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Lanceurs, satellites, services : l’appétent nouveau marché du spatial

Posté le par Xavier Lula dans Espace

Aussi miniatures soient-ils, les nanosatellites en constellation chargés dans les nouveaux petits lanceurs sur les pas de tirs du monde entier représentent un marché de quelque 25 milliards de dollars dans les 10 prochaines années*.

La semaine dernière, le Toulouse Space Show a transformé la ville rose en vitrine internationale des nouvelles tendances du marché spatial : technologies de rupture, nouveaux modèles économiques, avènement de l’ère des petits satellites. Un événement dont le succès ne se dément pas au fil des ans. De quelques centaines de participants en 2008, le salon est désormais international et a accueilli cette année plus de 3000 professionnels de 46 pays avec une vitrine de plus de 350 exposants. Et si vous doutiez que les visiteurs viennent pour le commerce : 2000 rendez-vous d’affaires entre 280 entreprises ont été organisés.

Les nouvelles fonctions de l’espace

L’avènement des petits satellites est couplée aux nouvelles fonctions de l’espace :

Et avec à la clé, une montagne de données à haute valeur ajoutée à offrir sur le marché du Big Data.

Des constellations jetables

Ces fonctions économiques sont assurées par des acteurs privés qui sont donc en train de modifier profondément les règles et les conditions d’accès à l’espace. Et cela passe par l’avènement des petits satellites que l’on envoie en constellation au coût réduit (quelques dizaines de milliers d’euros contre plusieurs dizaines de millions pour un satellite classique), à la production en série mais aussi à la durée de vie plus courte, presque conçus comme des objets de grande consommation (durée de vie de l’ordre de 5 ans contre 10-20 ans pour un satellite classique). L’espace devient dès lors accessible à des acteurs privés, sans forcément une intervention des institutions et des pouvoirs publics.

Des technologies en développement

La miniaturisation des satellites est donc en marche. Elle s’accompagne du développement de nouvelles technologies pour assurer toutes les fonctions de ces nouveaux satellites : propulsion, plateforme, alimentation, communication, allongement de la durée de vie etc. qui sont autant de niches où des centaines de start-up tentent leur chance. Pas moins de 60 étaient représentées à Toulouse sur le « Startup Village ». Des jeunes pousses qui ont elles aussi déjà compris qu’elles pouvaient s’associer pour avoir plus de force. Le pôle de compétititvité Aerospace Valley a constitué en mars dernier un groupement, le Newspace Factory qui réunit des PME et des start-up telles que Comat (spécialiste de la micropropulsion électrique), Nexeya ( fournisseurs de plusieurs composants de satellites qui a lancé sa propre gamme de nanosatellites), Syntony (localisation, navigation) ou encore Mecano-ID (structure en matériaux composites)… pour chercher en bande organisée des contrats à l’exportation. Mais les grands acteurs du secteur sont eux aussi déjà bien investis. Sous la forme de consortium, ou par la création de nouvelles structures chacun y va de son projet de constellations et de chaînes de fabrication de petits satellites. De OneWeb (Airbus, Qualcomm et SoftBank) à Starlink (SpaceX) pour l’Internet à LeoStella (Thales Alenia Space + Spaceflight Industries) pour des micro satellites à haute résolution en imagerie et géo-intelligence… Sans compter que ces groupements industriels s’associent à de nouvelles sociétés de services, créant un marché émergent puissant dont l’une des entreprises modèles est Planet dont la constellation de 200 satellites fournit des données à tous les secteurs économiques (agriculture, urbanisme, collectivités, défense, énergie etc.).

Petits lanceurs deviendront grands

Et pour mettre tout ça en orbite, plusieurs sociétés se sont lançées dans la course à la petite fusée. On ne présente plus les nouveaux comme Blue Origin ou Space X qui est passé en 5 ans d’un statut de petit poucet excentrique à l’un des concurrents les plus scrutés du marché des lancements. Mais de multiples autres petites entreprises tentent leur chance : Virgin Galactic, Vector Space System, Firefly aerospace (qui après avoir fermé ses portes fin 2016 est re-née de ses cendres en Ukraine) ou encore Rocket Lab. Ce dernier, pour un budget de moins de 200 millions d’euros a monté un site de lancement en Nouvelle-Zélande et développé un petit lanceur, Electron. Celui-ci a fini ses derniers essais en début d’année. Le premier lancement commercial qui devait avoir lieu fin juin a cependant été repoussé suite à une anomalie technique. Faisant passer la fenêtre de lancement de mai-juin au deuxième semestre 2018… Difficile de prédire ce que cette ébullition deviendra quand le marché se stabilisera.

L’Europe mise sur la fiabilité

Il serait faux de penser que l’Europe n’a pas pris la mesure de ces changements. Même si l’on peut déplorer un manque de volonté et de réactivité politique, l’ESA a lancé un programme de recherche et de soutien sur les nouveaux lanceurs dès 2003 (FLPP –  Future Launchers Preparatory Programme). Elle développe le programme Altair, et soutient des projets privés comme ceux de deux sociétés espagnoles : ZeroInfinity et son Bloostar et PLD Space et ses fusées réutilisables Arion 1 et 2 dont le premier vol d’essai est prévu en 2019 et qui a reçu une enveloppe de 2 millions d’euros de la Commission européenne début 2018 pour mener à bien son programme de développement.

En outre, sur un marché intermédiaire, Arianespace propose depuis 2012 les services du lanceur Vega. Bien que plus chers que certains concurrents Vega présente une fiabilité de 100 % depuis 6 ans et Luce Fabreguettes, vice-présidente d’Ariaespace en charge des missions témoignait au Figaro.fr en mars 2017 de l’intérêt du lanceur « depuis la mise en service de Vega, certains opérateurs conçoivent des plateformes calées sur les performances de notre petit lanceur, ce qui prouve que sa disponibilité crée un début de marché». Vega doit en outre évoluer pour passer à la version C dont le premier vol est programmé pour 2019.

Sophie Hoguin

* chiffre du NSR (Northern Sky research) dans son rapport 2018 concernant uniquement les lancements (pas les services) sur le marché des satellites et comprenant mini (-500kg), micro (-150kg) et nanosatellites (-10kg).

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Posté le par Xavier Lula


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