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Décryptage

Espagne : Les énergies renouvelables atteignent la parité réseau

Posté le par Xavier Lula dans Énergie

C’est une petite révolution énergétique qui est en train de se dérouler en Espagne. Après quatre ans de moratoire sur les énergies renouvelables imposé par le gouvernement conservateur (PP), ce dernier a annoncé un 2ème appel d’offres Enr après celui organisé en janvier. Un virage à 180° qui s’explique par la baisse sensible des coûts des énergies renouvelables qui n’ont plus besoin d’être subventionnées. Elles ont atteint la « parité réseau ».

La surprise a été totale pour les grands électriciens espagnols. Alors que le gouvernement de Mariano Rajoy a drastiquement réduit les soutiens financiers aux énergies renouvelables, le voilà qui organise deux appels d’offres en un an, cumulant 2 700 MW (l’équivalent de 3 réacteurs nucléaires de G2). Sur les 93 000 kTep de consommation énergétique, seuls 16 000 kTep étaient issus de productions renouvelables (soit 17,2%). L’Espagne risque fort de ne pas atteindre l’objectif européen des 20% d’Enr en 2020. Le parti conservateur a donc décidé d’inciter à la construction de centrales éoliennes, photovoltaïques et biomasses pour relever le niveau, mais surtout car les énergies renouvelables n’ont jamais été aussi bon marché en Espagne.

Parité réseau

Le premier appel d’offres de janvier a été une véritable surprise. Avec cinq fois plus d’offres que de capacité allouée pour l’éolien, la concurrence a été sauvage. A tel point que le système d’enchère inversée mise en place par le gouvernement a marché à plein. Il consiste grossièrement à faire proposer par les candidats le montant de la subvention qu’ils estiment devoir percevoir pour être rentable. Les dossiers sont classés en fonction de leurs coûts pour le système et les moins coûteux sont choisis. La concurrence a été telle que la plupart des lauréats ont proposé une subvention de … 0€. En clair, ces installations seront rémunérées uniquement grâce au marché spot de l’électricité, confirmant la parité réseau de l’éolien et du PV.

L’ovni Forestalia

Avec ses 300 MW éoliens (sur 500 MW attribués) et ses 108,5 MW de biomasse (sur 500 MW attribués) gagnés lors de l’appel d’offre de janvier, Forestalia a fait une entrée tonitruante sur la scène espagnole des énergies renouvelables. Présidée par Fernando Samper, la compagnie est née en 2011 du groupe Jorge, contrôlé par ses frères, spécialisé dans le secteur de la viande, et particulièrement « dans la branche porcine depuis 75 ans », indique le site du groupe espagnol.

En remportant à elle seule la moitié de l’appel d’offres, et ce alors qu’elle n’a quasiment aucune expérience, la compagnie n’a pas fait dans la dentelle : elle a littéralement imposé la parité réseau en Espagne. Et ce, avec des méthodes peu conventionnelles : au lendemain de sa large victoire, la société a lancé un appel aux fonds d’investissements et autres acteurs pour construire les parcs remportés, laissant les grands noms du secteur totalement ahuris par une telle manœuvre.

Reste à savoir si Forestalia compte réitérer son « coup » cet automne, et comment ses concurrents, parmi les plus grands groupes côtés sur les Bourses européennes, vont se défendre face à ce nouvel acteur, non-conventionnel.

Romain Chicheportiche

Pour aller plus loin

Posté le par Xavier Lula

Les derniers commentaires

  • Le parc électro-nucléaire français est assisté d’outils de flexibilité (dont les échanges électriques trans-nationaux, les STEP, les éclusées et bientôt les batteries) et de back-up (dont les centrales thermiques à flamme et les lacs de barrage). En effet la demande est fluctuante, alors que la production électro-nucléaire est peu flexible. Par conséquent il serait absurde, dans un calcul de coût, de n’intégrer ces outils que dans le cas d’un mix électrique à forte teneur en EnR fluctuantes.

    Le solaire PV et l’éolien ont dès à présent un LCOE très inférieur à celui du nouveau nucléaire. D’ailleurs l’ADEME, dans son rapport sur le 100% EnR (http://www.territoires-energie-positive.fr/actualites/chassez-un-scenario-100-renouvelables-il-revient-au-galop), a montré qu’un mix à haute teneur en EnR sera meilleur marché qu’un mix conservant une forte part de nucléaire (http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/04/09/une-france-avec-100-d-electricite-renouvelable-pas-plus-couteux-que-le-nucleaire_4613278_3244.html).

    Ce qui est en train de se passer en Espagne est très instructif: après une phase où les EnR ont été fortement subventionnées (phase critiquée par des personnes sans vision d’avenir et qui n’ont pas compris que ces aides significatives ont contribué a créer un marché et à faire baisser les coûts de ces technologies), les EnR sont à présent tellement bon marché qu’elles n’ont plus besoin d’être subventionnées dans un nombre croissant de régions de la planète, dont le Chili et l’Espagne.

    Le concept de « parité réseau » n’a en réalité pas beaucoup d’intérêt dans l’absolu (sauf dans le cas d’installations où le consommateur est aussi producteur, comme par exemple avec une maison individuelle équipée de panneaux PV). Dans le cas présent il semble qu’il ne s’agisse pas de parité réseau au sens strict (le tarif réseau servant de référence pour cette « parité » intègre non seulement le coût de production mais aussi le coût du transport-distribution de l’électricité + taxes, en France c’est du environ 1/3 + 1/3 + 1/3) mais simplement de compétitivité sur le marché spot (http://www.cre.fr/marches/marche-de-gros/marche-de-l-electricite). On peut aussi parler dans ce cas là de « parité réseau », mais cela relève d’un abus de langage.

    Par conséquent il est possible que Jean F. ait partiellement raison quand il écrit « c’est complètement faux » …Mais pas pour les raisons qu’il évoque. Le « complètement » est en revanche exagéré. Tant sur le fond que sur la forme.

  • C’est complétement faux.

    La parité réseau pour des ENR aléatoires doit se calculer avec leur backing pour garantir la puissance à tout moment sur appel du GRT.

    Et lorsque l’on fait ce genre de calcul avec des éoliennes dont le facteur de charge est de 23 %, on voit vite que la parité réseau n’est pas pour demain.


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