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Le coup d'après

Les actualités à suivre : Cadmium, CBAM, hydrogène décarboné, SMR industriels…

Posté le par La rédaction dans Entreprises et marchés

La rédaction vous propose un rapide tour d'horizon sur les informations qui feront l'actualité industrielle dans les jours et les semaines à venir.

Carbone aux frontières : le prix CBAM arrive, les filières importatrices sous pression

Le 7 avril 2026, la Commission publie le premier prix trimestriel des certificats CBAM (mécanisme d’ajustement carbone aux frontières) : une étape qui fait passer le mécanisme du registre et des déclarations à un signal-prix suivi au plus près par les acheteurs industriels. Cette première référence, attendue comme un « thermomètre » des enchères ETS (système d’échange d’émissions), va mécaniquement tendre les discussions contractuelles sur l’acier, l’aluminium, les engrais et le ciment, comme l’analysent déjà les médias achats spécialisés.

Depuis le 1er janvier 2026, le CBAM est entré dans sa phase définitive : les importateurs doivent structurer la donnée « émissions intrinsèques » et sécuriser le statut de déclarant, sous peine de friction à la mise en libre pratique. En France, la pression monte dès maintenant puisque la Douane rappelle qu’à partir du 1er avril 2026 les opérateurs non engagés dans la démarche d’autorisation ne pourront plus dédouaner via le code transitoire.

Le vrai sujet industriel est la transformation du CBAM en paramètre de coût : intégration dans les clauses d’indexation, choix d’origines, et arbitrage « matière bas-carbone vs premium CBAM » dans les appels d’offres.

Les prochains mois seront rythmés par les publications trimestrielles suivantes, déjà prévues en juillet et octobre 2026 puis janvier 2027.

À l’horizon 2027, le mécanisme changera encore d’épaisseur : le régime prévoit une restitution annuelle des certificats (au plus tard le 31 mai) et un pilotage de stock trimestriel. Autrement dit, le 7 avril n’est pas une annonce de plus : c’est le début d’une séquence où le CBAM devient un élément de compétitivité prix, visible et opposable, dans toutes les négociations d’approvisionnement.

Natrium au Wyoming, BWRX-300 en Ontario : mars 2026 marque l’acte de naissance industriel des SMR

Deux décisions historiques concentrées sur le même mois de mars 2026 ont marqué un tournant pour les SMR (petits réacteurs modulaires). Aux États-Unis, la NRC a accordé le 4 mars à TerraPower la première licence de construction d’un réacteur avancé refroidi au sodium depuis plus de quarante ans : le réacteur Natrium de 345 MW, implanté près d’une ancienne centrale à charbon dans le Wyoming, intègre un système de stockage à sels fondus capable de pousser ponctuellement la puissance à 500 MW, le rendant directement complémentaire des énergies renouvelables. Quelques semaines plus tard, Ontario Power Generation lançait le chantier du premier SMR du monde occidental à Darlington, en Ontario, avec un programme de quatre unités BWRX-300 de 300 MW chacune pour un investissement total de 20,9 milliards de dollars canadiens et une première mise en service visée fin 2030.

Ces deux chantiers ne sont plus des concepts : ils matérialisent un passage à l’acte industriel que l’Europe observe de près. Lors du Sommet mondial du nucléaire du 10 mars 2026 à Paris, 38 États ont réaffirmé l’objectif de tripler la capacité nucléaire mondiale d’ici 2050, et la Commission européenne a annoncé un fonds de garantie de 200 millions d’euros en soutien aux projets SMR. En France, les startups Jimmy et Calogena ont levé respectivement 80 et 100 millions d’euros pour développer leurs microréacteurs de chaleur industrielle, tandis que NUWARD, le projet SMR d’EDF porté avec le CEA, Naval Group et Framatome, doit finaliser en 2026 l’ensemble de son design en vue d’un déploiement entre 2035 et 2040. La faillite de Naarea en début d’année reste cependant un rappel brutal : derrière l’accélération mondiale, chaque projet SMR reste un pari industriel et financier à haut risque, dont la crédibilité se jouera dans les prochains mois sur les premiers chantiers nord-américains.

Hydrogène décarboné : le premier appel d’offres à 200 MW va dire si la France peut enfin passer à l’acte

Cinq ans après l’annonce d’un plan de 9 milliards d’euros et d’objectifs ambitieux, la filière hydrogène décarboné française se retrouve sur un plateau difficile à tenir. Le constat est sans appel : en 2024, la puissance d’électrolyse installée en France ne dépassait pas 0,035 W, et le gouvernement a révisé à la baisse ses objectifs en avril 2025, ciblant désormais 4,5 GW d’ici 2030 contre les 6,5 GW initialement prévus, reconnaissant lui-même un délai de maturation technologique plus long qu’espéré. Le nœud du problème reste économique : avec un prix de revient oscillant entre 8 et 12 €/kg pour l’hydrogène vert, contre 1,5 à 2 €/kg pour l’hydrogène gris issu du gaz naturel, le différentiel de compétitivité reste rédhibitoire pour les industriels. À cette équation de prix s’ajoutent des blocages structurels – durabilité insuffisante des électrolyseurs, abandon par Stellantis de ses utilitaires Pro One à pile à combustible, suspension par GTT de son projet de gigafactory d’électrolyseurs faute de commandes, ce cercle vicieux où l’absence de visibilité sur la demande bloque les projets de production, ce qui pèse à son tour sur la demande. Le premier signal concret d’une sortie de crise viendra de la désignation des lauréats du premier appel d’offres national pour 200 MW d’électrolyseurs, attendue mi-2026, une échéance clé pour tester le mécanisme de soutien à la production longtemps attendu par la filière. En parallèle, les projets de grande envergure avancent – Lhyfe sur 100 MW au Havre, GravitHy sur un électrolyseur de 700 MW à Fos-sur-Mer pour produire du fer décarboné – mais leur concrétisation prendra encore deux à cinq ans. La filière tient son cap, mais elle joue désormais contre la montre face à des concurrents nord-africains et moyen-orientaux capables de produire de l’hydrogène vert à des coûts structurellement inférieurs.

Cadmium dans les engrais : le Conseil d’État et Bruxelles vont trancher d’ici juillet 2026

Le 25 mars 2026, l’Anses a publié l’expertise la plus complète jamais conduite sur le cadmium en France : 47,6 % de la population adulte dépasse les valeurs toxicologiques de référence, avec des risques rénaux irréversibles, cancérogènes et des effets sur le neurodéveloppement des enfants. La cause est structurelle – l’alimentation représente 98 % de l’imprégnation chez les non-fumeurs – via des sols agricoles contaminés par les engrais minéraux phosphatés, dont la France tolère encore jusqu’à 90 mg de cadmium par kilogramme de P₂O₅, soit 4,5 fois le seuil de 20 mg/kg préconisé par l’Anses depuis 2011. Le verrou est industriel et géopolitique : la France s’approvisionne principalement au Maroc, dont les roches sédimentaires phosphatées sont naturellement riches en cadmium, contrairement aux roches ignées d’Afrique du Sud ou de Finlande. Le levier industriel central est la décadmiation – des procédés par cristallisation ou absorption permettant de purifier la matière phosphatée à la source – dont le surcoût est estimé à seulement 2 €/ha et par an pour le blé, une somme que l’industrie des engrais juge pourtant « complexe et coûteuse » à déployer industriellement. Face à l’urgence sanitaire, le ministère de l’Agriculture a annoncé une trajectoire réglementaire par étapes : 60 mg/kg en 2027, 40 mg/kg en 2030 et 20 mg/kg avant 2038, avec un décret et un arrêté soumis au Conseil d’État attendus dès avril 2026. En parallèle, la Commission européenne doit réexaminer ses propres valeurs limites avant le 16 juillet 2026, et un recours pour carence fautive de l’État a été engagé devant le Conseil d’État par le cabinet de Corinne Lepage. Ce dossier devient ainsi un test grandeur nature pour la chimie industrielle des fertilisants : la pression réglementaire va-t-elle enfin débloquer l’industrialisation des procédés de décadmiation à grande échelle, ou conduire simplement à une substitution des approvisionnements vers des sources phosphatées moins chargées ?

Global Industrie 2026 : le gouvernement accélère sur les autorisations industrielles et France 2030

Global Industrie 2026 a fermé ses portes le 2 avril à Villepinte sur un bilan positif, mais c’est surtout comme tribune de politique industrielle que cette 8e édition restera dans les mémoires. Dès le premier jour, le ministre de l’Industrie Sébastien Martin a annoncé un projet de décret pour raccourcir drastiquement les recours contentieux contre les projets d’implantation industrielle : les recours visant des projets de plus de 3 millions d’euros seront désormais portés directement en cour administrative d’appel, ce qui devrait faire gagner entre un et un an et demi sur des procédures qui s’étirent actuellement jusqu’à sept ans. Il a également dévoilé un nouvel axe régionalisé de France 2030 ciblant la modernisation des PME et petites ETI. Dans la continuité, le gouvernement a annoncé 13 nouveaux lauréats de l’appel à projets « Première Usine » dans des filières stratégiques – batterie, électronique, spatial, agriculture – mobilisant plus de 80 millions d’euros de soutien public au titre de France 2030. Le commissaire européen Stéphane Séjourné était également présent dès l’ouverture pour défendre l’Industrial Accelerator Act, dont le chantier législatif se poursuit à Bruxelles. En toile de fond de ces annonces, Roland Lescure a martelé sa conviction : le ralentissement de la réindustrialisation – confirmé par le baromètre DGE publié le même jour – doit être « transformé en opportunité », en accélérant les processus d’autorisation et en mobilisant les territoires.


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