Le gouvernement a tenu vendredi une réunion d’étape du plan Ecophyto de réduction des pesticides d’ici 2030: la France a progressé dans son objectif de réduction de 50% des usages selon des chiffres officiels, une baisse « en trompe-l’oeil » liée au mode de calcul, estiment les ONG.
Le pays avait adopté en 2008 un plan Ecophyto avec l’objectif, jamais atteint, de réduire de moitié l’usage des pesticides en dix ans. Une nouvelle mouture, lancée en mai 2024, a renouvelé l’objectif désormais fixé à 2030, mais avec un nouvel indicateur, contesté, et une nouvelle période de référence par rapport à laquelle est calculée l’évolution.
Selon des chiffres publiés par le ministère de l’Agriculture le 9 septembre, l’indicateur européen de risque harmonisé HRI1 a reculé de 47% par rapport à cette nouvelle période de référence, qui est désormais 2011-2013.
Le point d’étape a réuni vendredi notamment les ministres Annie Genevard (Agriculture) et Monique Barbut (Transition écologique), des représentants des ONG, des agriculteurs, des industriels, des scientifiques, etc.
Phyteis, organisation qui regroupe les fabricants de produits phytosanitaires et de pesticides, s’est, sans surprise, félicitée de ces résultats.
Pour autant, la progression française est moindre par rapport à la moyenne européenne, qui est de 59%, selon les statistiques européennes officielles.
Pour les ONG environnementales, la baisse des usages mise en avant par le gouvernement est « en trompe-l’oeil ». Depuis des années, elles dénoncent cet indicateur HRI1, adopté par le gouvernement Attal après la colère agricole de 2023-24 en lieu et place de l’indicateur Nodu jusque-là utilisé.
Or le Nodu, qui est toujours calculé par les services de statistiques officiels, montre en 2024 une hausse de l’usage de pesticides en France de 13% par rapport à 2009, relèvent dans un communiqué commun Générations futures, WWF France, FNH, Humanité et biodiversité et France Nature Environnement.
Le Nodu (pour nombre de doses unités) rapporte les quantités vendues à des doses de référence à l’hectare.
Le HRI1 s’obtient en multipliant les volumes de substances actives vendues par des coefficients censés refléter la dangerosité des divers pesticides, mais ne tient pas compte des doses d’application à l’hectare.
L’association Générations futures, spécialisée dans le sujet des pesticides, appelle l’UE à réviser le calcul de cet indice, et notamment à revoir scientifiquement les critères de pondération des substances et à introduire des notions de doses à l’hectare.
« Les discussions relatives à l’amélioration de l’indicateur HRI1 se poursuivent à l’échelle européenne », indique le ministère de l’Agriculture sur son site.
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