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Le GIEC appelle à agir tout de suite

Posté le par Stéphane SIGNORET dans Environnement

L’analyse de plus de 18 000 articles scientifiques par les spécialistes du GIEC a conduit à leur dernier rapport sur l’atténuation du changement climatique. Plus aucune attente n’est possible, les énergies fossiles doivent être arrêtées très rapidement, les énergies renouvelables déployées encore plus vite. Surtout, le GIEC pointe encore plus qu’avant la complémentarité entre efficacité et sobriété.

Dernier opus du GIEC, le nouveau rapport sur l’atténuation du changement climatique complète les deux précédents du 6e cycle d’évaluation de l’instance onusienne. Si le précédent avait été étouffé médiatiquement par le début de la guerre en Ukraine, celui-ci va probablement trouver plus d’écho.

Il confirme – comme si c’était encore nécessaire – que les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) dues aux activités humaines ont augmenté (voir encadré en bas de l’article), et ceci dans tous les secteurs. Les deux plus gros émetteurs, quand on prend en compte leurs consommations d’énergie, sont le secteur du bâtiment (34 %) et l’industrie (24 %). Les zones urbaines ont vu leur part augmenter en cinq ans, à cause de l’urbanisation, de la hausse de la population et de leur niveau de revenu. La tendance est à une baisse de l’intensité carbone (quantité de CO2 émise par la combustion des énergies fossiles et les process industriels par unité d’énergie primaire), mais le niveau depuis 2010 (-0,3 % par an) est 11 fois plus faible que ce qu’il faudrait pour limiter le réchauffement à 2°C (-3,5 %) et 25 fois pour le limiter à +1,5°C. Nous sommes donc plutôt sur la trajectoire d’un réchauffement autour de +3°C…

Face à ce terrible constat répété par le GIEC depuis longtemps et aux effets à venir du bouleversement climatique, les scientifiques tirent encore la sonnette d’alarme : « On ne peut pas attendre l’année prochaine, ni le mois prochain, ni demain, il faut agir dès aujourd’hui » ont lancé les représentants officiels du GIEC comme Jim Skea, co-directeur de ce rapport. Notamment, le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a affirmé que continuer d’investir dans les énergies fossiles est une « folie morale et économique ». Pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, les émissions de GES (CO2, mais aussi méthane) doivent diminuer d’un tiers à une moitié par rapport à celles de 2010 dans les huit prochaines années. Huit ans, c’est maintenant.

Un panel de solutions

Comment faire ? À l’instar de 18 pays (seulement) qui ont réussi à baisser leurs émissions pendant plus de 10 ans, le GIEC rappelle les trois leviers utilisés dans le domaine de l’énergie : la décarbonation de la production, les gains d’efficacité et la réduction de la demande.

Premièrement, pour la décarbonation, le rapport insiste sur le rôle prépondérant des énergies renouvelables, notamment car leurs coûts ont beaucoup diminué depuis 2000 : -85 % pour le solaire photovoltaïque, -55 % pour l’éolien, -85 % pour les batteries lithium-ion, et que leur déploiement s’est accéléré. Le rapport évoque aussi d’autres solutions bas-carbone comme le captage-stockage du CO2 émis lors de la combustion des fossiles, le captage de CO2 dans l’air (carbon dioxide removal) ou le nucléaire. Mais quand le GIEC fait une analyse de ces dernières solutions au prisme des 17 objectifs de développement durable, elles sont clairement moins bien notées que les énergies renouvelables, comme le fait remarquer Yves Marignac, expert de l’Association négaWatt dont le scénario est désormais cité par le GIEC parmi les travaux prospectifs ayant promu la démarche sobriété-efficacité-renouvelable.

Deuxièmement, concernant l’efficacité énergétique, les solutions sont déjà connues et font parfois déjà l’objet de politiques publiques : augmenter l’électrification des process industriels et du transport, baisser la masse des véhicules, développer l’usage du vecteur hydrogène décarboné (pour l’énergie et la chimie), etc. Il est à noter que le GIEC insiste aussi sur l’efficacité en termes de matières dont une des composantes est l’économie circulaire. Elle est notamment valable dans les zones urbaines par le biais des constructions de bâtiments et l’isolation du parc existant.

Selon les études compilées par le GIEC, les plus grands potentiels de réduction des émissions de GES pour des coûts d’abattement inférieur à 20 $ la tonne de CO2eq sont les énergies solaire et éolienne, l’efficacité énergétique, les actions sur les écosystèmes naturels et la réduction des émissions de méthane (charbon, pétrole, gaz et déchets). Jusqu’à 100 $/tCO2eq, le rapport estime que les solutions ont un réel intérêt pour l’atténuation du changement climatique (voir le graphe page 50 du résumé pour décideurs).

Une première pour la sobriété

Troisièmement, ce nouveau rapport du GIEC insiste sur la réduction de la demande d’énergie, soit de manière transversale (chapitre 5), soit spécifiquement au secteur du bâtiment (chapitre 9). « C’est une première d’avoir autant de parties sur ce sujet, et cela a même permis d’introduire le concept de sobriété dans le chapitre 9 et dans le résumé pour décideurs. Auparavant, on ne parlait que de “changements de comportement”. Il y a ainsi tout un nouveau champ de recherche qui s’ouvre sur la sobriété » analyse Yamina Saheb, une des auteures principales du chapitre sur le bâtiment. Elle a recensé plus de 300 publications scientifiques portant sur la sobriété, parfois sans qu’elle soit nommée ainsi. Mais son potentiel, lui, est très clair : la sobriété pourrait réduire les émissions du secteur du bâtiment de 10 % d’ici 2050, tandis que les énergies renouvelables compteraient pour 9 % et l’efficacité énergétique pour 42 %.

Il y a un réel avantage à combiner sobriété et efficacité. Plus largement, le rapport du GIEC identifie une soixantaine d’actions permettant de réduire la demande de services et qui conduiraient à diminuer les émissions de GES d’ici 2050 de 40 à 70 % : mobilités douces, régime végétarien, économies d’eau, moins de voyages en avion, maisons passives, production et consommation de biens durables, etc. De nombreux défis sont à relever pour activer ces changements socioculturels, en termes d’innovation (notamment numérique), de motivations individuelles, de décentralisation, de régulation, de signal-prix et de politiques publiques permettant d’acter des choix collectifs et de développer les infrastructures nécessaires (par exemple pour le vélo).

Pour arriver à développer toutes ces solutions, il faudra investir 3 à 6 fois plus que les niveaux actuels de flux financiers vers la transition écologique. Encore un autre défi !

Hausse des émissions de gaz à effet de serre : repères

Les émissions mondiales de GES ont atteint 59 GtCO2eq en 2019 soit +12 % par rapport à 2010 et +54 % par rapport à 1990. L’augmentation des émissions anthropiques entre 2010-2019 est à un niveau supérieur à toutes les décennies précédentes (voir graphique), même si on constate un ralentissement du taux de croissance (+1,3 % par an) par rapport à 2000-2009 (+2,1 % par an).
Les émissions cumulées de 1850 à 2019 sont égales à 2 400 GtCO2eq dont 410 GtCO2 ont été émises depuis 2010 ! Pour avoir une chance sur deux de ne pas dépasser les +1,5°C de réchauffement planétaire moyen, le « budget carbone » restant est de 500 GtCO2. Il est de 1 150 GtCO2 si on veut limiter le réchauffement à +2°C (avec 67 % de chance).
Les 10 % des ménages les plus aisés dans le monde comptent pour 34 à 45 % des émissions globales de GES. Il y a donc un enjeu d’équité pour arriver à une transition juste permettant de réduire les émissions des plus riches tout en réduisant la pauvreté et en assurant un niveau de vie décent pour tous.

Historique des émissions anthropiques dans le monde entre 1990 et 2019, avec la part relative des différents gaz à effet de serre. Source : IPCC AR6 WGIII
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Posté le par Stéphane SIGNORET


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