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Transition énergétique : Bruxelles peine à sécuriser ses matières premières critiques

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Transition énergétique : Bruxelles peine à sécuriser ses matières premières critiques

Posté le par Nicolas LOUIS dans Matériaux

Alors que l'UE vise la neutralité carbone en 2050, la sécurisation des métaux nécessaires aux technologies vertes devient un enjeu stratégique. Selon un rapport de la Cour des comptes européenne, la trajectoire actuelle laisse planer un sérieux doute sur la capacité des Vingt-Sept à atteindre les objectifs qu'ils se sont fixés à l'horizon 2030.

Lithium, nickel, cobalt, cuivre, gallium…, ces matières premières critiques sont au cœur des technologies bas carbone. Or, l’Union européenne dépend massivement des importations pour la plupart d’entre elles et certaines de ces ressources proviennent majoritairement d’un seul pays tiers. C’est le cas du bore, fourni à 99 % par la Turquie, du magnésium à 97 % par la Chine, ou encore du lithium, qui provient à 79 % du Chili. Dans un rapport, la Cour des comptes européenne dresse un constat sévère sur cette situation. Selon elle, la stratégie adoptée par l’Europe pour limiter sa dépendance reste fragile et surtout, les résultats concrets tardent à se matérialiser.

Vingt-six ressources sont actuellement inscrites sur la liste européenne des matières premières critiques jugées indispensables aux technologies liées à la transition énergétique, dont 15 sont considérées comme stratégiques. En 2024, l’UE a adopté un règlement pour sécuriser son approvisionnement, qui fixe plusieurs cibles à l’horizon 2030, à savoir extraire sur le sol européen 10 % de la consommation annuelle de matières stratégiques, en transformer 40 % et en recycler 25 %. Aucune matière première stratégique ne doit par ailleurs dépendre à plus de 65 % d’un seul pays tiers. Ces objectifs ne sont toutefois pas contraignants et la méthodologie ayant conduit à ces seuils reste peu transparente, rapportent les auditeurs. Il apparaît en plus que les données utilisées sont parfois anciennes et les projections concernant la demande sont incertaines.

Ces dernières années, 14 accords stratégiques ont été conclus avec des pays producteurs dans le but de sécuriser les approvisionnements de l’Europe, mais selon la Cour, ils ne se sont pas soldés par de véritables résultats sur les importations. De plus, pour environ la moitié des matières premières examinées, les volumes en provenance de pays partenaires ont diminué entre 2020 et 2024. Certaines négociations, notamment avec les États-Unis, ont par ailleurs été interrompues tandis que plusieurs partenaires affichent des indicateurs de gouvernance jugés faibles, ce qui accroît les risques politiques et juridiques.

Des taux de recyclage très en dessous des ambitions

Le développement de l’économie circulaire constitue un autre axe de la stratégie européenne. Mais là encore, l’ambition se heurte à la réalité puisque les taux actuels de recyclage sont très faibles. Sept des 26 matériaux présentent des taux compris entre 1 % et 5 %, tandis que dix ne sont pas recyclés du tout. Les objectifs européens ne sont généralement pas fixés matière par matière, ce qui limite les incitations pour les métaux les plus complexes à récupérer, comme les terres rares ou le palladium.

Le rapport indique que les recycleurs européens doivent faire face à des coûts énergétiques élevés, à une faible disponibilité des déchets exploitables et à des difficultés réglementaires. Faute d’incitations suffisantes à l’utilisation de matières recyclées, la demande reste pour l’heure incertaine. Alors qu’il pourrait réduire la pression sur l’extraction primaire et renforcer l’autonomie stratégique, la Cour considère que le potentiel de circularité est loin d’être exploité.

La réduction de la dépendance passe aussi par le développement des capacités internes. Mais l’exploration, l’extraction et la transformation restent limitées sur le territoire européen. Les obstacles sont multiples et sont liés à des difficultés d’accès au financement, à une rentabilité incertaine, à des coûts énergétiques élevés, à des procédures d’autorisation longues et complexes, ainsi qu’à des contraintes environnementales. La Commission a prévu des « guichets uniques » et des procédures accélérées pour les projets stratégiques, mais leur déploiement reste progressif. Surtout, aucun financement européen dédié n’est spécifiquement attaché au label « projet stratégique ». Nombre de projets identifiés en 2024 et 2025 se trouvent à un stade précoce de développement et ont peu de chances, selon la Cour, de contribuer significativement à la sécurisation de l’approvisionnement d’ici 2030.

Dans ces conditions, la trajectoire actuelle laisse planer un doute sérieux sur la capacité de l’Union à atteindre les objectifs qu’elle s’est fixés d’ici à la fin de la décennie. Selon les auditeurs, la stratégie existe, mais ses instruments restent partiellement opérationnels et ses effets difficiles à mesurer. L’UE risque donc de voir sa transition énergétique freinée non par un manque d’ambition climatique, mais par une pénurie de ressources.

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Posté le par Nicolas LOUIS


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