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Une nécessité d’interdisciplinarité pour les ingénieurs

Posté le par Pierre Thouverez dans Entreprises et marchés

Quel est le portrait de l'ingénieur d'aujourd'hui ? Interdisciplinarité, création d'entreprise, formation... les défis sont nombreux pour les ingénieurs d'aujourd'hui et de demain, même si la profession jouit d'un environnement socio-économique très favorable. Gérard Duwat, président du comité numérique de l'IESF, nous en dit plus.

ETI: Comment caractériser l’ingénieur de 2019 ?

Gérard Duwat: Je pense qu’il y a une évolution dans la mentalité des ingénieurs. Il y a un désir d’indépendance, d’entreprenariat, même si cela ne se constate pas encore dans les faits. On y reviendra. Au-delà, on sent chez les ingénieurs une forte sensibilité aux problèmes environnementaux: c’est une banalité de le dire, mais on le constate aujourd’hui concrètement dans le choix des sujets auxquels s’attèlent les ingénieurs, dans les projets développés dans les écoles d’ingénieurs, les incubateurs, les start-ups… Pour simplifier, on peut dire qu’il y a deux domaines d’intérêt chez les jeunes ingénieurs attirés par l’entreprenariat, d’une part les problématiques environnementales, et d’autre part l’utilisation des plateformes numériques pour proposer un offre commerciale nouvelle.

Ensuite ?

On note aussi une autre tendance, comportementale. Il s’agit d’un renforcement, de la déontologie et de l’éthique individuelle. Un élément qui vient conforter cela est l’exigence relativement nouvelle des ingénieurs d’un accompagnement éthique et déontologique autour des sujets touchant à l’intelligence artificielle par exemple. C’est quelque chose de très net et relativement récent.

Au-delà, notre enquête fait également ressortir que les ingénieurs ont de plus en plus conscience d’être des acteurs à part entière de la transformation société, il y a une véritable responsabilisation de ce côté là.

Les ingénieurs se voient-ils de plus en plus comme des entrepreneurs potentiels ?

Il y a une volonté de plus en plus forte pour aller vers la libre entreprise. Il y a également un travail de préparation qui est fait au niveau des écoles.. Cela dit, dans les faits, ceci reste encore assez marginal, quand on regarde aujourd’hui le nombre d’entrepreneurs à titre principal, nous sommes autour de 6% par rapport à la totalité des ingénieurs en activité. De plus en plus d’ingénieurs ont une activité libérale secondaire, beaucoup de retraités en particulier.

Qu’est-ce qui freine cette progression ?

Le passage à l’acte n’est pas évident, d’où les chiffres observés, mais les écoles font un travail de formation et d’accompagnement de plus en plus pertinent. Avant l’an 2 000, moins de 10% des ingénieurs ambitionnant de créer leur entreprise estimaient avoir été bien préparés à cela. . Aujourd’hui, ils sont plus de 30%.

Quel rôle jouent les entreprises dans cette évolution ?

Les entreprises aussi favorisent cette tendance, en créant leurs propres incubateurs, et en encourageant leurs salariés à créer des start-ups au sein de leur écosystème.

Après, il ne faut pas surestimer cette tendance, Une bonne moitié des des élèves ingénieurs n’ont aucunement l’ambition de créer leur entreprise au cours de leur carrière, ni même d’exercer une métier de manageur.

Et un frein majeur subsiste aujourd’hui qui amoindrit les velléités de nos ingénieurs pour créer leur entreprise, c’est la question du financement.

N’y a t-il pas également un aspect culturel, si on compare avec ce qui se passe chez les Anglo-saxons par exemple ?

C’est vrai que la formation que reçoivent les ingénieurs anglais et américains est différente de la nôtre. En France on a tendance à aller du particulier vers le général. C’est l’inverse aux Etats-Unis par exemple. Du coup, je pense qu’ils sont mieux préparés à l’entreprenariat, en ayant une vision beaucoup plus large de leur métier. Et puis, on y revient, il y a aux Etats-Unis une facilité de financement qui est incomparable par rapport à ce que nous connaissons en France.

Une autre tendance forte aujourd’hui chez les ingénieurs est l’apprentissage tout au long de leur carrière. Comment les écoles d’ingénieurs appréhendent-elles ce défi ?

Les acquis techniques ou technologiques que l’on peut développer au cours de ses études sont devenus extrêmement précaires. Rien n’est définitif, tout est à apprendre continuellement. L’une des grande force des écoles d’ingénieurs françaises est de maintenir de façon très forte la volonté de former beaucoup plus les esprits pour leur capacité à apprendre que pour ce qu’on leur délivre. Les écoles d’ingénieurs, il me semble, restent sur ce crédo là aujourd’hui et c’est très bien.

Je pense également que les écoles d’ingénieurs ont nettement compris que pour être un ingénieur complet, il y a une nécessité d’interdisciplinarité. Il faut que les connaissance d’un ingénieur se mêlent à la connaissances d’autres ingénieurs, de filières différentes. Les ateliers de codesign par exemple, qui se multiplient dans les écoles d’ingénieurs, en sont la parfaite illustration. Cette nécessité de travailler en interdisciplinarité implique des capacités d’adaptation, d’ouverture et de curiosité qui sont des ingrédients indispensables aujourd’hui pour les futurs ingénieurs.

Pour aller plus loin

Posté le par Pierre Thouverez


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