Agriculture, ferroviaire, réseaux énergétiques ou bâtiments intelligents…, les infrastructures qui structurent nos sociétés reposent de plus en plus sur des systèmes électroniques embarqués capables de capter, analyser et transmettre des données en temps réel. Cette transformation, portée par l’Internet des objets industriel (IIoT), ne constitue pas une simple évolution technologique, elle redéfinit en profondeur les modèles opérationnels, les équilibres économiques et les exigences de résilience de secteurs critiques.
Comprendre les dispositifs qui composent les architectures IIoT – qu’il s’agisse de capteurs, microcontrôleurs, modules de communication et plateformes d’analyse – n’est plus une question réservée aux seuls ingénieurs, mais est devenu un enjeu stratégique pour l’ensemble des décideurs.
Ces briques technologiques permettent en effet non seulement d’améliorer la performance des systèmes existants, mais surtout d’engager des actions concrètes de création de valeur, notamment :
- la réduction des coûts de maintenance grâce à l’anticipation des défaillances ;
- l’optimisation de l’usage des ressources, amélioration de la disponibilité des infrastructures ;
- le renforcement de la sécurité opérationnelle.
L’Internet des objets industriel (IIoT) connaît aujourd’hui une croissance rapide. Il s’inscrit dans une dynamique plus large, celle de l’Internet des objets (IoT), dont les technologies pourraient générer entre 5 500 et 12 600 milliards de dollars de valeur économique annuelle d’ici 2030, selon McKinsey. Cette croissance sera notamment permise grâce à l’optimisation des opérations et de la maintenance.
Dans un monde marqué par la pression sur les ressources, la transition énergétique et l’exigence croissante de souveraineté industrielle, la capacité à monitorer et piloter finement les infrastructures devient un avantage compétitif déterminant. Les entreprises et les États qui maîtrisent ces technologies disposent en conséquence d’un levier direct sur la performance, la durabilité et la résilience de leurs systèmes critiques.
Cependant, cette promesse ne se concrétise qu’à condition de comprendre les spécificités de chaque domaine d’application. En effet, si les briques technologiques sont communes, leurs contraintes d’intégration, leurs enjeux de fiabilité et leurs modèles économiques diffèrent profondément selon les secteurs.
C’est précisément ce que montrent les cas d’usage suivants. De l’agriculture de précision, où les capteurs permettent une gestion fine des ressources naturelles, au ferroviaire, où l’électronique embarquée ouvre la voie à la maintenance prédictive, en passant par les réseaux énergétiques intelligents et les bâtiments connectés, chaque secteur illustre à sa manière comment l’IIoT transforme les infrastructures critiques et redéfinit les standards de performance.
Agriculture : capteurs et irrigation intelligente
Dans l’agriculture de précision, les capteurs connectés permettent de suivre l’état des sols, l’humidité, la température ou encore les besoins en nutriments des cultures. Associées à des systèmes d’irrigation automatisés, ces technologies permettent d’adapter précisément les apports en eau et en fertilisants.
Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), les systèmes d’irrigation intelligents basés sur des capteurs peuvent permettre jusqu’à 30 % d’économies d’eau par rapport aux systèmes traditionnels.
Le principal défi reste toutefois la connectivité en zones rurales. Les réseaux LPWAN (LoRaWAN, Sigfox) ou les technologies cellulaires permettent désormais de déployer des capteurs à grande échelle tout en limitant la consommation énergétique.
Ferroviaire : vers une maintenance prédictive
Le secteur ferroviaire constitue l’un des environnements les plus exigeants pour l’électronique embarquée.
Rails, aiguillages et systèmes de signalisation doivent fonctionner avec un niveau de fiabilité très élevé. Les capteurs IoT permettent désormais de surveiller en continu ces infrastructures afin de détecter les anomalies avant qu’elles ne provoquent des pannes. L’entreprise allemande Konux a par exemple développé des systèmes combinant capteurs IoT et intelligence artificielle pour surveiller les aiguillages ferroviaires. Déployée sur le réseau de Deutsche Bahn, cette technologie permet d’optimiser les opérations de maintenance et d’améliorer la disponibilité des infrastructures.
Dans certains cas, la maintenance prédictive peut permettre jusqu’à 30 % de réduction des pannes.
Énergie : les réseaux électriques deviennent intelligents
La transition énergétique transforme profondément la gestion des réseaux électriques.
L’intégration croissante des énergies renouvelables impose des systèmes capables d’ajuster en permanence la production, le stockage et la distribution d’électricité. Les smart grids s’appuient sur une multitude de capteurs et de systèmes électroniques embarqués qui mesurent les flux d’énergie et permettent de piloter le réseau en temps réel.
Selon l’Agence internationale de l’énergie (IEA), les technologies de réseaux intelligents pourraient permettre jusqu’à 20 % de réduction des pertes d’électricité dans certains systèmes électriques.
Smart buildings : réduire l’empreinte énergétique
Les bâtiments représentent environ 40 % de la consommation énergétique en Europe, selon la Commission européenne.
Les capteurs IoT contribuent aujourd’hui à optimiser la gestion énergétique des bâtiments grâce à des systèmes capables d’adapter automatiquement le chauffage, la ventilation, l’éclairage ou encore la gestion de l’énergie.
Dans certains bâtiments tertiaires, ces technologies permettent de réduire la consommation énergétique de 15 à 30 %.
Un enjeu industriel pour l’Europe
Le développement de l’IIoT pose aussi la question de la maîtrise des technologies électroniques équipant désormais les infrastructures essentielles que sont les réseaux électriques, les systèmes ferroviaires, les installations industrielles, les bâtiments tertiaires ou encore les équipements agricoles. Capteurs, cartes électroniques, microcontrôleurs et modules de communication forment de fait une couche technologique discrète, mais décisive, pour le fonctionnement de ces systèmes.
Dans un contexte de tensions géopolitiques, de concurrence accrue et de fragilité persistante des chaînes d’approvisionnement, la capacité à concevoir, fabriquer et sécuriser ces composants en Europe devient dès lors un enjeu stratégique. Au-delà de la performance industrielle, il s’agit de préserver l’autonomie technologique du continent sur des fonctions critiques pour l’économie et les services essentiels.
L’European Chips Act s’inscrit dans cette logique, en visant à renforcer les capacités européennes dans les semi-conducteurs et l’électronique avancée. En effet, derrière des usages aussi différents que l’irrigation pilotée par capteurs, la maintenance prédictive des réseaux ferroviaires, l’équilibrage en temps réel des réseaux électriques ou l’optimisation énergétique des bâtiments, une même réalité s’impose : l’électronique embarquée devient le socle de pilotage des infrastructures contemporaines.
Ces technologies ne relèvent donc plus seulement de l’optimisation opérationnelle. Elles conditionnent désormais la résilience des infrastructures, l’efficacité de la transition énergétique et, plus largement, la compétitivité industrielle européenne. Dans cette perspective, leur maîtrise constitue l’un des défis majeurs des années à venir.
Alix Joseph, Directeur Commercial & Marketing, Groupe Synov
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