La nouvelle a été accueillie comme un soulagement par le secteur automobile. Bruxelles vient de renoncer à imposer le tout électrique en 2035, en ouvrant la voie à des dérogations. Il faut dire que ce règlement adopté en 2023 était loin de faire l’unanimité, que ce soit chez les constructeurs et équipementiers ou au niveau politique.
L’interdiction de vendre des voitures thermiques dès 2035 était un symbole du paquet « Fit for 55 », celui d’une Europe ambitieuse sur le plan climatique et qui visait à atteindre la neutralité carbone en 2050. Ce renoncement, même s’il n’est que partiel, est le révélateur des difficultés que rencontre l’industrie européenne, en particulier de son impuissance face à la concurrence chinoise et aux tensions commerciales avec les États-Unis.
L’Europe face à un dilemme : défendre son industrie ou le climat
Le projet visant à interdire la vente de véhicules thermiques en 2035 fait l’objet de controverses et de réticences depuis le départ. Lors de son adoption en avril 2023, certains y voyaient un moyen d’accélérer sur l’électrification et de rattraper notre retard sur la Chine, alors que d’autres pointaient le risque d’un choc industriel pour les usines et les salariés de la filière automobile traditionnelle.
Quelques années plus tard, la chute des ventes, les fermetures d’usines et aussi l’énorme pression exercée par l’Allemagne, l’Italie et les lobbys ont eu raison du « dogme 2035 ». Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission et ardente défenseure du pacte vert européen, a donc été contrainte d’assouplir la mesure.
L’UE desserre l’étau, mais ne change pas le cap
En reculant, la commission a fait tomber un dogme, celui du 100 % électrique en 2035. Néanmoins, elle ne renonce pas pour autant à son objectif de 100 % de décarbonation pour l’automobile. En fait, la mesure annoncée le 16 décembre 2025 dans le plan d’action pour l’automobile est un tour de passe-passe visant à ménager la filière automobile thermique. En 2035, les constructeurs :
- pourront conserver 10 % (en termes d’émissions) de véhicules thermiques ou hybrides ;
- devront compenser ces 10 % d’émissions, par exemple en utilisant de l’acier décarboné ou des carburants alternatifs.
L’UE veut instaurer une préférence européenne dans l’automobile
La Commission européenne a également dévoilé des mesures de soutien à l’électrification de l’automobile, notamment des prêts à taux zéro pour la production de batteries (paquet Battery Booster) et l’encouragement du verdissement des flottes d’entreprises.
En outre, les industriels qui bénéficieront de financements publics devront aussi jouer le jeu de la préférence européenne, par une fourniture en composants « made in Europe ».
Transition vers l’électrique : quelles sont les futures échéances ?
Comme le résume l’eurodéputé Manfred Weber (chef du groupe PPE), « toutes les motorisations après 2035 sont autorisées ».
Néanmoins, malgré les ajustements politiques en cours, et le ralentissement provoqué par le recul de la Commission, la transition vers l’électrique est en marche et la fin de l’ère du thermique est inéluctable.
Début 2026, la France devrait d’ailleurs franchir le cap des 200 000 bornes publiques et compte déjà plus de 2,5 millions de points de recharge sur l’ensemble de son territoire, l’objectif pour 2030 étant fixé à 7 millions, dont 400 000 en accès public et 50 000 bornes rapides.
En parallèle, le seuil de déclenchement du malus CO2 va encore reculer et atteindre 108 g/km, un seuil qui pénalisera donc tout véhicule thermique non hybride !
En outre, la norme Euro 7, adoptée en 2024, entrera progressivement en application à partir de 2026 et imposera des règles qui pénaliseront encore plus les véhicules thermiques.
- Limites d’émissions beaucoup plus strictes (NOx, particules ultrafines, CO, HC), dans des conditions réelles, en ville, sur autoroute, ou sous températures extrêmes.
- Les systèmes antipollution devront durer 200 000 km ou 10 ans.
- Contrôles permanents des émissions, avec des sanctions en cas de dépassement.
Respecter ces contraintes liées à l’échappement obligera donc les constructeurs à passer par des étapes d’homologation toujours plus coûteuses, favorisant ainsi la motorisation électrique.
Mais comme le soupçonne Martin Kaiser, l’un des responsables de Greenpeace, ces contraintes n’empêcheront pas les constructeurs européens de continuer à investir dans le thermique. Selon lui, ils « vont continuer à gaspiller de l’argent et des technologies, dans une forme d’acharnement ».
Malheureusement, cette perte de temps est une erreur stratégique, qui creusera encore plus l’écart entre l’Europe et la concurrence asiatique.









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