Des robots-pompiers, des puces d’inférence pour l’IA, des petits réacteurs nucléaires, des ordinateurs quantiques fabriqués en France. Le programme French Tech 2030 a présenté sa nouvelle promotion. Elle distingue 80 entreprises. Reste à pérenniser ces projets sur le sol français…
Lancé en 2023 pour compléter France 2030, le programme French Tech 2030 traduit une évolution nette : passer d’une logique de subvention à l’innovation à une politique de sélection et de pilotage des filières.
La French Tech 2030 est comme toujours organisée en secteurs clés : intelligence artificielle, spatial, quantique, cybersécurité, robotique, semi-conducteurs, santé, énergie et décarbonation. Des secteurs dynamiques puisque la Mission French Tech a reçu près de 200 candidatures.
Quels sont les enjeux sociotechniques pour les secteurs clés de la French Tech 2030 ?
Le secteur spatial est le plus représenté avec 13 entreprises, suivi par l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs et la santé (11 chacune). La cybersécurité et l’énergie-décarbonation comptent 10 lauréats, la robotique en a huit, et le quantique en a six. On constate aussi une concentration de l’écosystème sur trois pôles principaux, Grenoble, Toulouse, Paris-Saclay.
Ces projets se divisent en plusieurs catégories. Certains visent à renforcer l’infrastructure numérique, comme ceux qui permettent de faire fonctionner des modèles d’IA sur différents types de puces ou qui proposent des processeurs IA plus économes en énergie comme VSORA.
D’autres se concentrent sur la sécurisation des ressources, par exemple en récupérant des métaux précieux à partir de déchets industriels ou en développant des matériaux pour remplacer les terres rares. C’est le cas de Mecaware qui récupère lithium, nickel et cobalt dans les rebuts de gigafactories et les batteries usagées.
Dans le domaine de l’énergie, des petits réacteurs nucléaires couplés à du stockage sont à l’étude. La protection est un autre axe important, notamment pour faire face aux futures menaces quantiques sur le chiffrement des données (c’est l’objectif de CryptoNext Security).
Enfin, certains projets sont directement orientés vers les utilisateurs, comme les implants médicaux pour la reconstruction mammaire (Lattice Medical pour la reconstruction mammaire après un cancer).
Tous ces projets ont un point commun : leur lien avec la recherche publique. Les lauréats revendiquent un nombre important de brevets et prévoient des investissements majeurs en recherche et développement, avec une forte proportion issue de la collaboration avec le secteur public.
Les entreprises sélectionnées bénéficieront d’un accompagnement pendant un an. Cet accompagnement, principalement non financier, leur donnera un accès direct aux administrations et à leurs partenaires. La Mission French Tech mettra en place plus de 250 actions de suivi par mois. Les heureux élus seront aidés pour simplifier leurs démarches administratives et construire leur plan de financement. Elles seront également sensibilisées aux enjeux de souveraineté, de cybersécurité et de propriété intellectuelle.
Aucun financement attribué n’existe spécifiquement à cette promotion. Les montants annoncés de 1,5 milliard d’euros correspondent aux fonds déjà levés par ces entreprises. Les financements publics proviennent d’autres dispositifs, comme le plan France 2030 ou le Conseil européen de l’innovation.
Une nouveauté cette année est l’accès à un levier réglementaire. Un guichet spécifique a été ouvert pour aider les projets Deeptech bloqués par des normes, proposant des solutions allant de l’application du droit existant à des dérogations expérimentales, voire à une évolution des règles.
Le but de ce programme est double. Tout d’abord, retenir ces pépites pour qu’elles ne partent pas à l’étranger ou qu’elles soient acquises par des géants de la tech. Tout le monde de la French Tech a encore en mémoire l’acquisition de Hugging Face (plateforme en ligne largement utilisée pour l’hébergement, la gestion et le partage de code source) par Nvidia.
Second objectif : agir pour que les solutions soient conçues et produites en France.
Comparé à la première promotion en 2023, le programme s’est resserré sur des thèmes comme l’autonomie stratégique dans des domaines clés comme les composants, les métaux critiques, le nucléaire ou la cryptographie post-quantique. L’État se positionne aussi comme un client potentiel, avec des exemples de déploiements de solutions auprès des forces de l’ordre.
Mais, il reste l’essentiel : l’argent. Les dépenses en R&D de ces lauréats sont supérieures à leur chiffre d’affaires prévu. Le succès de cette promotion sera mesuré par la concrétisation de projets industriels et la signature de commandes, plutôt que par le nombre de lauréats.






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