La banque publique d’investissement (Bpifrance) est-elle un acteur financier comme les autres? La question est régulièrement mise sur la table depuis la création en 2013 de l’institution, accusée de ne pas en faire assez pour soutenir l’industrie, mais qui assume des objectifs de rentabilité.
« Banque privée classique », visant le rendement et la performance financière, ou « bras armé de l’Etat avec des missions d’intérêt général »? La députée LFI Aurélie Trouvé, a posé en ces termes l’équation de Bpifrance jeudi, lors d’une audition à l’Assemblée de son directeur général Nicolas Dufourcq.
Seul dirigeant que l’institution a connu depuis sa création sous le quinquennat de François Hollande en 2013, M. Dufourcq était auditionné jeudi par la mission d’enquête parlementaire sur la « prédation des capacités productives par les fonds spéculatifs », dont Aurélie Trouvé est rapporteure.
« Manifestement avec votre nomination à tête de la banque publique, c’est la première ligne qui l’a emporté », a-t-elle asséné.
M. Dufourcq a jugé que le propos ne « correspond(ait) absolument pas à la réalité » de l’entité. « Aucune banque privée n’accepterait d’avoir un taux de création de valeur entre 5 et 6% » par an, a-t-il notamment plaidé.
Aurélie Trouvé avait auparavant expliqué à l’AFP qu’un certain nombre d’acteurs accusaient la banque publique de ne pas suffisamment soutenir les entreprises leur laissant « bien souvent pour seule alternative un fonds financier prédateur ».
Elle entend par là des acteurs financiers qui investissent dans des entreprises, notamment industrielles, pour en « aspirer un maximum de valeur », quitte à laisser salariés et usines sur le carreau.
Récemment, l’Etat a engagé des poursuites judiciaires contre le fonds Greybull, ancien propriétaire de l’aciériste Novasco, qu’il juge responsable de plus de 500 suppressions d’emplois.
Greybull, qui avait repris le métallurgiste en 2024, n’avait injecté que 1,5 million sur les 90 millions d’euros promis, tandis que l’Etat avait rempli globalement son engagement d’investir 85 millions.
Vendredi, c’est la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, qui avait déploré auprès de l’AFP le manque d’allant de la banque publique à soutenir un projet de Scop pour reprendre une partie des activités du chimiste Vencorex, baptisé Exalia.
Le tribunal des activités économiques (TAE) de Lyon avait rejeté fin mars ce projet porté par d’anciens salariés et des acteurs locaux, préférant céder le site à un ferrailleur. Le gros de l’activité avait été racheté un an plus tôt par un concurrent chinois, Wanhua.
– « Investir dans les entreprises rentables » –
A la sortie d’une réunion au ministère de l’Economie vendredi sur le sujet, les porteurs du projet s’étaient montrés plus optimistes, assurant avoir le soutien de l’ensemble des acteurs, syndicats de salariés ou patronaux, des collectivités, de Bpifrance ou encore de la Caisse des dépôts et consignations, pour qu’Exalia aille « au bout ».
« Depuis le début des actions de la banque, nous sommes guidés par une culture de la performance », a détaillé M. Dufourcq devant les parlementaires, avec une « création de valeur moyenne » annuelle de 5 à 6% et un investissement dans environ 3.300 entreprises depuis sa création.
Ces investissements nécessitent « un énorme métier de sélection et de discipline d’instruction », qui pousse la banque à n’investir que dans « un dossier sur quinze », selon M. Dufourcq jeudi.
Il a assumé ne pas faire de « retournement », quand des acteurs reprennent des entreprises en difficulté et essaient de les redresser, souvent au prix de potions amères, cessions d’actifs ou licenciements.
M. Dufourcq a en outre plaidé qu' »investir dans les entreprises rentables » permettait à la banque publique de dégager les revenus nécessaires pour financer d’autres investissements, dans des jeunes pousses au modèle économique beaucoup plus risqué par exemple.
Ces débats interviennent alors que la réindustrialisation de la France, objectif de tous les gouvernements depuis une dizaine d’année après des décennies de désindustrialisation, donne des signes de ralentissement.
Sans soutien à la création d’entreprises ou de sites industriels, « ce serait de nouveau le toboggan » des fermetures en Europe, et notamment en France, estimait M. Dufourcq début mars, soulignant la mobilisation de « tous les acteurs ».
La banque revendique avoir au total « mobilisé 7,95 milliards d’euros » en 2025 pour soutenir 12.100 entreprises industrielles, et recensé 245 inaugurations de sites industriels en 2025, pour 244 fermetures.
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