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Décryptage

Les nanoparticules en tête de liste des risques chimiques émergents au travail

Posté le par La rédaction dans Environnement

[Interview] Dietmar Reinert

L'Agence Européenne pour la Santé et la Sécurité au travail (EU-OSHA) vient de publier un rapport sur les risques chimiques émergents, à la fois nouveaux et croissants, liés à la santé et à la sécurité au travail. Entretien avec le professeur Reinert, l'un des co-auteurs du rapport.

L’exposition aux substances dangereuses serait à l’origine de 74.000 décès liés au travail chaque année en Europe. Dietmar Reinert est le vice-directeur de l’institut de prévention des caisses allemandes d’assurance AT-MP. Il a co-écrit le rapport de l’EU-OSHA sur les risques chimiques émergents liés à la santé et à la sécurité au travail. Il revient plus particulièrement sur le cas des nanoparticules, dont l’usage se généralise, mais dont les risques pour l’homme sont encore pour la plupart très méconnus.

Comment avez-vous procédé pour réaliser cette étude ?

Dietmar Reinert : Nous avons recueilli l’avis de plus de 170 experts au cours de trois tours d’enquête, en nous appuyant sur la méthode européenne Delphi. Cette méthode a pour but de dégager certains consensus sur des sujets précis en interrogeant des experts à travers une série de questionnaires.

Avez-vous été surpris par les résultats de l’étude ?

Nous avons obtenu une liste avec plus de 80 risques différents. En ce qui me concerne, j’ai été légèrement surpris de voir les fibres minérales artificielles dans le top 10. Nous ne les avions pas estimées si dangereuses pour le futur dans la mesure où des fibres novatrices posant un risque bien moindre avaient pu être développées. Je ne m’attendais pas non plus à ce que les nanotechnologies arrivent en tête du classement. Elles ont en effet une connotation très positive dans le grand public. Les experts ont toutefois clairement signalé que les nanoparticules pouvaient représenter un vrai problème dans l’avenir. Même s’il existe de nombreux projets européens dans ce domaine, de nombreuses recherches sont encore nécessaires. Le rapport les place sans hésitation possible en tête des risques émergents à surveiller.

Comment expliquez-vous le peu de connaissances disponibles sur les risques des nanoparticules ?

On ne peut pas dire que les nanoparticules sont un domaine inconnu. Prenons l’exemple des gaz d’échappement provenant de moteurs diesel ou des fumées de soudage… Nous en savons beaucoup sur les particules ultra fines et il existe tout un travail de prévention dans ces domaines. Mais notre expérience est en effet limitée en ce qui concerne les nanoparticules artificielles. Une étude épidémiologique requiert du temps. Or, les nanoparticules artificielles sont relativement récentes. Des tests sur les animaux sont nécessaires. De même, nous connaissons très bien la distribution des nanoparticules dans le corps mais nous avons besoin de temps pour en savoir davantage sur leurs effets.

Avez-vous noté des disparités en matière de prévention des risques chimiques au travail en Europe ?

Ce n’était pas le but du rapport. Nous n’avons pas vraiment vérifié s’il existait des disparités entre les experts selon qu’ils étaient du Nord, du Sud, de l’Est ou de l’Ouest de l’Europe. De manière générale, je dirais toutefois que des différences existent. Par exemple, les nouvelles mesures sur les risques liés à la santé et à la sécurité au travail proviennent pour beaucoup du Nord, de la Scandinavie, des Pays-Bas ou de l’Europe centrale. Toutefois, dans le cas d’une exposition aux risques chimiques, il n’existe que de très légères différences entre le Sud et le Nord de l’Europe, en raison notamment de l’uniformisation des équipements de protection individuelle par les normes et les directives européennes. REACH contribuera également à harmoniser la situation en Europe.

Quelles sont les principales mesures de prévention recommandées dans le rapport ?

Cela dépend beaucoup du risque émergent en question. Dans le cas des nanoparticules, par exemple, on peut utiliser un équipement de protection individuel ou automatiser le processus et utiliser un système d’évacuation. Dans le cas d’autres risques émergents tels que l’exposition dermique, on peut remplacer des substances dangereuses ou utiliser à nouveau des gants et un équipement de protection individuel. Pour le traitement des déchets, on peut utiliser un système d’évacuation. Selon le degré de toxicité des nouvelles substances, il est bien souvent inutile de développer de nouvelles mesures de sécurité, car celles qui sont connues conviennent déjà.

En savoir plus

Dietmar Reinert est le vice-directeur de l’Institut de prévention des caisses allemandes d’assurance AT-MP. Il a co-écrit le rapport de l’EU-OSHA sur les risques chimiques émergents liés à la santé et à la sécurité au travail.

Posté le par La rédaction


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