Inventeur de génie, sociopathe ou commercial d’exception: Elon Musk fait l’objet d’un documentaire présenté en avant-première mardi à la Mostra de Venise pour essayer de comprendre la personnalité du milliardaire, dont l’influence n’a pas d’égal dans le monde des affaires et de la politique.
Durant 3h45, le film, présenté hors compétition et produit par HBO, ambitionne de retracer toute l’histoire de l’homme qui promet de coloniser Mars, et dont le réalisateur Alex Gibney a voulu révéler « l’invraisemblance du récit ».
« J’ai voulu comprendre à quel jeu il jouait », explique au début de son long-métrage cette figure du cinéma documentaire américain oscarisée en 2008 pour son film « Un taxi pour l’enfer », sur un chauffeur afghan battu à mort par l’armée américaine sur la base aérienne de Bagram.
Alex Gibney a déjà consacré plusieurs films à des personnalités puissantes et controversées, comme les dirigeants derrière le scandale de la compagnie d’énergie américaine Enron au début des années 2000 ou bien l’ancienne patronne de Theranos, Elizabeth Holmes, condamnée à 11 ans de prison pour fraude.
« Son histoire est celle d’un vieux vin dans une bouteille neuve. Au fond, c’est l’histoire d’un bonimenteur, d’un promoteur boursier sans scrupule », a déclaré le réalisateur lors d’une conférence de presse à Venise.
Pour Gibney, les ambitions initialement louables d’Elon Musk, devenu l’homme le plus riche du monde, se sont progressivement trouvées perverties par ce qu’il qualifie de « corruption au service d’une cause jugée noble ».
– Corruption –
« Ma cause est noble et donc, dans cette perspective, je suis prêt à faire tout ce qui est possible au nom de cette cause, la fin justifie les moyens », a-t-il ajouté.
« Cela a mené à un genre de corruption qui a ensuite permis l’élection d’un président des Etats-Unis dont le but affiché est: +brûlez tout, forez à tout va+, autrement dit, détruire la planète », a-t-il souligné.
Le film retrace l’ascension fulgurante de Musk, depuis ses débuts dans la Silicon Valley et ses innovations audacieuses chez SpaceX et Tesla jusqu’à son rapprochement actuel avec des dirigeants d’extrême droite à travers le monde.
« On ne saurait trop insister sur cet aspect pragmatique et de capitalisme de copinage qui caractérise ses objectifs politiques », a encore estimé Alex Gibney.
Le film met en lumière les promesses ambitieuses de Musk qui peinent à se concrétiser, qu’il s’agisse des limites dangereuses de la très médiatisée technologie « Autopilot » de Tesla, impliquée dans plusieurs accidents mortels, ou des engagements visant à réduire les coûts au sein du Département de l’efficacité gouvernementale (DOGE), qui se sont traduits par l’arrêt de programmes vitaux dans le monde entier.
Elon Musk a qualifié le film de « complètement à charge » quand Gibney l’a contacté pour une interview, qu’il a toujours refusée.
– Musk et les femmes –
Une partie du documentaire est également consacrée à la vie privée d’Elon Musk, qui est le père d’au moins 14 enfants de plusieurs femmes différentes, dont certaines apparaissent à l’écran.
« On dirait presque une chaîne de montage désormais », plaisante Justine, la première épouse de Musk, à propos de sa progéniture toujours plus nombreuse.
Ashley St. Clair, une ancienne influenceuse conservatrice proche des sphères d’influence trumpiste et ex-petite amie de Musk, avec qui elle a eu un enfant, a déclaré qu’elle avait rejeté une offre de 40 millions de dollars de la part du milliardaire pour ne pas s’exprimer dans le film.
Elle a déclaré mardi regretter d’avoir contribué à la promotion de la droite américaine, estimant qu’une forme de « brouillard d’ignorance » avait influencé sa décision.
« Mais cette ignorance n’excuse en rien le rôle que j’ai pu jouer dans tout cela. Et j’espère que les risques que je prends aujourd’hui en prenant la parole et en essayant de riposter permettront au moins de réparer un peu les choses », a-t-elle souligné.
« Je pense sincèrement qu’il alimente délibérément les divisions, avec des conséquences qui pourraient s’avérer catastrophiques si rien n’est fait pour l’encadrer ou le contenir », a-t-elle complété.
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