Un départ de feu lié à une batterie au lithium s’est déclenché dans la nuit du 16 au 17 juin 2026 dans l’usine K-Line des Herbiers, en Vendée. L’incident s’est produit dans un atelier/zone technique dédié au stockage ou au traitement des batteries. 86 salariés présents sur le site ont été évacués par sécurité, sans blessé signalé parmi les employés ou les pompiers.
Les incendies liés aux batteries au lithium se multiplient dans les sites industriels, de stockage et de recyclage, en France comme ailleurs en Europe.
En France, l’un des cas les plus marquants reste Viviez, dans l’Aveyron, où 900 tonnes de batteries ont brûlé en février 2024 dans un entrepôt de recyclage. À l’échelle mondiale, l’accident le plus grave cité récemment est celui de Hwaseong, en Corée du Sud, où l’incendie d’une usine de batteries a fait 22 morts.
En France, les autorités semblent souvent parvenir à éviter des bilans humains lourds, mais les incendies restent coûteux, difficiles à maîtriser et parfois très perturbateurs pour l’activité industrielle.
Explications avec Frédéric Morvan, expert en sécurité incendie et en gestion des risques.
Techniques de l’ingénieur : Quels sont les signes avant-coureurs d’un emballement thermique, et comment les entreprises peuvent-elles les détecter avant qu’il ne soit trop tard ?

Frédéric Morvan : L’emballement thermique ne survient pratiquement jamais sans signes précurseurs. Le problème est qu’ils sont souvent méconnus ou sous-estimés. Les principaux signaux d’alerte sont notamment une élévation anormale de la température d’une batterie ou d’un module, un gonflement de la batterie, une odeur chimique inhabituelle, souvent légèrement sucrée ou piquante, un dégagement de fumées blanches ou encore des crépitements ou sifflements.
Pour les industriels, la détection ne doit pas reposer uniquement sur l’observation humaine. Je recommande de mettre en place une surveillance thermique par caméra infrarouge, l’installation de détecteurs de gaz spécifiques capables de repérer les premiers dégagements (CO, H₂, composés organiques volatils…) mais également une supervision connectée avec alarmes automatiques et des inspections régulières des batteries endommagées ou vieillissantes.
Le meilleur incendie est celui qui ne démarre jamais. Détecter un emballement quelques minutes avant son déclenchement peut éviter la destruction complète d’un bâtiment.
Quels sont les risques spécifiques pour les salariés et les secours, et quelles mesures de protection doivent être mises en place ?
Une batterie lithium en emballement thermique n’est pas un incendie classique. Elle peut produire des températures supérieures à 1 000 °C, des projections de matériaux incandescents, des explosions de cellules et des fumées extrêmement toxiques contenant notamment de l’acide fluorhydrique (HF).
Pour les salariés, le danger est double avec un risque thermique et chimique. Pour les secours, le principal danger est la reprise de feu plusieurs heures, voire plusieurs jours après l’extinction apparente.
Les priorités sont donc de protéger les personnes avant de protéger le matériel, de prévoir une évacuation rapide, de disposer de procédures adaptées aux batteries lithium. Il convient aussi d’équiper les équipes d’intervention avec les EPI appropriés, notamment protection respiratoire adaptée et de prévoir une zone d’isolement des batteries défectueuses.
L’objectif n’est pas d’improviser le jour de l’accident, mais d’avoir anticipé chaque scénario.
Quelles solutions recommandez-vous aux industriels ?
Il n’existe pas de solution universelle. Tout dépend du nombre de batteries, de leur capacité énergétique, de leur usage et de leur environnement. En revanche, plusieurs équipements deviennent aujourd’hui incontournables.
Je pense notamment aux armoires de stockage certifiées pour batteries lithium, aux conteneurs de confinement pour batteries endommagées, aux zones de quarantaine clairement identifiées, aux couvertures spécifiques pour limiter la propagation sur certains équipements et aux systèmes de surveillance thermique connectés.
Concernant les agents extincteurs, il faut être très prudent. Contrairement à certaines idées reçues, la poudre ou le CO₂ ne permettent généralement pas d’arrêter un emballement thermique.
L’objectif principal est souvent le refroidissement massif afin d’éviter la propagation aux cellules voisines. Le choix de l’agent extincteur dépend du type de batterie et du scénario envisagé. C’est pourquoi chaque site doit réaliser une véritable étude de risque avant de définir sa stratégie d’intervention.
Comment les entreprises doivent-elles repenser leur analyse des risques ? Quelles sont les trois erreurs les plus fréquentes ?
Aujourd’hui, beaucoup d’entreprises continuent d’analyser les batteries lithium comme un simple risque électrique. C’est une erreur. Il faut intégrer le cycle de vie complet de la batterie, son stockage, sa recharge, son transport interne, sa maintenance et son élimination.
Les trois erreurs que je rencontre le plus souvent sont de recharger des batteries sans surveillance ou pendant la nuit, de stocker ensemble des batteries neuves, usagées, endommagées ou en attente de recyclage et enfin de penser que la présence d’extincteurs classiques suffit à gérer le risque. La prévention commence bien avant le départ de feu.
Les normes actuelles sont-elles suffisantes ?
Les référentiels actuels constituent une excellente base. Cependant, la technologie évolue beaucoup plus vite que la réglementation. Les batteries deviennent plus puissantes, plus nombreuses et présentes dans tous les secteurs. La réglementation devra évoluer sur plusieurs axes. Premièrement, une meilleure prise en compte des batteries en maintenance ou en fin de vie. Deuxièmement, des exigences plus précises sur les zones de recharge et enfin des protocoles harmonisés pour les batteries endommagées.
Je reste optimiste car il y a des innovations très prometteuses parmi lesquelles les capteurs connectés capables de détecter les premiers dégagements gazeux, l’intelligence artificielle pour analyser les dérives de température, les systèmes de supervision prédictive et les batteries intégrant davantage de dispositifs de sécurité dès leur conception.
Nous allons progressivement passer d’une logique de lutte contre l’incendie à une logique de prédiction de l’incident.
C’est probablement la plus grande évolution que nous connaîtrons dans les prochaines années.






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