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L’hydrogène décarboné est souvent présenté comme la pièce manquante de la transition énergétique : celle qui permettrait de décarboner l’industrie lourde, de stocker l’électricité renouvelable et de faire rouler camions, trains ou navires sans émissions. Pourtant, aujourd’hui, la filière donne l’impression d’un décollage sans cesse annoncé et toujours repoussé.
La situation de la filière hydrogène est en effet paradoxale : les investissements mondiaux ont été multipliés par sept entre 2020 et 2024, mais la réalité reste modeste : seulement 2 à 3 millions de tonnes d’hydrogène décarboné produites en 2024, sur les 100 millions de tonnes d’hydrogène consommées dans le monde.
Pour comprendre ce décalage, il faut avoir à l’esprit que l’hydrogène n’est pas qu’une affaire de technologie. Il s’agit en effet de transformer une industrie centenaire et surtout de concilier ambitions climatiques et équation économique. Car derrière la promesse d’une “molécule miracle”, la filière est traversée par des tensions : quel modèle de production choisir, à quel rythme, et avec quel partage des rôles entre États, industriels et marchés ?
Le marché, lui, est en recomposition rapide. Les projections restent spectaculaires : 204,5 milliards de dollars en 2024, potentiellement 603,3 milliards en 2034… Mais les annonces gonflent artificiellement le tableau : sur 1572 projets annoncés en 2024, 70 % n’ont pas à l’heure actuelle dépassé le stade de l’intention. Une situation déjà vue dans d’autres technologies (éolien, solaire) au début de leur montée en puissance, mais aggravée aujourd’hui par un contexte économique plus fragile.
Au final, aujourd’hui se dresse une nouvelle carte mondiale de l’hydrogène, structurée en trois blocs. D’un côté, la Chine et l’Inde : la première vise la domination industrielle sur les équipements (électrolyseurs), la seconde mise sur l’export de la molécule, en cherchant des certifications pour accéder au marché européen. Un second bloc réunit des pays gaziers qui défendent l’hydrogène bleu, et cherchent à faire reconnaître cette voie comme décarbonée. Enfin, des pays riches en ressources renouvelables (Maroc, Namibie, Australie, Chili par exemple) se positionnent comme futurs exportateurs à grande échelle.
Dans ce paysage, l’Europe apparaît prise entre ses ambitions et sa vulnérabilité. Les objectifs affichés sont élevés (40 GW d’électrolyse d’ici 2030, 10 Mt d’hydrogène renouvelable), mais les stratégies divergent : l’Allemagne privilégie l’importation à bas coût, tandis que la France mise sur une production domestique adossée au nucléaire. En France, la stratégie hydrogène révisée en 2025 ajuste les curseurs : un objectif 2030 ramené à 4,5 GW (au lieu de 6,5), mais repoussé à 8 GW en 2035, tout en maintenant une enveloppe annoncée de 9 milliards d’euros.
Des freins clés persistent aujourd’hui : le coût de l’électricité décarbonée, la hausse des coûts d’électrolyseurs, ou encore les incertitudes réglementaires (notamment sur la reconnaissance du nucléaire), mais surtout un talon d’Achille : la demande. Sans clients, pas d’usines. Or l’hydrogène est en concurrence avec d’autres solutions, notamment la batterie électrique qui progresse, y compris dans le transport lourd.
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