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Wernher Von Braun : un génie ambigu

Posté le par La rédaction dans Entreprises et marchés

Derrière deux des images les plus marquantes du XXe siècle : l’horreur des camps de concentration nazis et le premier pas d’un homme sur la Lune se trouve un scientifique au destin ambigu

Wernher Von Braun est né le 23 mars 1912 à Wirsitz, en Prusse (Wyrzysk est aujourd’hui une ville polonaise qui se situe eu nord de Poznan). C’est le second fils d’une famille aristocratique. Son père, le Baron Magnus Von Braun exerce alors les fonctions de Landrat (sous préfet). Il détiendra, sous les deux derniers chanceliers de la République de Weimar, le portefeuille de l’Alimentation et de l’Agriculture.

Très jeune Wehner Von Braun se montre passionné par les voyages spatiaux. Il faut dire que le sujet est particulièrement à la mode en Allemagne. L’un des pionniers de l’astronautique (avec l’américain Robert Goddard, le Russe Constantin Tsiolkovski et le Français Robert Esnault-Pelterie) est un Hongrois de culture allemande : Hermann Oberth.

Herman Oberth comprit vite l’importance du principe de la fusée à réaction pour le déplacement dans l’espace. En 1922, son projet de thèse de doctorat est refusé par l’université de Heidelberg. Il décide alors de publier ses travaux : un an plus tard, La Fusée vers les espaces planétaires obtient un énorme succès en librairie. En 1925, Werner Von Brau découvre avec enthousiasme cet ouvrage : il a 13 ans. Premier savant à annoncer la possibilité d’envoyer des hommes dans l’espace afin d’explorer l’univers, Hermann Oberth suscite un engouement important en particulier au sein de la société allemande des voyages spatiaux (VfR) fondée en 1927.

En 1927, Wernher Von Braun écrit à Hermann Oberth en joignant des travaux personnels : la réponse qu’il reçoit l’encourage à poursuivre. Un an plus tard, à 16 ans, il rédige un mémoire sur la théorie de la fusée à longue distance. Il obtient son baccalauréat à la fin de l’année puis entre avec une année d’avance à l’Institut polytechnique de Berlin. En 1930, il rencontre enfin Hermann Oberth et commence à travailler avec lui en parallèle de ses études d’ingénieur.

A la même époque les militaires allemands commencent à s’intéresser aux activités de la VfR, En effet, malgré la crise économique qui frappe l’Allemagne et le reste du Monde, les fusées sont un sujet digne d’intérêt pour l’armée. En effet, si le traité de Versailles stipule que « la fabrication d’armes, de munitions ou de matériel quelconque ne pourra se faire que dans des usines ou ateliers dont l’emplacement sera connu et approuvé par les gouvernements des grandes puissances alliées et associées », les fusées ne sont pas spécifiquement désignées comme armes de guerre.

Cependant, les savants de la VfR refusent de collaborer avec l’armée. Ainsi, la tache de recrutement confiée à Walter Dornberger se révèle difficile et les recherches sur les fusées à combustibles solides et liquides menée par l’armée donnent peu de résultats. En 1932, Walter Dornberger rencontre à nouveau les experts de la VfR. Le jeune Von Braun, encore étudiant, est impressionné par les moyens dont est dotée la station expérimentale de l’armée. Il accepte de collaborer car il pense que les moyens techniques de l’armée sont seuls capables de faire avancer la cause de la recherche spatiale. Il prend, en 1932, un poste civil dans la recherche militaire sur les fusées à propergol liquide tandis que le général Becker lui propose de parrainer sa thèse.

En 1933, Hitler arrive au pouvoir. Les activités de la VfR sont interdites : la recherche sur la fusée devient une chasse gardée des militaires. Walter Dornberger est nommé directeur du service de recherches sur les armes nouvelles, et Wernher Von Braun est chargé d’étudier les applications militaires des fusées. Il enregistre son premier succès en Décembre 1934 avec deux fusées A2 propulsées à l’éthanol et à l’oxygène liquide lancées depuis l’île de Borkum dans la mer du Nord et qui atteignent une altitude de plus de 2 km. La même année, à 22 ans, il soutient sa thèse « contribution constructive, théoriques et expérimentales au problème des réacteurs à combustible liquide » qui est classée « secret d’Etat ».

Le centre de recherche, qui était alors situé en banlieue de Berlin, se trouve à l’étroit. En 1936 il s’installe à Peenemünde sur la Baltique dans une importante base d’expérimentation richement dotée en crédits, en matériel et en hommes (vingt mille hommes) et Werhner Von Braun en devient le premier directeur technique. C’est là que vont être mise au point de 1942 à 1944, la fusée Agrégat 4 (A4), appelée aussi V2 (« Arme de la Vengeance » 2), une des armes secrètes de Hitler.

D’une portée de près de 300 km, d’une vitesse de plus de 5 500 km/h et montant à 80 km d’altitude avant de plonger sur sa cible, avec une charge explosive de 1 tonne, cette arme qui arriva néanmoins trop tard pour changer le cours de la guerre. Mais elle permit de bombarder Londres en 1944, faisant des milliers de morts. L’histoire des V2, de leur conception à leur destin final, en passant par les tragiques conditions de leur construction fera l’objet de l’épisode 2 de cet article.

A l’issue de la guerre, les vainqueurs rapatrient les missiles V2 qu’ils trouvent à Pennemüde afin de procéder à des essais et titrer profit des avancées technologiques de Allemands. Dans le cadre de l’affaire « Paperclip », Wernher Von Braun part aux Etats-Unis. En 1955, Wernher Von Braun  est naturalisé américain, il est nommé directeur du centre des missiles balistiques de l’armée, à Huntsville (Alabama). En 1956, il met au point une fusée qui s’élève à 1 100 km du sol et, en 1958, Explorer 1, le premier satellite américain est lancé. C’est meme lui qui aurait suggéré aux conseillers de Kennedy d’aller sur la Lune afin de permettre aux Etats-Unis de reprendre l’avantage dans la compétition qui les oppose aux Soviétiques pour la conquête de l’espace. En 1960, il devient le premier directeur du Centre Marshall de la NASA.

La presse voit d’un très mauvais oeil la présence de Von Braun dans le programme spatial américain et titre « Von Braun vise la Lune …. et touche Londres ».

Par Christelle Didier

Posté le par La rédaction


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