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Claudie Haigneré : « Toute société s’enrichit de sa diversité »

Posté le par La rédaction dans Informatique et Numérique

[Interview]

Présidente d’Universcience, cette scientifique et spationaute réagit à la faible place des femmes ingénieurs en France. Interview.

(Cet article a été initialement publié le 07/07/10 sur Maviepro.fr)

Vous êtes la marraine des P’tits Déjeuners de la Science [1] organisés par le Groupe Insa. Pourquoi avoir pris part à cette manifestation ?
Claudie Haigneré : Parce que cette opération se trouve très en lien avec ma volonté de longue date de porter le plus haut possible ce problème du lien entre sciences et société. Il se trouve par ailleurs parfaitement en phase avec la vocation d’Universcience [2], qui veut notamment intéresser aux sciences le jeune public et particulièrement les jeunes femmes.

Comment expliquez-vous la faible place des femmes ingénieurs en France mise une fois de plus en avant dans l’enquête 2010 du CNISF sur la situation des ingénieurs en France [3] ?
Alors que les jeunes filles sont majoritaires en baccalauréat scientifique et bien souvent mieux notées, elles n’intègrent que très peu les écoles d’ingénieurs… Un étrange paradoxe. Nous constatons aussi l’abandon d’un certain nombre d’entre elles en cours de carrière. Troisième problème, que des femmes expérimentées et compétentes ne soient pas toujours reconnues à leur vraie valeur.

Les causes de cette situation ?
Un certain manque de confiance des jeunes filles en leurs capacités, une image peu valorisante de l’ingénieur qui n’est plus en rapport avec l’actualité mais aussi la crainte de se trouver confrontées à des carrières qui ne leur permettront pas de s’épanouir.

Comment remédier à ces blocages ?
Jeune médecin, j’avais pourtant eu le sentiment en voyant la parfaite mixité des bancs de la Fac que le problème de la diversité avait été résolu ! Il faudra pourtant encore beaucoup de volontarisme pour faire changer les choses. Et sans être pour une politique de quotas prédéterminés, je pense qu’il faut être volontariste pour mieux faire connaître ces métiers, et donner la possibilité aux femmes de mener de front vie professionnelle et personnelle. Par la mise en place de crèches d’entreprise mais aussi des réunions placées en milieu plutôt qu’en fin de journée, sans parler de congés maternité qui n’entraveraient pas les carrières…Il faut d’autre part travailler à une meilleure reconnaissance des femmes et de leurs expertises, et davantage leur donner la possibilité d’appartenir à des instances de décision. Et si à compétence et capacité de travail équivalentes, on trouve une femme remarquable aux côtés d’hommes remarquables, pourquoi ne pas la privilégier dans le choix de recrutement ?
Qu’est-ce que les femmes pourraient finalement apporter de plus au monde de l’ingénieur ?
Je l’ai vécu dans l’aéronautique, dans le domaine spatial, mais aussi dans certains conseils d’administration, inclure ne serait-ce qu’une seule femme dans une équipe entraîne une modification dans la façon d’analyser des problèmes et enrichit la prise de décision. Mais une seule femme, ce n’est pas assez. Toute société s’enrichit de sa diversité .

De quelle manière vous engagez-vous dans la promotion des femmes dans le monde de l’ingénieur ?
Je suis toujours volontaire pour rencontrer des auditoires de jeunes filles et évoquer avec elles mon parcours. Je participe par ailleurs à des opérations comme le programme L’Oréal Unesco Pour les Femmes et la Science [5] qui récompense des chercheuses émérites. Je me suis aussi engagée avec TV5 Monde sur le concours Sensationnelles [6] 2010-2011. Sans parler de la mise en place du prix Irène Joliot-Curie [7] pour la reconnaissance des parcours des jeunes femmes en entreprise ou encore dans le domaine scientifique. Lorsque j’étais ministre de la Recherche, j’avais enfin lancé des études sur la place des femmes dans la recherche publique et dans la recherche privée.Propos recueillis par Antoine Teillet pour Maviepro.fr (article initialement publié le 07/07/10) A lire aussi
  • Femmes ingénieurs : la bataille n’est pas encore gagnée !
  • L’énergie, seul secteur à dynamiser l’emploi des ingénieurs (sur l’enquête du CNISF)
  • « Les ingénieurs et les scientifiques ont un rôle moteur à jouer » (Interview de Julien Roitman, président du CNISF)
Liens  [1] www.ptitsdejeuners-science.com [2] www.universcience.fr [3] www.maviepro.fr/magazine/vie-pro/femmes-ingenieurs-la-bataille-n-est-pas-encore-gagnee [4] www.maviepro.fr/magazine/vie-pro/claudie-haignere-toute-societe-s-enrichit-de-sa-diversite?page=0,1 [5] www.femmescience.fr [6) www.tv5.org [7] www.maviepro.fr/magazine/vie-pro/un-prix-pour-les-femmes-scientifiques

Posté le par La rédaction


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