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« Les ingénieurs ont délaissé le secteur financier pour celui du conseil »

Posté le par Pierre Thouverez dans Entreprises et marchés

Gérard Duwat est président du comité numérique de l'IESF. Il revient pour Techniques de l'ingénieur sur l'enquête annuelle d'IESF sur la situation des ingénieurs.

E.T.I : L’enquête annuelle de l’IESF fait état pour 2018, comme pour les années précédentes, d’une situation privilégiée des ingénieurs sur le marché de l’emploi.

Gérard Duwat: L’accès à l’emploi est extrêmement rapide à la sortie des écoles, à tel point qu’aujourd’hui plus de 60% des ingénieurs sont embauchés avant même l’obtention de leur diplôme.
Leur niveau de satisfaction professionnelle reste très élevé bien que les salaires n’augmentent que faiblement à euro constant. Après la crise de 2008, on a plutôt constaté une tendance des entreprises à retenir les talents et à rémunérer les “anciens”, en tout cas ceux qui apportent une valeur reconnue par l’entreprise, plutôt que de faire de la surenchère auprès des jeunes.

Qu’en est-il de l’expatriation des ingénieurs ?

Le phénomène d’expatriation vers l’étranger a atteint aujourd’hui son asymptote: depuis plusieurs années le nombre d’ingénieurs travaillant à l’étranger varie peu, autour de 17%, ce qui est quand même relativement élevé. Les intentions de retour, moins d’un sur deux, leur niveau de satisfaction restent stables.

Les ingénieurs sont également moins attirés par le secteur financier…

La crise de 2008 a été une rupture. Depuis, on a observé un phénomène qui n’a fait que se confirmer, c’est la baisse de l’appétence des ingénieurs pour le secteur financier. Les chiffres le montrent dans toutes les enquêtes.

Un autre phénomène de bascule a été constaté : les ingénieurs qui avaient un attrait pour le secteur de la finance se sont tournés en masse vers le conseil.

Les ingénieurs délaissent-ils les grandes entreprises pour les start-ups, comme on l’entend souvent dire ?

Cette année, l’enquête IESF ne s’est pas attardée sur les chiffres concernant l’entreprenariat profondeur l’année dernière. Si le goût pour l’entreprenariat et le sentiment d’y être mieux préparé augmentent, ceci ne se traduit pas encore les faits de façon significative.

De fait, on entend souvent dire que les jeunes ingénieurs ont un attrait très important pour les jeunes pousses, qui pourrait à terme poser des problèmes de recrutements pour les grandes entreprises… si c’est le cas, rien dans les enquêtes que nous avons menées ne vient valider cette thèse, pour le moment en tout cas.

2018 est en tout cas une année particulièrement dynamique en termes d’embauches.

Globalement les embauches sont toujours aussi importantes, avec près de 125 000 embauches en 2018, dont environ 30 000 primo accédants à l’emploi.

Cela indique donc un turn over assez important, puisqu’on compte à peu près 100 000 ingénieurs qui ont changé d’emploi durant cette période. Cette tendance est vraie en France mais est aussi valable pour les ingénieurs travaillant à l’étranger, avec 23 000 recrutements en 2018.

Il y a donc du mouvement. L’image de l’ingénieur qui fait toute sa carrière dans la même entreprise n’existe plus. Ce qui ne va pas sans créer parfois des problèmes pour les entreprises, qui se retrouvent en tension en termes de recrutements.

Quels sont les secteurs les plus porteurs ?

Le secteur aéronautique reste très porteur, avec 4 500 embauches en 2018 (3750 l’année précédente), alors que le secteur automobile embauche un peu moins en 2018 (5 000 embauches contre 5 650 l’année précédente). Dans le domaine de l’énergie, il y a à nouveau une demande forte, avec une augmentation des embauches en 2018 par rapport à 2017.

Ce qui se confirme, comme nous l’avons déjà évoqué, concerne le secteur des banques et assurances: ces secteurs continuent à embaucher, mais sans commune mesure avec le passé: environ 5 000 embauches en 2018.

Aujourd’hui les banques continuent à recruter des ingénieurs, pour relever des challenges essentiellement liés à la transformation numérique et l’adaptation des systèmes d’informations, non pas pour développer des algorithmes destinés à être utilisés dans les salles de marchés, comme ça a pu être le cas à une certaine époque.

Et cette évolution a profité au secteur du conseil.

Les sociétés de conseil en stratégie ou en management ont attiré beaucoup d’ingénieurs des grandes écoles (7 600 embauches en 2018), c’est devenu un des secteurs d’embauches le plus important. Et on a observé, comme on en parlait précédemment, un effet de vase communicant, entre le secteur financier qui embauche moins depuis quelques années et le secteur du conseil, qui a pris une importance grandissante.

Un point qui m’a frappé également concerne le domaine de la logistique. Quasi inexistant il y a quelques années, il est aujourd’hui en plein développement et a embauché 1 800 ingénieurs en 2018 ! Ce qui n’a finalement pas grand chose d’étonnant, quand on observe les bouleversements qui s’opèrent dans ce secteur, avec l’arrivée d’acteurs comme Amazon qui créent une foule de nouveaux métiers dans le domaine de la logistique.

Quel est le secteur où la tension en termes de recrutement est la plus importante ?

C’est probablement dans le secteur des sociétés de services et de logiciels que que la situation est la plus tendue. On peut distinguer d’un côté tout ce qui est conseil et services informatiques, et de l’autre les sociétés d’ingénierie. L’un comme l’autre restent les plus gros embaucheurs, avec pour la partie numérique près de 16 000 recrutements (13 000 l’année précédente) et 13 600 pour les sociétés d’ingénierie (contre 12 800 en 2017).

Ce qui est certain c’est que l’ensemble des sociétés de services reste le plus gros pourvoyeur d’emplois pour les jeunes ingénieurs, puisqu’il totalisent environ 30 000 embauches l’an dernier.

Chose étonnante, ce secteur qui embauche le plus, est aussi celui pour lequel le niveau de satisfaction des ingénieurs et la rémunération occupent les plus mauvaises places d’après notre enquête. Ceci n’est d’ailleurs pas nouveau: beaucoup d’ingénieurs choisissent ces filières pour compléter leur formation technique et professionnelle et migrent ensuite vers d’autres secteurs qui leur apportent plus de satisfaction en termes de rémunération et d’opportunités.

Propos recueillis par Pierre Thouverez

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Posté le par Pierre Thouverez


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