Amnesty International dénonce un « écosystème de surveillance » mis en place par le Maroc pour « réduire au silence » des journalistes et défenseurs des droits humains, au moyen de logiciels espions mais aussi en les filmant à leur insu, y compris à leur domicile, dans un rapport publié jeudi.
L’organisation basée à Londres affirme s’être appuyée sur le témoignage d’un ancien employé de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), sur des documents divulgués à la suite de fuites, et sur des enquêtes journalistiques menées par des partenaires de recherche.
Depuis plusieurs années, des ONG, dont Amnesty, et des médias internationaux accusent le Maroc d’avoir utilisé le logiciel espion Pegasus, développé par la société israélienne NSO Group, pour surveiller journalistes, militants et personnalités politiques.
Le Maroc a toujours catégoriquement démenti, affirmant être « un Etat de droit qui garantit le caractère secret des communications personnelles », et a par le passé réclamé des preuves à Amnesty sur ces « accusations arbitraires ».
« Le Maroc a pleinement adopté des pratiques techno-autoritaires, acquérant un vaste éventail de technologies de surveillance qui permettent la mise en place (…) d’un système répressif spécifiquement conçu pour instiller la peur chez les militants des droits humains et les journalistes, les faire taire et entraver leur travail au Maroc comme à l’étranger », a fustigé Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, dans un communiqué.
L’ONG affirme que les autorités marocaines mélangent des « outils de haute technologie » et des techniques plus classiques comme les filatures et les écoutes.
« Des personnes sont filmées à leur insu en détention, dans leur bureau, dans leur voiture personnelle. Même dans leur chambre à coucher », détaille Amnesty.
« Les appels téléphoniques des personnes visées sont systématiquement enregistrés et espionnés » et « des boutiques de téléphonie vendent des téléphones mobiles pré-infectés par des logiciels malveillants par la DGST », ajoute l’organisation.
Les données intimes recueillies serviraient également à alimenter des campagnes de diffamation visant des militants, en particulier des femmes, afin de les discréditer auprès de l’opinion publique.
L’ONG affirme que les autorités marocaines ont utilisé Pegasus « entre 2017 et 2021, voire plus tard » et que ce logiciel n’est qu’un outil parmi d’autres, le gouvernement ayant acheté plusieurs autres technologies auprès d’entreprises basées en Israël, dans l’Union européenne et aux Etats-Unis.
Amnesty appelle le Maroc à cesser de surveiller les militants et journalistes et à ouvrir une enquête indépendante sur la DGST.
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