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Les alternatives au glyphosate pour éliminer les adventices

Posté le par Nicolas LOUIS dans Environnement

À plus ou moins longue échéance, le glyphosate risque d'être interdit d'utilisation par les agriculteurs en France. Plusieurs solutions existent pour remplacer cet herbicide, dont certaines plus innovantes que d'autres ou encore en cours d'essai.

Alors qu’Emmanuel Macron voulait interdire l’utilisation du glyphosate en France, il souhaite à présent porter la question de sa sortie au niveau européen. Cet herbicide bénéficie encore d’une homologation de la part de Bruxelles jusqu’à fin 2022. Quelle que soit l’échéance, les agriculteurs vont devoir trouver des alternatives pour détruire les adventices. « Tant que le glyphosate est autorisé, il n’y a pour l’instant aucune technique aussi efficace que lui avec une action sur la totalité de la flore, un coût de 20 euros à l’hectare et une vitesse de chantier atteignant 12 km/h, analyse Xavier Reboud, directeur de recheche à l’INRAE. Par contre, je pense qu’en l’interdisant totalement, cela va libérer beaucoup de marge de créativité et d’innovations pour trouver des solutions encore plus intéressantes que ce produit. »

Actuellement, la méthode la plus couramment pratiquée est celle du désherbage mécanique. Elle consiste à labourer la terre ou à utiliser des outils pour griffer le sol plus ou moins en profondeur afin de détruire les adventices. Étant donné que dans de nombreuses situations, les agriculteurs doivent retravailler le sol avant d’implanter une nouvelle culture, ils possèdent déjà le matériel pour mettre en œuvre cette technique. Par contre, elle est beaucoup plus lente et nécessite plus de puissance de traction et donc consomme davantage d’énergie fossile. Et parfois, elle est difficilement réalisable, car le sol est soit trop humide ou trop sec.

Semer du blé dans un champ de luzerne

La technique du couvert permanent nécessite quant à elle un niveau de technicité plus grand. Elle consiste à implanter des cultures annuelles comme du blé directement dans un couvert permanent de luzerne par exemple. L’objectif étant d’offrir un enherbement complet de la parcelle pour éliminer le problème des mauvaises herbes. Concrètement, l’agriculteur récolte la luzerne avant de semer son blé, puis le sème et celui-ci va alors prendre l’ascendant sur la première culture en trois semaines. Par contre, il est fréquent de voir des agriculteurs utiliser une faible dose d’herbicide afin d’inhiber la croissance de la luzerne pour laisser le blé se développer. Ce n’est qu’après la moisson du blé que la luzerne va pouvoir repousser rapidement. « À l’avenir, je pense qu’on peut améliorer cette méthode en améliorant le choix variétal, conseille Xavier Reboud. Il faut choisir des luzernes particulières qui ont un faible développement pour éviter la trop forte compétition entre les deux plantes. »

Plus innovante, la technique dite du relay-cropping (culture en relais) pourrait à terme offrir une belle alternative. Cette fois-ci, l’idée est de faire disparaître la période d’interculture en installant la culture de l’année N+1 dans la culture de l’année N. Par exemple, en implantant du soja ou du sorgho aux mois d’avril ou en mai directement dans une parcelle de blé. Ils vont alors légèrement se développer, mais sans gêner la récolte du blé. Ce n’est qu’après la moisson que le soja et le sorgho prendront le relais du blé puis seront récoltés avant l’automne. « À condition que l’on ait résolu le problème de l’apport en eau, cette technique permet de valoriser les mois de juillet, août, septembre qui sont extrêmement productifs en termes de luminosité et de température, explique Xavier Reboud. Dans le futur, on pourra par exemple implanter des cultures énergétiques puis les récolter pour alimenter des méthanisations. Ensuite, le digestat de ces unités retournera dans les champs. »

Des plantes gélives qui se détruisent automatiquement avec le gel

Le glyphosate est actuellement très largement employé pour détruire les CIPAN, ces cultures intermédiaires pièges à nitrates, implantées temporairement entre deux cultures afin de limiter les risques de pollution des eaux. L’une des alternatives à l’utilisation de cet herbicide consiste à implanter des espèces gélives qui, comme leur nom l’indique, sont sensibles au gel. On peut par exemple citer le tournesol, la phacélie, le niger, la moutarde, le millet… À condition que l’hiver soit suffisamment froid, le gel va alors se charger de détruire ces plantes. Autre technique à envisager : l’installation d’espèces annuelles montant à fleur comme la vesce, le pois, les trèfles. Ces plantes ont la particularité de mobiliser toutes leurs ressources au moment de la floraison, il suffit alors d’utiliser un rouleau hacheur pour casser le lien entre le système racinaire et la partie supérieure de la plante pour qu’elle ne se relève plus.  « Les débris végétaux présents à la surface vont alors limiter l’érosion, permettre de stocker l’eau et améliorer l’activité biologique du sol. Ce couvert va se dégrader pendant l’hiver et fournir un engrais vert pour la culture suivante. »

De nombreuses autres solutions sont à la disposition des agriculteurs. Bien que classé dans la catégorie des bio-herbicides, l’acide pélargonique permet de griller la végétation même s’il n’est pas sans conséquence sur l’environnement. Plusieurs conditions sont à respecter pour qu’il soit efficace, notamment des plages de températures extérieures. Par contre, son coût d’environ 300 euros à l’hectare peut être un réel frein à son utilisation. Depuis début 2020, l’INRAE a fait le choix de ne plus utiliser de glyphosate dans l’ensemble de ses stations expérimentales. L’Institut teste plusieurs techniques alternatives comme le désherbage électrique. « Cette solution est déjà proposée aux agriculteurs, mais nous voulons mesurer son efficacité, son impact environnemental ainsi que son coût à l’hectare, ajoute Xavier Reboud. Ces travaux de recherche sont encore en cours ». Des techniques plus innovantes, faisant appel aux nouvelles technologies, sont également à l’essai, comme le repérage des plantes à détruire à l’aide d’un drone couplé au sol d’un robot qui est muni d’un bras équipé d’un outil de désherbage électrique.

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Posté le par Nicolas LOUIS


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