Face à une situation de harcèlement, physique ou en ligne, un quart des victimes mineures se tourne vers l’intelligence artificielle pour chercher conseils et soutien, au risque de se substituer au dialogue avec les parents, selon un sondage publié jeudi par l’association e-Enfance.
Lorsqu’ils ont eu recours à l’IA, 83 % estiment que cela leur a permis de réduire ou de résoudre leur problème, selon cette étude, financée par la Caisse d’Epargne.
Mais ce résultat, en apparence positif, traduit surtout « une forme de réconfort et d’apaisement très momentané », estime auprès de l’AFP Samuel Comblez, psychologue et directeur général adjoint de l’association e-Enfance, qui répond au 3018, numéro national pour les victimes de violences numériques.
Disponible 24h/24, l’IA peut apporter « une réponse immédiate » et peut être utile pour des jeunes parfois exposés aux idées suicidaires, mais elle « ne va pas s’assurer que le gamin est vraiment protégé », à la différence d’un parent ou d’un professionnel de santé, souligne-t-il.
Samuel Comblez met notamment en garde contre le risque que les adolescents se tournent vers l’IA « non pas pour demander des conseils, mais pour en faire une espèce de confident », ce qui pourrait, selon lui, favoriser leur enfermement.
Les victimes qui ont sollicité l’IA se confient d’ailleurs moins à leurs parents (56 %) que celles qui n’y ont pas eu recours (75 %), pointe l’enquête.
Pour les jeunes, « l’avantage de l’IA, c’est qu’on peut tout lui dire », rapporte Samuel Comblez. Ils redoutent notamment qu’une confidence à leurs parents entraîne des situations « qui leur échappent », voire des représailles de leurs harceleurs après un signalement auprès du chef d’établissement.
Plus largement, l’intelligence artificielle occupe une place de plus en plus dominante dans la vie des mineurs, avec 74 % des collégiens et lycéens qui déclarent l’utiliser, soit 10 points de plus qu’en 2025, notent les auteurs.
« Il faut vivre avec son temps et faire de l’IA un outil protecteur et pas uniquement un ennemi dont il faut avoir peur », souligne le psychologue.
L’IA peut notamment être utile aux jeunes pour « trouver les mots, se rendre compte de la réaction de l’intelligence artificielle et pouvoir après imaginer le dire à leurs parents », estime-t-il.
Mais il faut « continuer la prévention » pour leur expliquer qu’une IA n’est « pas capable d’entendre des silences, de regarder évidemment le visage, d’écouter l’intonation », comme le ferait un professionnel de santé, explique-t-il.
Cette étude a été réalisée par Internet en septembre par l’institut Georges auprès d’un échantillon de 1.612 binômes parent-enfant de la même famille.
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