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RÉSUMÉ
La renaturation et la désartificialisation des sols suscitent un vif intérêt auprès de nombreux acteurs pour faire face aux enjeux de biodiversité et climat. Toutefois une approche ne visant que la productivité des sols risque de négliger la biodiversité déjà installée sur ces friches et espaces dégradés. Cet article présente une démarche frugale de la renaturation qui s’appuie sur les espèces présentes et potentielles (adaptées aux milieux atypiques), les dynamiques spontanées, le maintien des sols et l’adaptation aux contraintes locales. Les exemples du Nord et Pas-de-Calais montrent l’intérêt de valoriser la spécificité des terrils, carrières et sablières plutôt que de céder au « tout boisement ». La recréation de sols via des terres excavées doit rester adaptée aux objectifs du projet.
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Guillaume LEMOINE : Écologue, chargé de développement foncier et référent biodiversité, membre du CST du Centre de ressources Génie écologique de l’OFB et du CSTI du Rnest - ECT Villeneuve-sous-Dammartin (77) et Givenchy-en-Gohelle (62), France
INTRODUCTION
Le dérèglement climatique et l’érosion de la biodiversité sont des enjeux majeurs auxquels la planète et les sociétés qui la peuplent sont confrontées. De nombreux experts lient désormais urgence climatique et effondrement de la biodiversité. Car il s’agit doublement de sauver la nature pour elle-même et de conserver un milieu de vie et de ressources permettant le maintien et l’épanouissement des populations humaines.
La bonne santé des écosystèmes et des sols, leur bon état de conservation garantissent une ressource en eau abondante et de qualité, des terres fertiles et des espaces naturels. En Europe tempérée, les écosystèmes fortement végétalisés assurent de nombreuses fonctions, notamment celles régulatrices du climat et permettent de lutter contre son dérèglement, grâce à l’évapotranspiration, l’alimentation des aquifères, le tamponnement des eaux de surface, le recyclage et stockage du carbone dans le bois et les sols. Dans une certaine mesure, c’est la végétation qui fait le climat et non le climat qui fait la végétation.
Les fonctions écologiques des écosystèmes, lorsque l’homme en tire des bénéfices, deviennent alors des services écosystémiques (des services rendus). Ces services sont de l’ordre de la production (matières premières, eau potable, alimentation, textile, bois, biomasse, énergie), de la régulation (lutte contre les inondations, les sécheresses, les ravageurs…) ou de la culture (lieux de promenade et randonnée, découverte de la nature, sport, art, bien-être, culture, spiritualité, religion, pêche…). Préserver et restaurer les écosystèmes apparaît comme un moyen incontournable pour garder nos espaces de production et éviter les inégalités territoriales, donc à terme éviter les tensions géopolitiques entre pays, régions ou communautés d’acteurs et d’habitants d’un même territoire ; et les migrations massives de populations vers des espaces fertiles lorsque leurs lieux initiaux de vie seront des espaces « improductifs », des déserts ou sous les eaux. Il convient de pouvoir intervenir à toutes les échelles et quels que soient nos domaines de compétence.
C’est pourquoi, avant d’aborder la question de la renaturation, il est important de rappeler l’importance de la préservation de l’existant : éviter de détruire avant de penser à réparer, à renaturer ou à compenser. Les interventions doivent s’inscrire dans l’application de la séquence ERC-R ou ERC-A, (éviter, réduire et compenser, voire renoncer ou accompagner) quel que soit le type d’actions et d’impacts. La réalisation d’un inventaire naturaliste sur un minimum d’une année (inventaire quatre saisons) est un préalable indispensable avant toutes interventions, afin d’avoir une bonne connaissance de la richesse et de la sensibilité du milieu, appréhender les contraintes réglementaires comme l’interdiction de détruire des espèces protégées et leurs habitats, sauf en cas de RIIPM (raison impérative d’intérêt public majeur) et déterminer les potentialités du milieux et les objectifs (habitats, milieux, faune, flore, fonge…) que l’on souhaite avoir pour une renaturation efficace et efficiente.
Pour ralentir le changement climatique, la nécessité de réduire la consommation d’énergies fossiles et la production des gaz à effet de serre (GES) doit s’accompagner d’actions de renaturation et de vastes opérations de boisement (bocage, agroforesterie, boisement en plein) car seule la végétation et notamment celle arborée produit abondamment de la vapeur d’eau et stocke efficacement et sans coût du CO2. À côté d’une logique de boisement des espaces disponibles, la renaturation d’espaces artificialisés, en déshérence, modifiés ou dénaturés, complète les possibilités d’actions.
En France, la renaturation est au cœur de l’actualité des politiques foncières et d’aménagement du territoire. La loi du 20 juillet 2023 (loi n° 2023-630) visant à faciliter la mise en œuvre des objectifs de lutte contre l’artificialisation des sols et à renforcer l’accompagnement des élus locaux, propose que les démarches de renaturation des espaces urbains et construits soient comptabilisées dans les comptes fonciers (cf. nota). Précisons que le terme de « renaturation » peut être utilisé de diverses manières et que chaque « communauté » et groupe d’experts (écologues, urbanistes, géographes, paysagistes ou agronomes) lui apporte sa propre définition. Ici la « renaturation » est prise au sens « écologique » (restauration des écosystèmes) et pas au sens du ZAN (zéro artificialisation nette) qui est ainsi rentré dans la loi, et qui ne concerne que l'approche des urbanistes et la « qualité des sols ».
le 5° du III de l’article 194 de la loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 précitée est complété par une phrase ainsi rédigée : « Sur ce même territoire, la transformation effective d’espaces urbanisés ou construits en espaces naturels, agricoles et forestiers du fait d’une renaturation peut être comptabilisée en déduction de cette consommation ».
La renaturation des milieux créés par les activités industrielles humaines pose néanmoins des enjeux spécifiques qui intègrent les contraintes de renaturation de sols « naturellement pauvres » ou de celles des anthroposols. En effet, la très grande diversité des formations superficielles naturelles ou anthropogéniques (sols « industriels ») issues des activités extractives telles que les terrils miniers, les carrières de roches massives, les sablières ou gravières ou qui se développent sur des sols « naturellement » pauvres des espaces dunaires, des landes acides ou coteaux calcaires abritent de très riches habitats « naturels » et habitats d’espèces. D’un autre côté, les anthroposols (remblais, sols de friches, parkings abandonnés, de gare de triage…) peuvent eux aussi offrir de belles contraintes édaphiques par leurs carences en éléments fertilisants, et leur caractère très drainant ou à l’inverse très compact. Ces sols imposent des conditions de vie très difficiles et sélectionnent une faune, une flore et une fonge sténotopes et souvent patrimoniales. Les contraintes édaphiques génèrent ainsi de la biodiversité.
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4. Glossaire
Édaphique
Dimension pédologique du milieu qui intègre l’expression de la biodiversité.
Fonge
Règne des champignons.
Espèce sténotope
Espèce spécialisée caractéristique de milieux particuliers, qui présente une faible tolérance aux variations écologiques.
Haldes calaminaires
Dépôts industriels métallurgiques de matériaux riches en métaux lourds (plomb, zinc, cadmium).
Fauvettes paludicoles
Ensemble des passereaux migrateurs inféodés aux marais et à leurs ceintures de roseaux.
Pelouse bryo-lichénique
Végétation rase composée majoritairement de mousses, lichens et cladonies.
Espèces xéro-thermophiles
Espèces typiques des zones sèches et qui accumulent de la chaleur.
Herpétofaune
Groupe de vertébrés qui regroupe les amphibiens et les reptiles.
Milieu oligotrophe
Milieu pauvre ou carencé en fertilisants et matière organique.
Sabulicole
Qui vit dans le sable.
Espèce psammophile
Espèce typique des milieux sablonneux.
Andain
Tas de terre linéaires de faible épaisseur. Dans les domaines agricole et forestier les andains sont les alignements d’herbes coupées (pour la récolte du foin) ou de branches.
Au moment où nous bouclons la mise en page de ce texte, le Journal officiel du 22 février 2026 donne diverses définitions relatives au vocabulaire de la « nature en ville ». Les concepts sont ainsi fixés avec des définitions administratives de référence, visent à harmoniser les équivalents français et étrangers, et s’imposent aux administrations.
Renaturation
Ensemble d’actions qui visent à remettre en état un écosystème altéré ou à remplacer un écosystème détruit, de façon à obtenir un écosystème favorable à la biodiversité.
Revégétalisation
Reconstitution d’une couverture végétale sur un terrain partiellement ou totalement dénudé.
Aménités
Ensemble des caractéristiques naturelles et patrimoniales, ainsi que des services marchands ou non marchands disponibles sur un territoire, qui participent à la qualité du cadre de vie de ses habitants et renforcent son attractivité.
Descellement...
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BIBLIOGRAPHIE
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(1) - LEMOINE (G.) - Le cas particulier des friches : reconvertir sans évincer la biodiversité. - in BORGARELLI (T.), LUCIOL (L.), FELTEN (M.), GRAND (C.), LEMOINE (G.), MARECHAL (J.), MARIE (X.), PENNONT (C.) & THEVENIN (P.-A.), Sols vivants : alternatives à l’artificialisation des sols et réhabilitation des sols dégradés, LPO éditeur, p. 47-52 (2022).
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(2) - LEMOINE (G.) - De l’importance des pelouses calaminaires d’Auby et notamment du parc Péru. - Bulletin de la Société de botanique du Nord de la France, 65(1-4), p. 51-58 (2013).
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(3) - LEMOINE (G.) - Intérêt, gestion, protection et valorisation des terrils miniers dans le Nord-Pas-de-Calais. - Annales de la Société Géologique du Nord, T 19, p. 23-27 ( 2012).
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(4) - LEMOINE (G.) - Carrières, perturbations et ruptures écologiques. - Bulletin de la Société Botanique du Nord, 68(1-2) : p. 9-20 (2015).
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(5) - LEMOINE (G.) - La prise en compte des Hyménoptères...
DANS NOS BASES DOCUMENTAIRES
ANNEXES
(liste non exhaustive)
Loi n° 2023-630 du 20 juillet 2023 visant à faciliter la mise en œuvre des objectifs de lutte contre l’artificialisation des sols et à renforcer l’accompagnement des élus locaux (JORF du 21 juillet 2023), dite loi ZAN.
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