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Interview

« Pléiades Néo propose actuellement la meilleure résolution au monde pour une constellation de satellites »

Posté le par Léna HESPEL dans Espace

Airbus Defence and Space a lancé en avril dernier le premier satellite de la constellation Pléiades Neo. L’entreprise fait son entrée sur le marché de l’imagerie satellite à très haute résolution, avec une précision native de 30 cm. Michel Cancès, responsable commercial et marketing de cette nouvelle constellation, revient sur cette initiative pour Techniques de l’Ingénieur.

Le programme Pléiades Neo, décidé en 2016 par Airbus, est un pari stratégique de près de 700 millions d’euros financé à 100 % par la compagnie. Quatre satellites identiques seront placés en orbite héliosynchrone à 620 km d’altitude. Un premier a été lancé dans la nuit du 28 au 29 avril et un deuxième lancement est prévu dans la nuit du 10 au 11 août. Les deux autres suivront en 2022.

Techniques de l’Ingénieur : Pourquoi une constellation de quatre satellites identiques avec une résolution de 30 cm ? Quelle est sa particularité ?

Michel Cancès : Le programme Pléiades Neo propose actuellement la meilleure résolution au monde pour une constellation de satellites non militaires. Avoir quatre satellites identiques garantit de la revisite, au moins deux fois par jour pour n’importe quel endroit sur Terre, et une qualité constante d’image. Il y a aussi une réactivité en fonction des besoins qui est unique au monde, grâce notamment à la plateforme sur laquelle il sera possible de commander et télécharger les images. Et les deux satellites qui seront lancés en 2022 auront une spécificité : ils sont équipés de terminaux laser qui leur permettent d’utiliser le service SpaceDataHighway, un partenariat entre l’ESA et Airbus. Ce dernier permet de vider les images très rapidement, grâce à des satellites géostationnaires, et de ne pas attendre une rotation complète de 100 minutes. Par ailleurs ce système permettra aussi pour les 4 satellites de la constellation d’être encore plus réactifs pour placer des demandes d’acquisition au tout dernier moment afin de répondre par exemple à des situations d’urgence extrême.

Le premier satellite a été lancé en avril, mais la commercialisation des premières images démarre le 1er novembre ; pourquoi ce délai ?

Nous produisons déjà des images tous les jours, dont certaines ont été partagées et rendues publiques. Mais elles ne sont pas encore calibrées afin d’être conformes à la spécification attendue pour un produit labellisé. Après la mise en orbite, trois mois sont nécessaires pour ce qu’on appelle le « in orbit testing » : les calibrages optique, radiométrique et géométrique, la précision de localisation… En parallèle, la mise au point du système au sol qui pilote les satellites et reçoit les images nécessite cinq mois.

Avez-vous déjà des clients ? Quel est le profil des acheteurs potentiels ?

En 2016, on s’était engagé à rentrer des premiers contrats avant même de lancer les satellites, ce qui a été fait. Deux gros contrats ont déjà été signés. Il y a une vraie attente du marché pour la précision native de 30 cm. Et il attire de plus en plus les acteurs privés qui achètent des images pour fournir des services, par exemple en agriculture, pour l’agriculture de précision, ou encore pour des traders en énergie grâce à l’observation de sites de production. La majorité reste le secteur public. Mais un autre segment du marché est extrêmement intéressé par la précision native de 30 cm : le militaire. Si certains pays ont leurs propres satellites militaires, d’autres gouvernements n’en possèdent pas. Nous pensons que ce segment représente une forte proportion du marché accessible.

Pendant combien de temps espérez-vous rester sur le marché ?

Avec une durée de vie de 10 ans pour un satellite, entre le premier lancement en avril 2021 et le dernier en 2022, on espère rester sur le marché au moins pendant 12 ans.

La résolution à 30 cm devient le standard sur le marché. L’américain Maxar a déjà un satellite de ce type depuis 2016. Et ils ont un programme d’une constellation de 6 autres. Ils ont un peu de retard mais les premiers devraient être lancés d’ici la fin 2021 au plus tôt. Mais la différence avec les Américains est que leur gouvernement subventionne indirectement l’opérateur en garantissant l’achat d’une partie importante de la ressource des satellites. Comme nous avons financé nos satellites à 100 %, ils sont entièrement dédiés au commerce.

Il y a d’autres projets dans le monde. Principalement en Asie où quelques pays sont extrêmement actifs dans le domaine, avec en particulier la Chine qui lance plusieurs satellites chaque année. Mais encore très peu de sociétés dans le monde sont capables de mettre au point une résolution native de 30 cm d’une aussi bonne qualité.

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Posté le par Léna HESPEL


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