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L’Europe s’attaque à six chantiers pour devenir une puissance quantique

L’Europe s’attaque à six chantiers pour devenir une puissance quantique

Posté le par Philippe RICHARD dans Innovations sectorielles

L'Union européenne a lancé six programmes industriels destinés à fabriquer, en série, les composants des futurs ordinateurs quantiques. Près de 300 millions d'euros sont mis sur la table. L’objectif ? Ne pas se laisser distancer par les États-Unis et la Chine sur une technologie qui pourrait un jour transformer la pharmacie, la finance ou la cryptographie.

Le quantique affole les États et différents secteurs sensibles. Les qubits (capables d’être 0, 1, ou les deux en même temps grâce aux lois de la physique quantique) permettent en théorie de résoudre certains calculs comme simuler une molécule, optimiser un trajet logistique complexe, en un temps record, bien plus vite qu’un ordinateur classique.

En théorie ! Une nouvelle étape doit maintenant être franchie. Il ne s’agit plus de le démontrer en laboratoire. Il s’agit de fabriquer ces qubits en grand nombre, de façon fiable et à un coût industriel.

C’est précisément ce que doivent régler les six « lignes pilotes » européennes : une ligne pilote est une chaîne de production à taille intermédiaire, entre le prototype de laboratoire et l’usine à grande échelle, qui sert à tester et à fiabiliser un procédé de fabrication avant de le déployer massivement.

Ces six projets sont financés par Chips JU, l’organisme européen dédié aux semi-conducteurs, et non par le Quantum Flagship, un autre programme européen plus ancien consacré à la recherche quantique. Les deux dispositifs coexistent, mais ne financent pas les mêmes choses.

Parmi les six programmes, Q-Planet est coordonné par Pasqal, une entreprise française fondée en 2019, spécialiste des qubits « à atomes neutres » (atomes individuels piégés et manipulés par des faisceaux laser). Doté de 50 millions d’euros, le projet réunit 28 laboratoires et industriels de onze pays.

Il doit produire, à l’échelle industrielle, les briques de base de cette technologie : lasers de précision, puces capables de piéger les atomes, et de petites cellules en verre où circule la vapeur d’atomes utilisée pour le calcul. Deux laboratoires français sont les locomotives de ce projet : le SYRTE, rattaché au CNRS, et le laboratoire Albert-Fert, une unité commune au CNRS et à Thales.

Un objectif de souveraineté industrielle

L’Europe ne mise pas tout sur une seule approche. Le Finlandais VTT coordonne Supreme, consacré aux qubits « supraconducteurs ». Il s’agit de circuits électriques refroidis à une température proche du zéro absolu. Cette technologie a été retenue par IBM, avec le CEA et les start-up françaises Alice & Bob et Silent Waves.

Le Belge Imec pilote Spins, qui grave des qubits dans du silicium avec les mêmes usines qui fabriquent les puces de nos smartphones. L’Autrichien SAL travaille sur les « pièges à ions » (atomes chargés électriquement, maintenus en place par des champs électromagnétiques). De son côté, l’Italien CNR a opté pour des puces à base de diamant. Quant au Néerlandais Twente, il mise sur des qubits « photoniques », qui utilisent des particules de lumière plutôt que de la matière.

Chaque programme reçoit une enveloppe comparable, autour de 50 millions d’euros, financée par l’UE et les pays participants. Au total, l’Europe engage près de 300 millions d’euros. Contrairement aux États-Unis, où chaque géant a choisi son camp (IBM le supraconducteur, IonQ les ions, Intel le silicium), l’Europe préfère financer plusieurs pistes en parallèle tant qu’aucune ne s’est imposée – l’allemand Infineon, présent dans trois des six consortiums, illustre cette stratégie de couverture de risque.

Derrière cette diversité se cache aussi un objectif de souveraineté industrielle : permettre à de petites entreprises européennes de concevoir des puces quantiques sans posséder leur propre usine, grâce à des règles de conception partagées entre tous les consortiums.

Mais il faudra attendre la fin de la première phase de ces programmes, vers 2029, pour savoir si cette stratégie collective permet à l’Europe de transformer son avance scientifique en industrie compétitive.


https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/thematique/innovations-sectorielles/

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