Logo ETI Quitter la lecture facile

En ce moment

Glyphosate: nouveaux éléments à charge dans son évaluation !

Posté le par Matthieu Combe dans Matériaux, Biotech & chimie

Alors que les 28 Etats membres doivent à nouveau se prononcer le 9 novembre sur un prolongement du glyphosate dans l'Union européenne, Générations Futures publie un nouveau rapport. Selon lui, les études montrant les effets négatifs du glyphosate ont été presque systématiquement rejetées de manière scientifiquement contestable.

Il existe de nombreuses études indépendantes montrant la toxicité du glyphosate. Néanmoins, la plupart de leurs résultats ont été rejetés pour différentes raisons et n’ont pas été pris en compte pour le rapport d’évaluation des risques (RER) du glyphosate en vue de son renouvellement en Europe. Générations Futures a demandé à un consultant indépendant d’analyser les raisons qui ont poussé les régulateurs à rejeter ces études. Le rapport dénonce de nombreuses irrégularités.

tab

Premièrement, l’article 8.5 du règlement 1107/2009 demande à l’industriel qui fait la demande de joindre la documentation scientifique des 10 dernières années. Avec une petite recherche, les ONG ont trouvé 146 études portant sur la toxicité du glyphosate. Mais le RAR n’en a répertorié que 76, soit 51%. Sur l’ensemble de ces études non industrielles, seulement 24 ont été discutées. Quelques centaines d’études réalisées par l’industrie ont en revanche été évaluées. Au final, la plupart des études discutées proviennent donc de l’industrie.

Le rapport de Générations Futures s’intéresse à 16 motifs de rejets d’étude de toxicité du glyphosate, qu’elle soit réalisée par l’industrie ou par les universités. Au total, il a analysé 49 rejets de résultats de toxicité. Et sa conclusion est formelle : « sur 49 motifs de rejets ayant pu être expertisés, 45 l’ont été pour des raisons contestables ou très contestables scientifiquement ».

Glyphosate, des études injustement écartées

Grâce à ces techniques, l’industrie peut à la fois rejeter les conclusions de toxicité de la littérature scientifique, mais aussi de ses propres études. Les quatre raisons qui reviennent le plus? Les études ne suivent pas les lignes directrices et les Bonnes Pratiques de Laboratoire, elles ignorent les effets sur certains organes, les contrôles historiques sont malades bien que les contrôles négatifs de l’étude soient en bonne santé et elles ne montrent pas de relation dose/effet.

Lorsque les experts évaluent la qualité d’une étude, ils peuvent rejeter ses conclusions en faisant référence à des contrôles ou témoins issus d’autres études. Ces contrôles témoins sont souvent fournis par des bases de données secrètes de l’industrie, note Générations Futures. Résultat : il est possible de rejeter plusieurs études pour des raisons obscures. Par ailleurs, tout effet à faible dose peut être balayé sous prétexte qu’il n’y a pas de relation dose-réponse. « Il y a tout simplement trop de signes de toxicité en deçà de la dose qui serait la plus faible dose sans effet au monde; et trop de résultats n’ont pas été évalués », prévient le rapport de Générations Futures.

Un système d’évaluation des risques à revoir

Pour François Veillerette, porte-parole de Générations Futures, il faut revoir les méthodes de travail. Trop d’études sont écartées non pas sur leur fonds scientifique, mais pour des raisons de pratiques de laboratoire. De même, les effets à faible dose sont mis de côté : l’évaluation ne considère ainsi que les hautes doses. « Ce n’est pas une démarche scientifique », regrette-t-il . L’expert y voit aussi une question de charge de travail. Selui lui, les agences ne sont pas taillées pour pouvoir réellement vérifier et évaluer l’ensemble des études.

« Si on met systématiquement de côté les études dérangeantes, c’est problématique », assène François Veillerette. Générations Futures a donc commandé une étude similaire sur une dizaine d’autres pesticides. Son objectif : vérifier si ce dispositif de rejet systématique est généralisé et identifier les failles dans le système d’évaluation des pesticides pour proposer des améliorations.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Pour aller plus loin

Posté le par Matthieu Combe

Les derniers commentaires

  • Il est désolant qu’une fois de plus les Techniques de l’Ingénieur se fassent le porte parole d’une ONG écologiste, qui, par nature, ne peut pas émettre d’avis objectif. Pourquoi ne parler que des études sensées être écartées car elle ne vont pas dans le sens des industriels et ne pas parler de celles qui sont écartées car elles vont dans leur sens ?
    Je citerais cette publication sortie en novembre 2017 dans la revue à comité de lecture « Journal of the National Cancer Institute » qui, sur une population de 54251 utilisateurs de glyphosate, ne trouve aucun lien significatif avec le développement de cancers. Cette publication est en accès libre à l’adresse : https://academic.oup.com/jnci/article-abstract/doi/10.1093/jnci/djx233/4590280
    Pourquoi ne pas parler également du communiqué de l’agence Reuter qui a découvert que l’IARC (International Agency for Research on Cancer’s ) basée à Lyon a volontairement changé son rapport « Glyphosate » dans un sens défavorable, alors que vous êtes si prompt à diffuser les communiqués alarmistes de l’AFP?  https://www.reuters.com/article/us-who-iarc-glyphosate-specialreport/in-glyphosate-review-who-cancer-agency-edited-out-non-carcinogenic-findings-idUSKBN1CO251
    Entre le Draft et le rapport final, Reuters a décelé 10 modifications changeant le sens de « non cancérigène » à « cancérigène ». De la part d’un organisme affilié à l’OMS, cette falsification est très grave et jette (un peu plus) le discrédit sur cette organisation. C’est la version publique du rapport de l’IARC qui a servi de base à de nombreuses poursuites entamées contre Monsanto. L’IARC a refusé de répondre aux questions de Reuters et a recommandé aux auteurs du rapport de se taire. Malgré les révélations très étayés de Reuters, il n’y a eu AUCUNE reprise dans les médias francophones.
    Pourquoi également, ne pas parler de Christopher Portier, l’un des auteurs du rapport du CIRC qui a classé le glyphosate comme probablement cancérigène et qui est embourbé dans des conflits d’intérêts considérables. Il a été payé par une firme juridique, qui attaquait Monsanto, alors qu’il préparait le rapport. Il a reçu près de 160 000 dollars pour cette activité. Il n’avait jamais révélé cette activité et son expertise sur le glyphosate est plus que douteuse. Ces révélations sont connues comme les Portiers Papers.
    Enfin, voici un excellent article d’un spécialiste qui explique le rôle des agences d’évaluation et le fait que le glyphosate est moins toxique que l’aspirine à dose équivalente : http://thegap-cosmosophy.blogspot.fr/2017/10/glyphosate-et-cancer-donner-un-sens-aux.html

  • Raisons obscures? Le respect des GLP? Ca me semble assez évident non?
    Je n’y connais pas grand chose en méta-analyse mais la mise en place de critères d’éviction d’étude est assez évident. Ce que j’aimerai savoir c’est si : ils ont accepté des études qui auraient du être rejetées, et si les critères avérés sont vrais ou pas.
    Si les critères sont appliqués de manière objectives à toutes les études, la démarche me semble ok non?


Réagissez à cet article

Commentaire sans connexion

Pour déposer un commentaire en mode invité (sans créer de compte ou sans vous connecter), c’est ici.

Captcha

Connectez-vous

Vous avez déjà un compte ? Connectez-vous et retrouvez plus tard tous vos commentaires dans votre espace personnel.

INSCRIVEZ-VOUS
AUX NEWSLETTERS GRATUITES !