Le rapport Draghi appelait à une accélération massive des réformes pour renforcer la compétitivité de l'UE. Deux ans plus tard, une organisation indépendante constate qu'un peu plus d'un quart des recommandations sont mises en œuvre. Certaines avancées sont visibles dans les matières premières, la défense et l'IA, mais plusieurs leviers essentiels restent à actionner.
Deux ans après la publication du rapport Draghi, l’Europe peine toujours à transformer ses recommandations en politiques concrètes. C’est le constat du cinquième « Draghi Tracker », publié par la Joint European Disruptive Initiative (JEDI). Cette organisation indépendante suit depuis un an la mise en œuvre de 30 recommandations, qu’elle considère comme les plus importantes à appliquer, parmi les 383 formulées par Mario Draghi sur l’avenir de la compétitivité européenne.
Selon son évaluation, 26 % de ces recommandations sont désormais mises en œuvre, contre 14 % en septembre 2025 et 19 % en mai 2026. Le rythme s’est donc accéléré, mais aucune des 30 mesures suivies n’est encore considérée comme totalement appliquée. La JEDI estime par ailleurs que 66 % des recommandations sont « en mouvement », sans toutefois être encore juridiquement contraignantes.
Les progrès sont très inégaux selon les secteurs. L’énergie et les matières premières affichent le meilleur taux de mise en œuvre, à 35 %, devant le marché unique et la gouvernance, à 29 %. La finance et l’investissement, la défense, l’espace et l’intelligence artificielle atteignent 25 %. La recherche est à 21 %, tandis que la santé et les sciences de la vie ferment la marche avec seulement 13 %.
Il apparaît que l’Europe avance plus rapidement lorsqu’elle est confrontée à des enjeux de sécurité ou à une forte pression extérieure. C’est le cas dans le domaine des matières premières critiques, avec la mise en œuvre du plan RESourceEU, qui prévoit de constituer des stocks, de créer un Centre européen des matières premières critiques et de mobiliser 3 milliards d’euros de financement.
La défense bénéficie également de cette accélération. Au travers du programme EDIP (European Defence Industry Programme), qui dispose d’un budget de 1,5 milliard d’euros pour les années 2026 et 2027, plus de 700 millions sont consacrés à l’augmentation des capacités de production et 240 millions aux achats communs. Cinq projets européens d’intérêt commun dans le domaine de la défense ont par ailleurs été proposés en juillet 2026.
Des progrès inégaux selon les secteurs
L’intelligence artificielle fait partie des autres domaines où les décisions se concrétisent. Le dispositif EuroHPC (European High Performance Computing) a reçu son mandat en janvier dernier et un appel à projets pour les « AI Gigafactories » a été lancé en juillet. Jusqu’à sept installations doivent être sélectionnées, avec l’objectif de mobiliser plus de 20 milliards d’euros d’investissements privés grâce à de l’argent public.
À l’inverse, le découplage du prix de l’électricité de celui du gaz demeure largement inachevé. Pour la JEDI, il s’agit pourtant de l’une des recommandations les plus importantes du rapport Draghi. Les entreprises européennes paient en effet deux à trois fois plus cher leur électricité que leurs concurrentes américaines et jusqu’à quatre à cinq fois plus cher leur gaz. Si des mesures ont été engagées, notamment de nouvelles règles de marché et un plan d’électrification, ce problème reste largement non résolu. Cette année, le gaz fixe encore le prix de l’électricité pendant environ 90 % des heures en Italie et 40 % en Allemagne.
La création d’une dette européenne commune pour financer les investissements nécessaires et mettre en œuvre un marché de capitaux intégré constitue une autre recommandation majeure encore loin d’être réalisée. Le débat s’est intensifié en 2026, notamment avec le soutien d’Emmanuel Macron aux « eurobonds » et les prises de position de la Banque centrale européenne. Mais le chancelier allemand Friedrich Merz a rejeté en mai l’idée d’un emprunt commun.
Pour la JEDI, le manque de financement n’explique pas à lui seul la lenteur des réformes. Environ un tiers des mesures suivies pourrait progresser sans nouvelles dépenses, grâce notamment à des changements réglementaires ou à des décisions politiques. Le couple franco-allemand occupe une place particulière dans cette dynamique. Selon le Tracker, certains dossiers peuvent avancer deux fois plus rapidement lorsque la France et l’Allemagne les poussent conjointement. Mais les deux pays peuvent aussi ralentir les réformes lorsqu’elles touchent à leurs prérogatives nationales, notamment en matière de prix des médicaments.
Pour accélérer les décisions européennes, la JEDI propose de donner chaque année la priorité à cinq à dix textes jugés essentiels pour la compétitivité, et d’instaurer des calendriers de négociation contraignants. Il suggère également de créer une équipe chargée d’évaluer les règles existantes et de proposer la suppression de celles qui ne sont plus nécessaires. L’objectif est de faciliter ainsi la mise en œuvre des autres réformes.






Réagissez à cet article
Connectez-vous
Vous avez déjà un compte ? Connectez-vous et retrouvez plus tard tous vos commentaires dans votre espace personnel.
Vous n'avez pas encore de compte ?
Inscrivez-vous !