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Batteries made in Europe, le moment de vérité pour la filière européenne

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Batteries made in Europe, le moment de vérité pour la filière européenne

Posté le par La rédaction dans Entreprises et marchés

Dans un communiqué, le directeur général d’Automotive Cells Company (ACC), Yann Vincent, appelle l’Europe à un sursaut industriel sur les batteries. Son message intervient alors que le marché et les projets industriels se tendent.

ACC, coentreprise réunissant Stellantis, Mercedes et TotalEnergies, traverse une phase que son dirigeant qualifie lui-même de décisive dans un texte publié et relayé par la presse spécialisée. Yann Vincent y réaffirme sa conviction que l’avenir de l’automobile se joue largement dans l’électrique, tout en décrivant des obstacles qui, selon lui, ne relèvent plus seulement de la technologie, mais de la capacité industrielle européenne.

Son point de départ repose sur un constat de dépendance, puisqu’il évoque une domination asiatique sur l’approvisionnement en batteries pour les véhicules vendus en Europe et cite explicitement de grands acteurs comme BYD, CATL ou LG. Cette dépendance, présentée comme un risque stratégique pour les constructeurs européens, sert de fil conducteur à son appel, avec une question centrale sur l’identité de ceux qui fabriqueront les batteries des voitures européennes à venir.

ACC ralentit, mais maintient la production à Douvrin

ACC avait précisément été créée pour démontrer qu’une alternative industrielle européenne pouvait exister, en concevant et en produisant des cellules sur le continent.

L’entreprise met en avant la gigafactory de Douvrin dans le nord de la France, mais reconnaît une montée en puissance plus lente et plus coûteuse que prévu, avec un impact direct sur sa situation financière. Le dirigeant rappelle toutefois que des modèles électriques de Peugeot, Opel et DS roulent déjà avec des batteries issues de cette production. Il indique par ailleurs que les volumes de modules augmentent et que les taux de rebut s’améliorent.

À ces défis industriels s’ajoute cependant un environnement de marché jugé moins porteur que prévu, puisque la croissance du véhicule électrique se poursuit, mais à un rythme moins soutenu qu’attendu, renforçant l’incertitude côté constructeurs. Dans ce contexte, les actionnaires fondateurs ajustent leur stratégie avec davantage de prudence. Cela se traduit par des retards sur certains projets ainsi que par un ralentissement partiel des activités de recherche et développement sur les sites de Bordeaux-Bruges et de Nersac, mais aussi du chômage partiel.

Des projets mis en pause et un signal d’alarme sur la compétitivité

ACC dit avoir revu ses ambitions industrielles à court terme et estime qu’ouvrir de nouvelles usines en Allemagne et en Italie serait irresponsable dans l’environnement actuel. En parallèle, les projets de Termoli en Italie et de Kaiserslautern en Allemagne, suspendus depuis mai 2024, font l’objet de discussions sociales autour d’un scénario d’abandon, compte tenu de conditions préalables jugées non réunies.

Le discours de Yann Vincent insiste sur l’idée d’un tournant pour l’industrie européenne des batteries et s’appuie sur des travaux européens récents, dont le rapport sur la compétitivité remis par Mario Draghi à la Commission. Le rapport Draghi met en avant la vulnérabilité de l’Union face aux dépendances et à la concurrence internationale, et appelle à des choix plus offensifs en matière de compétitivité.

Un agenda européen attendu et l’ombre de Northvolt

Dans son appel, le patron d’ACC réclame un instrument financier à l’échelle européenne, en cohérence avec l’idée que la filière batterie ne se joue pas uniquement à l’échelle d’un site ou d’un pays. Cette prise de parole se place aussi dans une séquence où Bruxelles prépare un texte visant à favoriser la production européenne dans des secteurs stratégiques, dont les batteries, au travers d’un projet présenté comme un « Industrial Accelerator Act » et décrit comme une initiative made in Europe. Plusieurs articles évoquent une présentation autour de la fin février 2026, avec un cadrage portant sur l’accès à certains financements publics et sur des exigences de contenu local dans des technologies clés.

La situation d’ACC est proche de celle de Northvolt, souvent présenté comme un symbole des ambitions européennes en matière de batteries. Northvolt a déposé le bilan en Suède en mars 2025 et a ensuite annoncé l’arrêt de sa production résiduelle de cellules sur son site de Skellefteå, après l’absence de repreneur à court terme.

Au fil de ces éléments, le message d’ACC se lit comme une alerte sur la capacité de l’Europe à sécuriser une chaîne de valeur stratégique, depuis l’industrialisation jusqu’aux conditions de marché, alors même que l’électrification progresse, mais que le rythme et la visibilité restent débattus. Le calendrier européen annoncé et les références à des difficultés industrielles récentes posent désormais un enjeu de crédibilité, celui de transformer des objectifs de souveraineté en leviers opérationnels, sans se limiter à l’affichage.

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