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L’innovation technologique : moyens-méthodes

Posté le par La rédaction dans Entreprises et marchés

Dans un contexte économique difficile (dette publique importante, déficit commercial, chômage), la création d'entreprises innovatrices et l'amélioration de la gestion de l'innovation technologique sont plus que jamais importantes. Philippe Pichat, – ingénieur et docteur d'État ès sciences, ancien membre du CSRT (Conseil Supérieur de la Recherche et de la Technologie) et auteur de l'ouvrage « Innovez plus, innovez mieux » (Ed. Chotard) – nous donne les clés de l'innovation technologique.

L’objectif de la recherche scientifique est d’améliorer nos connaissances, l’objectif de l’innovation technologique est, au moyen d’entreprises, de nous apporter des satisfactions en assouvissant nos besoins. L’innovation technologique constitue un levier remarquable pour la création de valeur, par exemple SNF créé en 1978 par seulement un ingénieur-chimiste et un diplômé d’une école de commerce pour développer de nouvelles utilisations de dérivés de la Polyacrylamide, atteint un CA de 1,6 milliard d’Euros en 2011 avec des floculants pour le traitement des eaux usées … Un manager rappelait récemment : « nous devons faire des bénéfices pour continuer à innover, une collectivité peut d’autant plus financer en amont de la recherche scientifique que ses entreprises réussissent des innovations technologiques ».

L’innovation technologique : types, cycles de vie

On considère ici les seuls produits réellement nouveaux dans leurs caractéristiques ou dans leurs fonctions. En simplifiant, on peut distinguer un premier type d’innovation technologique basé sur le transfert de technologie qui consiste à appliquer à un nouveau domaine une technologie existante par exemple d’utiliser des piles au Lithium pour des voitures électriques, initialement conçues pour des PC. Le second type utilise pour la première fois des connaissances spécifiques provenant de la recherche scientifique, par exemple des catalyseurs Metallocene pour fabriquer des thermoplastiques davantage utilisables dans l’industrie automobile.

Une innovation technologique a une vie spécifique ; prenons un cas : Henri Guerin est ingénieur chimiste, il observe que l’utilisation de peinture sur des volets de bois de sa maison :

  • nécessite beaucoup de préparation de surface astreignante et coûteuse en main d’œuvre pour enlever la peinture craquelée ;
  • n‘apporte pas de protection en profondeur contre les micro-organismes.

Henri Guerin a l’idée d’un produit qui, lui, imprègnerait le bois et ne produirait pas de film en surface : le lasure. Il fait de la « veille technologique » pour confronter ce besoin visionné à ce qui été publié, effectue des essais, confie des échantillons à un artisan-peintre ami, discute « prix » avec un voisin patron d’un magasin spécialisé pour le bâtiment. Henri Guerin se pose les bonnes questions essentielles  Peut on  fabriquer  industriellement le produit avec les équipements existants ? A quel coût ? Y a-t-il un nouveau marché ? Quel serait le chiffre d’affaires prévisionnel cumulé ? Quels sont les risques technologiques et commerciaux ? Le combat pour ce nouveau produit en vaut-il la peine ?

Henri Guerin décide de créer une équipe pour fabriquer le lasure. Il fait appel à son réseau relationnel pour trouver des capitaux, ce qui lui permet de disposer d’un outil de production et de commercialisation. Les ventes décollent, l’activité devient bénéficiaire, événements représentés sur la courbe ci-dessous :

Observant l’irruption de ce nouveau produit P1, des fabricants de peinture mettent sur le marché des produits concurrents P2, P3 avec pour effet le ralentissement des ventes de P1. Henri Guerin décide, sur la suggestion d’un de ses commerciaux, de substituer au produit liquide P1 qui coule trop facilement, un produit « gélifié » plus facile à utiliser, c’est P’ ; les ventes redémarrent à nouveau. Quelques années plus tard, Henri Guerin, compte tenu des préoccupations environnementales, remplace les hydrocarbures de la formulation par un mélange hydrophile, à moindre odeur, P’’, ce qui est apprécié par le marché.

Un jour, le « nouveau produit » de Henri Guerin sera lui aussi dépassé.

L’innovation technologique : stratégies

Henri Guerin a choisi une stratégie de LEADER. Ses concurrents ont choisi « de facto » de SUIVRE LE LEADER en espérant profiter de ses erreurs et le copier. Le cas développé ici a un aspect idéal ; de nombreuses tentatives tournent court y compris dans des entreprises ayant eu précédemment de brillants succès ; c’est ainsi que DuPont, à qui on doit le NYLON® se basant sur une crainte de pénurie de cuir dans le monde, a lancé vers 1967 sur le marché  le CORFAM qui, lui, n’est plus fabriqué. C’est qu’en effet pour réussir une innovation technologique, il est nécessaire de disposer des moyens appropriés mais en utilisant des méthodes rappelées sur le schéma ci dessous « figure 2 ». Quant aux étapes, on s’en doute, elles sont en fait moins séquentielles.

Le processus d’innovation n’est jamais fini ; dans une entreprise particulièrement innovatrice comme SNF, des dizaines de nouveaux produits sont mis chaque année sur le marché pour un catalogue de 1 000 produits.

L’innovation technologique n’a lieu que si elle est portée par un inventeur, esprit non conformiste, qui transcende l’état actuel des connaissances techniques et du marché et un développeur qui effectue la symbiose entre le techniquement possible et le socio-économiquement désiré, ces fonctions pouvant d’ailleurs se retrouver chez une seule personne ayant une santé de fer et une capacité de travail prolongé. Il faut certes des hommes spécifiques mais aussi, on s’en doute, un patrimoine et un savoir-faire technologiques efficaces, à la condition qu’ils œuvrent dans une structure innovatrice.

Cette dernière est caractérisée par une stratégie tournée vers l’innovation technologique. Elle doit savoir faire collaborer des êtres ayant des qualités quelque peu antinomiques, l’hyperspécialisation et une vaste culture, le sens de la performance technologique et le sens économique, le goût du risque et la prudence, la célérité et la patience, le sens de la communication et celui du secret. Les perspectives de création de Valeur importante rappelées ci-dessus attirent des investisseurs tels les Business Angels et autres Venture Capitalistes qui peuvent aussi apporter des contacts commerciaux tel le premier client… Ils savent que « No risk, no reward ».

En effet, si toute activité économique implique un risque, ce dernier est amplifié, on s’en doute, lorsqu’il y a de surcroît à l’incertitude commerciale, le risque technologique inhérent à l’innovation technologique, par exemple sera-t-il possible d’obtenir au stade exploitation les résultats techniques obtenus au stade laboratoire voire même pilote ?  Pour abaisser le risque inhérent à l’innovation technologique, il faut utiliser les méthodes mentionnées sur la figure 2 à savoir :

  • la prévision technologique observant en particulier ce qui se passe dans des branches industrielles davantage high-tech ;
  • le marketing du nouveau produit vigilant vis-à-vis des études menées de façon incomplète, biaisée… ;
  • l’élaboration d’un plan plus ou moins formalisé dans lequel la démarche prospective est associée à l’extrapolation de tendances utilisées pour le court terme ;
  • la publicité du nouveau produit qui peut bénéficier de l’aide gracieuse de nombreux supports autres que les médias ;
  • la protection du patrimoine technologique par le secret et par les outils de « propriété industrielle » : pli cacheté, qui protège le droit d’exploiter sans divulgation d’informations, demande de brevet d’invention, dont l’inconvénient est une divulgation, certes avec un décalage intéressant, modèle, marque. Ces biens immatériels peuvent faire l’objet de cessions ou de concessions. Il est avisé dans ce domaine à la frontière du droit et la technologie, de faire appel à des « Conseils en Propriété Industrielle ».

Conclusion

On peut lire : « …ce qu’ils veulent avant tout c’est gagner la bataille…ils sont heureux …que leur peine ardente …n’est pas perdue, qu’il y a un résultat positif palpable » , « La plupart des décisions à effectuer quelque chose de constructif proviennent d’un  élan vital, c’est -à-dire d’un ardent désir d’action et non pas du produit d’un calcul » dans mon ouvrage « Innovez plus, innovez mieux ». Cette attitude sympathique est une raison supplémentaire pour utiliser les méthodes brièvement rappelées ici d’une part pour choisir les projets d’innovation technologique les plus prometteurs, d’autre part pour diminuer le risque inhérent à la transformation d’une idée technologique en un nouveau produit. D’une manière générale, l’amélioration de notre vie quotidienne dépend de leur mise en œuvre.   

Par Philippe Pichat

 

Philippe Pichat

Ingénieur et Docteur d’État ès Sciences, Philippe Pichat a été Expert National agréé par la Cour de cassation 2000-2007 et membre du CSRT (Conseil Supérieur de la Recherche et de la Technologie). Directeur technique de la société ADT, il est aussi l’auteur de l’ouvrage « Innovez plus, innovez mieux », paru aux Editions Chotard.

Aux Techniques de l’Ingénieur, il est l’auteur de la base documentaire :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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En tant qu’ingénieur, vous êtes, de par votre formation, bien préparé à appréhender les technologies émergentes, à travailler sur les projets de R&D et sur le développement de nouveaux produits, et à savoir effectuer des compromis technico-économiques. Vous savez inventer à partir de feuilles de routes bien délimitées, transmises par la direction ou le marketing.

Ces schémas ne tiennent plus ! Il est devenu vital pour les entreprises de savoir innover de manière rapide et systématique. La méthode, le processus, l’outil ou l’organisation, la culture et la motivation sont les briques indispensables à ce nouveau savoir-faire de l’innovation. Autant de notions familières à l’ingénieur qui vous propulsent au cœur du dispositif d’innovation des entreprises.

EN SAVOIR PLUS

 

 

 

 

 

 

 

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