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Ebola en RDC: « au début les gens ont cru à de la sorcellerie »

Posté le par AFP

L’épidémie d’Ebola qui se propage en RDC a commencé à circuler plusieurs semaines avant d’être identifiée et enfin déclarée, un délai pendant lequel les communautés touchées et certains soignants se sont crus frappés par une « maladie mystique ».

L’OMS a déclenché dimanche une alerte sanitaire internationale pour faire face à une 17e flambée d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) vaste pays d’Afrique centrale de plus de 100 millions d’habitants, parmi les plus pauvres au monde.

Mais selon des témoins, les premiers cas suspects d’Ebola sont apparus dès la mi-avril à Mongbwalu, une localité minière située dans la province aurifère de l’Ituri. L’une des provinces plus troublées de RDC, où des groupes armés commettent régulièrement des massacres.

« L’alerte malheureusement a trainé dans la communauté », les populations croyant être victimes d’une « maladie mystique », a expliqué mardi Samuel Roger Kamba, ministre de la Santé de la RDC.

Après le rapatriement d’une dépouille à Mongbwalu depuis Bunia, la capitale provinciale, « des membres de la famille ont décidé de changer de cercueil » puis le premier « a été brûlé par des jeunes », raconte à l’AFP John Vatsosi, un habitant de Mongbwalu.

Mais, selon lui, certaines autorités coutumières voulaient « organiser des cérémonies avant d’incinérer ce cercueil ».

« Après cela, il y a eu des décès à répétition, parfois entre 3 et 5 personnes par jour », se souvient-il, « les gens ont alors commencé à spéculer, disant que les coutumiers avaient jeté un mauvais sort ».

– « cacophonie » –

« On a soupçonné un vieux papa d’être un sorcier qui provoquerait la mort des gens », déclare à l’AFP Timothée Bedidjo, un autre habitant de Mongbwalu.

« On amenait quelqu’un à l’hôpital et quelques minutes après, la personne décédait, mais le personnel soignant ne parvenait pas à identifier une quelconque maladie. Tantôt ils parlaient d’une fièvre, tantôt d’une épidémie non encore identifiée », ajoute-t-il.

De leur côté, certains malades « décidaient de se faire soigner par des tradipraticiens et d’autres se tournaient vers des serviteurs de Dieu pour des prières », raconte encore John Vatsosi.

Dans les jours qui suivent, le virus se propage dans les zones voisines, à la faveur des intenses mouvement de population dans cette région aurifère et commerçante.

« Au début, il y avait de la cacophonie. Il y avait des décès et les gens ont cru à de la sorcellerie », explique à l’AFP un responsable hospitalier à Rwampara, localité proche de Bunia qui devient rapidement l’un des principaux foyers de l’épidémie d’Ebola.

« On nous amenait des malades et nous les gérions comme des cas d’hospitalisation normale. Il n’y avait pas de signes concrets permettant d’assimiler la maladie à Ebola », assure-t-il.

Les infrastructures de santé en RDC sont largement dépourvues de moyens humains et financiers, et souvent dépendantes des organisations internationales, elles-mêmes confrontées à une baisse générale des aides, en particulier des Etats-Unis depuis le deuxième mandat de Donald Trump.

« Nous sommes limités sur le plan technique en matière de détection des épidémies comme Ebola. Certains membres du personnel soignant ont même été contaminés par manque de matériels de protection appropriés », affirme ce responsable hospitalier.

Les malades qui parviennent à l’hôpital décèdent, selon lui, en vingt quatre heures.

Mais dans les zones isolées, les personnes contaminées « décèdent à domicile et leurs corps sont manipulés par les membres de leurs familles », souligne Isaac Nyakulinda, responsable de la société civile dans la zone de santé de Rwampara.

« Nous, la population, ne savions pas réellement s’il s’agissait d’une épidémie » et « nous regrettons que le gouvernement soit intervenu en retard », s’émeut-il.

– Manque de tests –

A Bunia, les tests manquent pour identifier la souche Bundibugyo, responsable de la flambée.

« Nos cartouches étaient préparées pour (la souche) Zaïre », responsable des dernières grandes épidémies d’Ebola en RDC, a argué mardi le ministre congolais de la Santé.

« Il fallait que des échantillons quittent le laboratoire de Bunia pour arriver au laboratoire central » à Kinshasa, la capitale de la RDC, retardant l’identification du virus, a-t-il ajouté.

L’OMS a été alertée de l’apparition d’une maladie à forte mortalité le 5 mai.

Quand l’épidémie a été officiellement déclarée le 15 mai, « cette fausse rumeur sur le caractère fétichiste de la maladie a commencé petit à petit à disparaître », selon John Vatsosi.

Mais 246 cas suspects dont 65 décès étaient alors déjà recensés.

A ce stade, l’origine de l’épidémie n’a pas encore été identifiée avec certitude. Les chauves-souris sont néanmoins réputées être des vecteurs du virus Ebola, et sont parfois consommées par les habitants en RDC.

Au fil des années, « les Congolais fréquentent de plus en plus la profondeur des forêts et entrent en contact avec le réservoir du virus », a souligné mardi le docteur Jean-Jacques Muyembe, directeur de l’Institut national de la recherche biologique (INRB).

« Un autre facteur, c’est la viande de brousse », dit-il, « source principale de protéines pour les Congolais en milieu rural ».

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