La France décarbone son territoire, mais continue d'importer une part croissante des émissions liées à sa consommation. Tel est le constat d'une étude de Rexecode qui montre que les émissions importées représentent aujourd'hui plus de la moitié de l'empreinte nationale. Cette situation s'explique notamment par des décennies de désindustrialisation.
La France affiche des résultats encourageants dans la réduction de ses émissions de gaz à effet de serre. Depuis 1990, celles émises sur le territoire national ont reculé d’un tiers, grâce notamment à un mix électrique largement décarboné et à des gains d’efficacité énergétique. Mais ce bilan masque une réalité moins favorable, puisqu’une part croissante de l’empreinte carbone nationale est désormais générée hors des frontières.
C’est le principal enseignement d’une étude publiée par Rexecode, qui met en lumière le poids des émissions importées, c’est-à-dire celles produites à l’étranger pour fabriquer les biens et les services consommés en France. En 2024, elles représentent 284 MtCO₂e (Millions de tonnes équivalent CO₂) sur une empreinte carbone totale de 563 MtCO₂e. Depuis 2010, les émissions territoriales ont diminué de 26 %, tandis que celles importées n’ont reculé que de 7,5 %. Cette évolution explique pourquoi leur poids est passé de 45 % à 51 % de l’empreinte carbone totale.
Cette situation s’explique entre autres par plusieurs décennies de désindustrialisation. La France importe désormais une part importante des biens qu’elle consomme, transférant à l’étranger une partie des émissions liées à leur production sans pour autant réduire leur impact climatique global. L’empreinte carbone permet précisément de mesurer ce phénomène, qualifié de fuite de carbone, que les seuls inventaires territoriaux ne prennent pas en compte.
L’étude met également en évidence de fortes disparités selon les pays fournisseurs. Si l’Union européenne hors Allemagne représente 43 % des importations françaises en valeur, elle ne génère que 20 % des émissions importées. À l’inverse, la Chine concentre seulement 5 % de la valeur des importations, mais 13 % des émissions importées. En moyenne, un euro de produits importés de Chine émet ainsi 5,5 fois plus de CO₂ qu’un euro importé du reste de l’Union européenne (hors Allemagne).
Plus de la moitié de ces émissions liées aux importations concernent les produits manufacturés, incluant les produits chimiques, la métallurgie, les denrées alimentaires ou encore les équipements électriques. Puis viennent celles issues des industries extractives : produits pétroliers, gaz et minerais.
Le revers de la transition énergétique
La Chine constitue un cas particulièrement emblématique. Depuis 2017, les importations de biens nécessaires à la transition énergétique (batteries, véhicules électriques, panneaux photovoltaïques et pompes à chaleur) ont fortement progressé. Selon les estimations de Rexecode, ces émissions générées en Chine pour produire ces seuls équipements correspondent à près de 60 % de la baisse annuelle moyenne des émissions territoriales françaises observée depuis 2010, soit près de 6 MtCO₂e.
Pour les auteurs, cette situation illustre un paradoxe de la transition énergétique. Les politiques publiques soutiennent la demande de technologies bas carbone mais, faute d’une production nationale suffisante, une part importante de la valeur ajoutée comme des émissions associées est transférée à l’industrie chinoise.
L’étude révèle que la production française de la quasi-totalité des produits manufacturés analysés présente une intensité carbone inférieure à celle des biens importés. Pondérée par le panier réel des importations, la fabrication en France émettrait en moyenne 56 % de CO₂ de moins par euro produit. Une substitution généralisée des importations manufacturières par une production nationale pourrait, selon les estimations des auteurs, réduire les émissions mondiales de plus de 100 MtCO₂e, malgré une hausse des émissions territoriales françaises liée au retour de l’activité industrielle.
À plus long terme, les projections apparaissent préoccupantes. Si les tendances observées depuis 2010 se poursuivent, les émissions importées atteindraient encore près de 242 MtCO₂e en 2050. Un niveau largement supérieur à la cible implicite fixée par la troisième Stratégie nationale bas carbone, qui prévoit de les ramener entre 82 et 135 MtCO₂e.
Pour éviter cet écart, Rexecode préconise de mettre en place un tableau de bord pour suivre les émissions importées par catégorie de produits et par origine géographique. Il recommande également d’adapter le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, qui ne couvre actuellement que 6 % des émissions importées. Enfin, il conseille de renforcer les politiques de réindustrialisation dans les secteurs où les gains climatiques seraient les plus importants, pour réduire simultanément l’empreinte carbone et la dépendance industrielle de la France.






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