Faisant l’analyse des coûts du système électrique français, la Commission de régulation de l’énergie pointe la valeur assurantielle des énergies renouvelables. En effet, elles baissent les prix du marché de l’électricité et sécurisent le système en période de crise.
Améliorer le niveau de compréhension des fondamentaux de la transition énergétique n’est pas un luxe aujourd’hui. En particulier quand il s’agit de l’électricité produite par des sources renouvelables, si souvent sujettes à la désinformation. En ce sens, le dernier rapport de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) sur « l’économie du système électrique français hexagonal » éclaire utilement le débat public.
Comment son formés les prix de l’électricité ? Quelles sont les causes de leur volatilité ?
Marché de l’électricité : fonctionnement et réforme en cours
L’expertise de la CRE en la matière peut difficilement être contestée : elle est en première ligne depuis au moins 20 ans pour suivre les marchés de l’énergie et le soutien public à certains secteurs. Elle sait aussi compléter ses analyses habituelles par de nouvelles méthodologies de simulation de l’équilibre offre-demande, afin de comprendre l’impact des technologies éolienne et photovoltaïque sur les coûts du système électrique.
Car telle sont, in fine, les interrogations à ce sujet : quels sont les coûts globaux de ce système, qui les supportent, et les nouvelles capacités renouvelables viennent-elles alléger ou augmenter ces coûts ?
Un coût global de presque 56 Md€
Tout d’abord, la CRE rassure sur la facilité du parc de production national à répondre à la demande. Avec une puissance moyenne consommée légèrement inférieure à 60 GW, et une puissance de pointe appelée entre 80 et 100 GW depuis 20 ans (lors des épisodes de forte consommation), les capacités électriques disponibles (et certifiées par RTE pour répondre à la pointe) n’ont cessé d’augmenter, de 120 GW en 2008 à plus de 160 GW en 2025. Portée par l’éolien (principalement terrestre) et le solaire photovoltaïque, cette augmentation vient compenser l’arrêt de centrales thermiques (fossile et nucléaire). La variabilité des renouvelables vient s’ajouter aux disponibilités fluctuantes de l’hydroélectricité et du nucléaire, même si ces deux dernières sont plus facilement pilotables.
Les variations simultanées de la production et de la demande font apparaître une dispersion plus grande des prix de marché de l’électricité : en 2025, 1 807 heures ont dépassé 100 €/MWh et 513 heures ont connu des prix négatifs.
Bien sûr, les prix de gros sur le marché ne suffisent pas à comprendre l’équation économique du système électrique. La CRE a donc calculé les coûts complets (hors coûts de commercialisation / fourniture) incluant la production (investissements, coûts d’exploitation, charges de commercialisation, provisions pour démantèlement, rémunération du capital, charge de la dette et taxes) et la gestion des réseaux de transport et de distribution (charges de capital normatives et charges d’exploitation). En 2025, les coûts liés aux réseaux s’élèvent à 15,9 Md€ et ceux de la production à 40 Md€ dont 21,5 Md€ pour le nucléaire, 12,6 Md€ pour les énergies renouvelables variables et 5,9 Md€ pour l’hydraulique et le thermique. Parce que les structures de ces coûts sont majoritairement fixes, le coût complet unitaire du système électrique diminue avec la hausse de la consommation : la CRE l’estime à 140 €/MWh pour une consommation de 400 TWh/an et à un peu plus de 110 €/MWh pour 500 TWh/an. En 2025, on était à 125,4 €/MWh.
Qui paye quoi ?
Par une analyse méticuleuse des flux de financements, la CRE établit qu’en 2025 les consommateurs et contribuables français ont largement financé le système électrique français, à hauteur de 53,4 Md€, dont 18,5 Md€ pour les réseaux et 6,2 Md€ pour soutenir les énergies renouvelables électriques. Via les échanges transfrontaliers, les consommateurs européens ont aussi contribué, autour de 7 Md€.
La majeure partie de la rémunération des producteurs provient de leurs revenus de ventes sur les marchés de l’électricité, soit 35 Md€ sur les 43 Md€ qu’ils ont reçus en 2025. Revenus qui sont donc majoritairement assurés par les consommateurs via leurs fournisseurs d’électricité. On notera que les Français ont, en plus, payé la TVA (9,9 Md€), des charges de service public dont la péréquation tarifaire (3,3 Md€), la compensation aux collectivités territoriales de la suppression des recettes fiscales locales (2,4 Md€) et le financement des droits à la retraite des employés des industries électriques et gazières (1,7 Md€).
Impact globalement positif des renouvelables
L’impact du développement des énergies renouvelables électriques sur le système est analysé par la CRE à l’aune de deux types de situations. Hors crise, elle constate qu’il a induit une diminution d’environ 20 €/MWh sur les prix de marché en 2025. Un bénéfice direct pour les consommateurs ! Il implique néanmoins une légère hausse des coûts complets du système électrique (+5 %) et un moindre revenu sur les marchés pour les producteurs ne bénéficiant pas de soutien public.
Mais ces deux derniers inconvénients semblent largement compensés par les situations de crise (comme celle de 2022 par exemple) qui risquent malheureusement de se répéter. Lorsqu’elles surviennent, les modélisations sur 2020-2025 montrent que les énergies renouvelables électriques font baisser les prix spot sur le marché entre – 7 et – 40 €/MWh et réduisent les surcoûts du système électrique. En cas de crise très importante, avec une forte hausse des prix de marché comme en 2022, le parc renouvelable devient même une source de revenu pour l’État, par la construction différentielle du soutien public entre un prix de référence et le prix de marché.
Le coût des énergies renouvelables se présente donc comme une sorte de contrat d’assurance pour les consommateurs et le système électrique. Cette « valeur assurantielle », dit la CRE, peut se poursuivre encore dans les années à venir en développant les parcs éoliens et photovoltaïques déjà en file d’attente, et même au-delà.
La surcapacité de production incite donc à augmenter l’électrification des usages, et à développer des mécanismes de flexibilité qui apporteront une rémunération complémentaire aux producteurs, en particulier ceux non soutenus.






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