soit une contribution deux fois plus élevée que celle du nucléaire, moitié moindre que celle du charbon et équivalente à celle du gaz naturel. Selon le scénario de base les EnR délivreront 26% de l’électricité mondiale en 2020, toutes filières confondues, soit un gain de 4 points en 7 ans.

L’hydroélectricité conservera la part du lion avec 64% de la production EnR. L’éolien terrestre sera la seconde force renouvelable avec une part de 18%, suivi par la bioélectricité (8,4%) et le solaire PV (6,6%). En 2020, dans 6 ans, solaire PV et éolien terrestre pèseront ensemble a minima 6,4% dans le mix électrique mondial, soit un peu plus que la moitié de la contribution du nucléaire. Solaire PV et éolien entrent ainsi, à une vitesse fulgurante, dans la cour des grands.

Le solaire PV délivrera au minimum 482 TWh par an en 2020, ce qui est équivalent à la consommation électrique française de l’année 2013 (495 TWh selon le bilan RTE). Les contributions du solaire thermodynamique (30 TWh) et de l’éolien offshore (90 TWh) resteront d’un ordre de grandeur inférieur compte-tenu des coûts relativement élevés de ces filières.

Entre 2013 et 2020, dans les pays de l’OCDE, 80% de l’électricité issue des nouvelles capacités installées sera d’origine renouvelable. Et 35% dans les pays non membres de OCDE. Le niveau de croissance du solaire PV et de l’éolien terrestre sera un levier essentiel pour contenir autant que possible le recours au charbon, un combustible facile à utiliser mais dont les produits de la combustion sont particulièrement néfastes pour la santé humaine, problématique qui est d’ailleurs au centre des préoccupations des autorités Chinoises.

Les nouvelles capacités renouvelables ajoutées en Chine entre 2013 et 2020 permettront d’atteindre un gain de +867 TWh par an en 2020, en plus de la production provenant des capacités renouvelables installées avant 2013. Le gain sera de +251 TWh dans l’UE-28, +212 TWh aux USA, +187 TWh au Brésil et +123 TWh en Inde. Ce gain de production renouvelable permettra d’éviter de brûler une quantité équivalente de charbon et de gaz.

Un taux de croissance annuel supérieur en Ethiopie qu’en France 

Le taux de croissance annuel moyen d’installation de nouvelles capacités renouvelables atteindra 117% en Arabie Saoudite sur la période 2013-2020. C’est plus d’un doublement chaque année et un facteur multiplicateur de 226 en 7 ans, record mondial parmi la liste des pays qui dépasseront 1 GW de capacité EnR cumulée en 2020. Le taux de croissance annuel pourrait atteindre 67% en Jordanie, 53% aux Emirats Arabes Unis, 41 % au Qatar, 28% en Israël, 23 % en Afrique du sud, 22 % au Cambodge, 20 % en Ethiopie, 15 % au Nigéria et 12 % au Maroc.

Alors que l’éolien et le solaire PV n’ont jamais été aussi bon marché, l’Europe marque aujourd’hui paradoxalement le pas. Ceci à cause de décisions politiques déconcertantes pour les investisseurs qui ont besoin de visibilité et de garanties. Selon les auteurs du rapport de l’AIE ces obstacles sont incohérents avec les ambitions affichées en matière de réduction des émissions de CO2, une molécule acidifiante pour les océans et à effet de serre.

Coût du solaire : attention à la confusion entre passé, présent et futur 

« Les gouvernements doivent faire la différence entre le passé, le présent et le futur étant donné que les coûts diminuent avec le temps » a déclaré Maria Van der Hoeven, directrice de l’AIE, lors de la présentation du rapport. « De nombreuses filières renouvelables n’ont plus besoin de hauts niveaux de tarifs incitatifs. Elles ont plutôt besoin, compte-tenu de leur nature intensive en capital, d’un cadre de marché qui assure un retour sur investissement raisonnable et prévisible » a-t-elle souligné. « Une réflexion sérieuse sur le design du marché est donc nécessaire pour atteindre un mix électrique plus durable. »

En juin 2014, en Allemagne, les tarifs d’achat des nouvelles installations étaient compris entre 9,01 et 13,01 €-cts/kWh pour 20 ans. Ceci selon la taille des installations. Un niveau comparable au tarif d’achat demandé par EDF pour son projet d’EPR en Grande-Bretagne pointent sans ambages les scientifiques de l’Institut Fraunhofer dans le rapport « Recents facts about Photovoltaics in Germany » dont la dernière mise à jour date du 28 juillet 2014. « En Grande-Bretagne le strike price (un tarif d’achat) négocié pour la centrale nucléaire d’Hinkley Point C est établi à 10,6 €-cts/kWh pendant 35 ans. Et la centrale n’entrerait en production qu’en 2023 » rappellent les experts. Pour l’éolien offshore, le tarif d’achat est de 19 €-cts, soit environ le double de celui du solaire PV en Allemagne et du nouveau nucléaire au Royaume-Uni.

En 2013 le tarif d’achat moyen global du solaire PV en Allemagne était de 32 centimes d’euro par kWh, ce qui donne la (fausse) impression que le solaire PV est, encore aujourd’hui, plus coûteux que le nouveau nucléaire. Or ce chiffre intègre les kWh produits par l’ensemble des unités photovoltaïques mises en place depuis le début du XXIème siècle, et non pas seulement celles installées en 2013. « Cette valeur est hors-sujet pour déterminer l’expansion future du photovoltaïque » expliquent les experts de l’Institut Fraunhofer. L’électricité produite actuellement par les panneaux solaires installés par exemple en 2005 continue d’impacter la facture des consommateurs. Le tarif d’achat de 2005 est en effet toujours en vigueur aujourd’hui pour les contrats signés à cette date. Ce fardeau prendra fin en 2025, quand le contrat de tarif d’achat, établi pour une durée de 20 années, sera terminé.

Un effort européen qui bénéficie aujourd’hui au monde entier

L’effort financier significatif fourni ces dernières années dans un contexte démocratique par les citoyens Allemands, Italiens et Espagnols, dont le PIB par habitant est 3 à 4 fois supérieur à la moyenne mondiale, a permis de créer un marché, de stimuler l’industrie à l’échelle mondiale et ainsi de contribuer à une baisse de 20% du coût du solaire PV pour chaque doublement de la capacité mondiale installée.

Cette baisse massive des coûts bénéficie aujourd’hui au monde entier. Le Salvador, pays où le PIB par habitant est 10 fois inférieur à celui de l’Italie, a par exemple signé le 25 juillet 2014 un contrat à 7,7 €-cts le kWh pour une centrale de 60 MW. De son côté le Chili, dans le cadre du projet « Espejo de Tarapacá », envisage de coupler les centrales photovoltaïques en construction dans le désert d’Atacama avec une centrale de pompage-turbinage à eau de mer de 300 MW. Soit une trentaine de fois la puissance de celle d’El Hierro inaugurée au début de l’été dans l’archipel Canarien et qui assiste un parc éolien. Le kWh hydro-solaire obtenu sera délivrable 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, et vendu directement sur le marché chilien. Sans aucune subvention.

Par Olivier Daniélo

Posté le par La rédaction


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