Journées à rallonge, revenus faibles, discriminations, accidents de la route, douleurs musculaires: Médecins du Monde s’alarme dans une étude des difficiles conditions de travail des plus de 70.000 livreurs à vélo en France, dont la grande majorité sont étrangers, et des conséquences sur leur santé.
Selon l’association, qui a interrogé plus de 1.000 livreurs à Paris et à Bordeaux au premier semestre 2025, ces livreurs pour les plateformes Uber, Deliveroo ou Stuart travaillent en moyenne 63 heures hebdomadaires pour 1.480 euros bruts mensuels.
Près de six livreurs sur dix déclarent avoir été exposés à des discriminations de la part de clients ou de restaurateurs, généralement en raison de leur couleur de peau.
Ils subissent aussi agressions verbales (six livreurs sur dix) et physiques (un quart des répondants). Et même chantage et menaces de signalement pour ceux qui, sans papiers, louent les comptes d’autres travailleurs – une pratique illégale mais courante. Les titulaires officiels de ces comptes ne leur versent d’ailleurs pas systématiquement les sommes dues.
Le quotidien de ces livreurs à vélo avait été mis en lumière par le film « L’histoire de Souleymane » (2024), réalisé par Boris Lojkine et pour lequel le Guinéen Abou Sangaré avait reçu un prix d’interprétation masculine dans la section Un Certain regard au festival de Cannes.
« Les livreurs sont à 98% des personnes immigrées (nées étrangères à l’étranger et résidant en France), 68% n’ont pas de titre de séjour et 76% sont contraints de louer un compte à une personne tierce », chiffre l’ONG.
Par ailleurs, « bien que les livreurs soient juridiquement considérés comme des travailleurs indépendants », les plateformes et leurs algorithmes créent « une forte subordination » générant « stress » et « épuisement », estime l’ONG.
Un statut contesté sur lequel se sont déjà prononcés des tribunaux français, condamnant des plateformes comme Deliveroo ou Frichti pour travail dissimulé, et qu’entend corriger l’Union européenne.
– Couverture santé –
Elle a ainsi adopté en novembre 2024 un texte visant à corriger le « faux travail indépendant » que subiraient « environ 5,5 millions » de travailleurs de plateformes. Les États membres ont deux ans pour transposer cette directive dans leur législation.
Une majorité écrasante de travailleurs déclarent également « suivre strictement les instructions par peur d’être déconnectés » de leur compte, ne pas savoir comment les plateformes attribuent les courses et avoir l’impression d’être « surveillés en permanence ».
Uber Eats, interrogé par l’AFP, conteste « les conclusions de ce rapport dont la méthodologie repose sur un nombre limité de témoignages », et dans les seules villes de Paris et Bordeaux alors que la plateforme est présente dans 538 agglomérations.
En outre, cette enquête « méconnaît la base même de l’activité de livraison de repas, une activité complémentaire qui ne s’exerce que lorsque les clients passent à table », estime Uber Eats, pour qui le temps de connexion n’est pas assimilable au temps de travail, comme pour d’autres professions indépendantes.
Interrogés par ailleurs par Médecins du Monde sur leur santé, les livreurs évoquent douleurs au dos, aux épaules, poignets, mains, genoux, troubles urinaires en raison d’un manque d’accès aux toilettes, mais aussi fatigue chronique, anxiété, dépression.
Plus de la moitié affirment avoir déjà eu un accident. Parmi eux, 78% rapportent avoir été blessés.
Or, seuls 68% des livreurs ont une couverture santé, et beaucoup renoncent aux soins à cause de « problèmes de papiers » ou pour des raisons économiques, se désole l’ONG.
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