Cinq personnes ont été condamnées vendredi par le tribunal correctionnel de Paris à des peines allant jusqu’à huit mois de prison avec sursis pour le cyberharcèlement d’une enseignante prévoyant une sortie scolaire dans un camp de migrants.
Dans cette affaire, six prévenus, quatre hommes et deux femmes âgés de 53 à 71 ans, étaient jugés pour harcèlement moral après avoir participé au lynchage numérique de Sophie Djigo, professeure de philosophie.
Le tribunal a condamné deux d’entre eux, absents lors du délibéré, à huit mois de prison pour « harcèlement aggravé » et « menaces de mort ».
Les trois autres, également absents vendredi, ont été condamnés à cinq mois de sursis pour « harcèlement aggravé ». Une prévenue a été relaxée.
Par sa décision, le tribunal rappelle « la nette distinction entre l’opinion » et « des propos outranciers et violents » sur les réseaux sociaux, « avec le confort de l’anonymat », a expliqué la présidente.
Et de fustiger: « chacun a ajouté sa voix à une campagne de haine en ligne visant Mme Djigo et ce, en connaissance de cause ».
En outre, le tribunal a assorti chaque peine d’un stage de sensibilisation au respect des personnes dans l’espace numérique. Les condamnés devront également s’acquitter d’une amende solidaire de 9.000 euros au total.
Le parquet avait requis en janvier des peines allant jusqu’à douze mois d’emprisonnement avec sursis.
Fin 2022, les détails d’une sortie que Sophie Djigo prévoyait dans le cadre d’un projet pédagogique dans un camp de migrants avec ses élèves de classe préparatoire du lycée Watteau de Valenciennes (Nord) avaient été relayés sur les réseaux sociaux par le collectif Parents vigilants, proche du parti Reconquête d’Eric Zemmour. Leur diffusion avait suscité de nombreuses réactions en ligne et sur certains sites d’extrême droite.
Les personnes jugées ont publié à l’époque sur le réseau social Twitter (devenu X) des propos considérés comme « injurieux » ou encore « menaçants », selon le tribunal, au point que le rectorat de Lille, qui avait décidé d’annuler la sortie pédagogique « par sécurité », avait aussi requis une protection policière à l’encontre de l’enseignante.
« C’est avec beaucoup de satisfaction que nous accueillons la décision du tribunal aujourd’hui, qui condamne la plupart des prévenus qui avaient été identifiés au cours de ces investigations qui avaient duré plusieurs années », s’est félicité devant la presse Me Raphaël Kempf, avocat de la partie civile.
« Il faut aussi comprendre que ce cyberharcèlement est rendu possible par des leaders d’opinion, a encore dénoncé Me Kempf, qui tiennent des propos qui, en apparence, sont moins grossiers mais attaquent de façon virulente ma cliente ».
Dans cette affaire, un procès pour diffamation visant notamment Eric Zemmour et des responsables du Rassemblement National doit se tenir les 30 et 31 mars.
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